13 août 2010 dans Actualité, Sports | Lien permanent | Commentaires (12) | TrackBack (0)
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C'est consommé, la France est éliminée. Je ne voulais pas publier ce billet avant la déconfiture finale pour ne pas tomber dans une sorte de patriotisme à rebours aussi suspect que l'autre. Pour ma part, après la pitoyable et grotesque fin de semaine que l'équipe de France nous avait fait vivre, j'aurais souhaité qu'on lui fît déclarer forfait et qu'elle soit ramenée dare-dare au pays. Ce n'est évidemment pas ce qui a été décidé même si la suppression de toute prime a été décrétée. C'est la moindre des choses.
La litanie de ce qui sur le plan sportif a été déficient est interminable.
L'entraîneur, la préparation, l'hôtel inutilement somptueux, Rama Yade s'avançant puis, comme d'habitude, se rétractant, la qualité du jeu, les prestations lamentables de Govou et d'Anelka, la honteuse attitude du caïd Ribéry dont les larmes ne m'ont pas touché et dont je pensais à tort que la passion du football l'emporterait chez lui sur tout le reste. L'exil du trop bien élevé, trop beau, trop médiatique, trop gentil Gourcuff, l'intervention de Zidane se mêlant par ricochet de ce qui ne le regarde plus, le piétinement obstiné de Domenech dans une voie sans issue, des vestiaires en proie à la fureur et à la grossièreté, Anelka dans son coin proférant pour son entraîneur qu'il aille "niquer sa mère" à la mi-temps de France-Mexique et ce dernier excusant le joueur et évoquant un affrontement normal. La misérable conférence de presse de Patrick Evra obsédé par "le traître" plus que par le véritable scandale de l'insulte heureusement rapportée, même déformée, par l'Equipe. Des joueurs signant une motion plus ridicule qu'audacieuse lue par Domenech à la fois traîné dans la boue, impuissant et victime complaisante, pour protester contre l'exclusion d'Anelka et se solidarisant avec lui en ne s'entraînant pas. Le préparateur physique en venant aux mains pratiquement avec le capitaine de l'équipe. Une Fédération prenant acte, consternée, de cette fronde. Roselyne Bachelot s'acharnant à soutenir ce qui aurait mérité un traitement politique plus rude. La démission, tout de même, d'un homme écoeuré par ces péripéties vaudevillesques et indignes. Domenech changeant à nouveau de position pour expliquer qu'il pensait le contraire de ce qu'il avait affiché et dit. Les atermoiements et lâchetés de la plupart de ceux qui, d'une manière ou d'une autre, auraient pu dire un mot, arrêter le massacre et ne pas laisser cette équipe enfoncer, avec elle, notre pays dans l'opprobre et la risée internationale (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, le Journal du Dimanche, L'Equipe, nouvelobs.com).
Il y a eu tout de même le match France-Afrique du Sud, une nouvelle défaite mais on aura tout de même marqué un but en trois matches.
Sans surestimer ma lucidité, je n'ai jamais porté aux nues la plupart de ces joueurs dont l'autarcie, l'absence de classe personnelle, le défaut d'enthousiasme, le visage blasé, la frénésie somptuaire, la faible exemplarité interdisaient à l'admiration et à la fraternité de s'exprimer. J'avoue cependant que je suis déçu de n'avoir pas entendu de voix dissidentes au cours de toutes ces séquences, notamment l'obscène protestation collective. Celles d'un Gourcuff, d'un Toulalan, d'un LLoris, notamment. Le naufrage a été complet. Il n'a permis à personne de tirer son honneur du jeu. Dans les commentaires, il y en a eu qui, pour se distinguer de la réprobation générale, sont tombés dans l'inepte. Je songe à Julien Dray qui n'en finit pas de chercher sur tout une opinion originale et qui se trompe dans le même mouvement, ou à Djamel Debbouze qui "aime cette équipe de France". En revanche, il faut bien rendre hommage à certains anciens comme Lizarazu, Petit et Dugarry qui, depuis longtemps, ont proclamé haut et fort ce dont nous sommes les témoins aujourd'hui. On ne les a pas écoutés parce qu'on a les a crus seulement jaloux alors qu'ils étaient surtout lucides. En revanche, si je partage la dénonciation vigoureuse de cette équipe de France faite par Alain Finkielkraut (France Inter) ou Jacques Attali, je récuse le terme de "petites frappes" et de voyous employé par le premier. Il me semble que c'est une solution de facilité que d'assimiler ces onze joueurs aux "sopranos" alors que je les perçois plutôt, dans leur absurdité sportive et moutonnière, comme des personnalités dépassées par le processus de désordre et d'incohérence qu'elles ont mis en oeuvre et qu'aucune autorité ni compétence n'a eu le courage d'arrêter net.
Crier haro sur les seuls footballeurs serait une grave erreur. Laurent Blanc saura discriminer entre les caractériels, les meilleurs abusés et les apathiques. La récréation va se terminer. Quant à Domenech, on sait depuis longtemps, au moins depuis l'Euro 2008, qu'il n'était ni l'homme ni l'entraîneur de la situation. Cependant, à partir du moment où des incompétents, des lâches ou des tacticiens au petit pied, une bureaucratie irresponsable n'ont pas cessé de lui maintenir leur confiance, ce n'était tout de même pas à lui de s'examiner et de se déclarer mauvais au point de rendre d'initiative son tablier. Il aurait fallu une force de caractère exceptionnelle pour tirer les conséquences, à titre personnel, des échecs et de la grisaille du jeu. Aimé Jacquet, qui a longtemps soutenu Domenech et qui se défausse aujourd'hui, a fait beaucoup de mal. Comme l'équipe de France jouait médiocrement sous son égide mais qu'elle a gagné la Coupe du monde tout de même, Domenech a sans doute espéré que les choses se reproduiraient mécaniquement. Hélas, cette fois-ci, L'Equipe a eu raison !
On voit où je veux en venir. De même que, pour Outreau, la responsabilité de Burgaud engagé dans l'action aurait mérité d'être appréciée moins rigoureusement que celle des instances de contrôle qui ont failli, les véritables coupables sont ceux, personnalités devenues médiatiques et structures collectives comme le Conseil Fédéral, la DTN, la Ligue et tous les parasites accrochés à ces bureaucraties, qui ont choisi puis maintenu Domenech en place. Domenech qui, ensuite, a erré en composant une équipe de France au gré de ses humeurs et contre l'avis même des joueurs les plus avisés. Dominé par l'équipe, il l'a pourtant composée. Les Escalettes, Le Graët, Houllier et autres, le Conseil fédéral qui à une exception près a voté en 2008 la reconduction de Domenech, les inconscients qui ont voulu jouer au plus fin en favorisant une politique du pire, les incapables qui n'ont pas encore démissionné collectivement, ces cliques qui viennent se greffer sur le sport comme des verrues sur un visage - il faut tous les renvoyer, il faut tous les sortir du jeu ! Je ne doute pas que Canal Plus saura, comme pour Houllier, trouver un point de chute à ces inutiles n'ayant même pas trouvé le moyen de voir clair et d'agir juste. Mais ils se contenteront de commenter : ce sera une inutilité moins dangereuse !
Une grande lessive est nécessaire. Pour une fois, les lampistes sont déjà accablés. Le pouvoir du foot a totalement fait fiasco. Le pouvoir sur le foot a viré au désastre. Ce qui hier était passion, salut, lien est devenu prébende, rente et déchirure, envie. Ce serait une originalité d'incriminer, dans notre pays, enfin les vrais, les seuls responsables. Je ne crois pas qu'on parle trop de cette France sportive chassée de la Coupe du monde. Je relierais volontiers ces secousses de toute nature, en Afrique du Sud ou dans l'intimité trouble de la famille Bettencourt, en les considérant comme les symptômes d'un pays agité, sorti de ses gonds et impossible à remettre droit.
La France a été ternie, déclare Roselyne Bachelot qui est enfin sortie de la solidarité sacrificielle pour en arriver à l'essentiel. Alors, une grande lessive d'été !
PS je viens d'apprendre que Lloris, Sagna et Gourcuff, s'opposant dans le car au boycottage de l'entraînement, ont dû "s'écraser", le trio de caïds Abidal, Ribéry et Evra menaçant de leur "casser la gueule" (nouvelobs.com).Un peu de baume !
22 juin 2010 dans Actualité, Médias, Société, Sports | Lien permanent | Commentaires (67) | TrackBack (0)
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Il aura vingt-quatre ans le 26 décembre 2010. Il s'appelle Hugo Lloris et il est le gardien de but de l'équipe de France et de l'équipe de Lyon. Il est extraordinaire et il tranche à tous points de vue dans le milieu du football.
Avant d'être recruté par les dirigeants de Lyon, il avait fait des merveilles comme goal de l'équipe de Nice. Je me souviens sur Canal + des "Jour de foot" de l'époque et de ma stupéfaction devant les prouesses de ce si jeune joueur. On avait le sentiment, en le voyant bondir, plonger dans les pieds, sortir de sa cage avec une rapidité folle, et en même temps rester calme et serein, commander tranquillement sa défense, qu'il y avait là, sur le plan sportif, déjà un phénomène. J'ai eu peur qu'avec Raymond Domenech, sa supériorité sur les autres gardiens ne soit pas reconnue mais tout de même le sélectionneur a dû s'y résoudre pour enrichir notre équipe nationale. Je suis persuadé qu'en Afrique du Sud, Lloris nous permettra de limiter les dégâts comme il eu un rôle essentiel dans la récente victoire de Lyon sur Bordeaux, avec notamment sa déviation miraculeuse de la main gauche d'une reprise de Marouane Chamakh.
Mais je voudrais tenter d'aller plus loin. Si je me suis d'emblée attaché à lui, c'est que bien au-delà de son immense et précoce talent, j'avais perçu chez lui une réserve, une retenue, une délicatesse, une manière de s'exprimer qui ne pouvaient manquer d'impressionner dans un univers qui ne brille pas par l'élégance, où la médiatisation, l'argent coulant à flots, la vanité et souvent la pensée limitée créent d'inévitables ravages.
Sa mère avocate meurt et avec courage et discrétion, entouré chaudement par ses amis de Nice, il occupe le lendemain sa place. Brillamment.
Jamais il n'apparaît dans la presse "people" et les rares fois où il accepte une interview, il répond sur un mode qui rassure et confirme l'excellente opinion qu'on a de lui. Passionné par les émissions politiques, il n'en manque aucune à la télévision et semble s'investir dans des activités qui, en dehors du stade, cultivent plus qu'elles n'abrutissent.
Au soir de la victoire de Lyon, en coupe d'Europe, questionné par Nathalie Ianetta sur Canal +, il a opposé son sérieux, sa mesure, son respect de l'adversaire, sa tenue, à l'enthousiasme vibrionnesque de l'animatrice. Ce fut un bonheur de le retrouver dans cette séquence comme on l'aime et l'admire lors des matches.
Dernier rempart mais pas seulement contre les buteurs d'en face. Contre la vulgarité, le bruit et le clinquant. Hugo Lloris est grand partout.
Pourvu que le foot, qui constitue l'essentiel de sa vie, ne soit pas contagieux et ne l'abîme pas !
Avec Hugo Lloris, on a envie d'applaudir l'équipe de France. Déjà un exploit.
02 avril 2010 dans Actualité, Médias, Société, Sports | Lien permanent | Commentaires (45) | TrackBack (0)
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On les a vus jouer, d'accord. Ils ont été battus, voire ridiculisés par l'Espagne. Ils ont été sifflés. On a continué à réclamer la démission de Raymond Domenech qui est un roc sur le plan humain. Il ne bronche pas, il ne bronchera pas. Il y est, il y reste. Les joueurs ont été "massacrés" par les médias (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, L'Equipe, nouvelobs.com). On ne peut pas donner tort à ceux-ci et en même temps quel mépris, quelle condescendance ! Ce ne sont jamais que des sportifs de rédaction, de radio ou de télé, des sportifs en chambre comme moi qui jugent des professionnels dont les évolutions nous laisseraient épuisés au bout de dix minutes. Il y a une manière de critiquer les matches et les footballeurs qui n'est pas loin de ressembler, toutes proportions gardées, aux démolitions ou enthousiasmes culturels. On détruit sans nuance ou on s'extasie sans motif. Quand j'entends "la grande gueule" de Pierre Ménès sur Canal Plus, jouissant de l'ampleur de sa surface, je me demande bien ce qu'une telle parole est susceptible d'apporter au-delà de ses voisins immédiats.
Je n'aime pas la plupart des joueurs de l'équipe de France à l'exception de Lloris, de Ribéry, de Gourcuff ou de Thierry Henry. Je trouve en effet qu'ils se la "pètent", gagnent trop d'argent et qu'ils ne parviennent pas à créer une chaleureuse familiarité, une complicité avec leurs concitoyens qui rêvent de pouvoir les admirer sans retenue. Mais il ne me viendrait pas à l'esprit de prétendre qu'ils sont "nuls". Ils méritent, sur le plan technique, une forme de respect, tout simplement parce qu'ils ne sont pas responsables de l'image générale du jeu qu'ils produisent avec plus ou moins de talent. A l'évidence, ils traînent comme des têtes, des pieds, des âmes en peine, la plupart en donnant le meilleur d'eux-mêmes sur le plan physique, mais il leur manque l'essentiel. Dans le système de jeu, ils ont le jeu mais pas le système. Ils s'égarent parce qu'ils sont égarés. Regardons Arsenal, l'Espagne, Chelsea ou la première mi-temps de Monaco-Rennes : les joueurs savent où aller, quoi faire, à qui transmettre le ballon, comment marquer. Les figures dessinées sur la pelouse sont à la fois cohérentes et imprévisibles. Un désordre maîtrisé. Le contraire du désordre livré à lui-même, laissé à l'abandon. Ainsi, pour notre équipe de France : elle est le PSG en majesté : ce qui nous représente sur le plan national et nous fait honte à Paris.
Mais qui est responsable ? Pas les joueurs. L'entraîneur. Les "officiels" derrière. Ceux qui vivent du foot, pas pour lui. Cette Fédération, ces commissions et ligues qui parasitent la beauté et la fraîcheur du jeu et se soucient comme d'une guigne du spectacle, du panache des victoires mais ne se préoccupent que des coulisses du fric et du pouvoir. Jean-Pierre Escalettes, ses inconditionnels et Raymond Domenech : même combat. On ne change pas une bureaucratie qui perd ! Le pire est que nous participons tous à ce qui est le fond de la catastrophe. Nous enlevons à Domenech ses derniers lambeaux de crédibilité alors que le problème central réside précisément dans le fait que l'équipe de France ne respecte plus son entraîneur si elle l'a jamais fait. C'est l'énorme différence : il y avait un lien avec Aimé Jacquet quand il était au creux de la vague. Les quelques disputes et énervements constatés le 3 mars sur le terrain - ceux de Ribéry par exemple - ne sont que la conséquence du vide sur le banc. En tout cas, de l'absence de considération que le terrain a pour le banc. Aucun système ne peut naître dans ces conditions, être appliqué et triompher. Les joueurs attendent qu'on leur offre des orientations, une vision que Domenech n'est plus capable de leur donner. S'il le pouvait encore, je crains qu'ils ne l'écoutent plus.
Mais les nuls, ce ne sont pas les onze joueurs qui, sauf Lloris, courent, s'agitent, ne tirent pas ou alors à côté, font de mauvaises passes et se désespèrent au point d'entendre un Thierry Henry, le match fini, déclarer qu'il est normal "qu'on soit sifflé quand on est mauvais".
On garde les mêmes mais on change tout. Voilà la solution. Si un miracle se produit en Afrique du Sud, on n'en créditera pas les joueurs. Si l'échec rapide ou sur la fin survient, les joueurs seront accablés. J'en ai assez, partout, de l'impunité de ceux qui ordonnent, dirigent et conçoivent quand ce sont les lampistes qui au coeur de l'action "trinquent" toujours.
05 mars 2010 dans Actualité, Médias, Sports | Lien permanent | Commentaires (47) | TrackBack (0)
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Il y a parfois des envies de billet comme un suspens, une halte entre deux intensités, entre des dénonciations et des aigreurs. On est saisi à l’approche d’une nouvelle année par un désir de paix, une bonté qui viendrait faire consensus.
24 décembre 2009 dans Actualité, Société, Sports | Lien permanent | Commentaires (52) | TrackBack (0)
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Je m'étais promis de ne pas oublier mon billet sur Ionesco.
Je ne pouvais pas non plus oublier Ionesco, dramaturge génial et fieffé réactionnaire sur le tard. Surtout, pour l'anecdote, je lui suis reconnaissant puisque dans beaucoup de mes conférences j'use (j'abuse ?) de l'un de ses propos devant un public de journalistes : "Je demande à ceux qui partiront de le faire doucement pour ne pas réveiller ceux qui restent". Quelqu'un capable de cet esprit, déjà, mérite notre considération.
Mais il y a bien plus.
Le Figaro Magazine nous a révélé que quatre mois avant sa mort, Ionesco âgé de 84 ans avait adressé une lettre au pape Jean-Paul II en lui posant quelques questions fondamentales sur le sens de la vie, la mort, le malheur. Il avait écrit : "Votre Sainteté, pourquoi le vieillissement ? Est-ce la volonté de Dieu ? Pourquoi les guerres si sanglantes ? Pourquoi aussi les catastrophes naturelles (eaux, feux) ? Je n'ai jamais résolu ces problèmes." Ionesco reçut une réponse insipide le 13 janvier 1994 du substitut du secrétaire d'Etat qui lui conseillait en substance : Lisez la Bible et mourez serein. Voilà qui aide ! Ce n'était pas tout - c'est Philippe Tesson qui nous le rapporte - puisque le 3 mars 1994, Ionesco, qui n'avait alors plus que 25 jours à vivre, reçut un courrier du cardinal Lustiger qui l'invitait à prendre contact avec son secrétariat, chargé de "lui apporter la réponse que vous souhaitez"...
Au moment de mourir, l'angoisse dominait-elle ou une forme d'apaisement ? Quittait-il cette précarité somptueuse et allègre qu'est une existence avec les larmes au coeur ou l'espérance dans la tête ? En tout cas, en faisant surgir cette enfance qui demeurait en lui, comme il avait visé juste, touché le coeur sensible du monde et de la condition humaine ! La simplicité de ses interrogations, l'évidence de ses doutes, l'inquiétude de ses pensées renvoyaient à ce qu'il y a d'intelligence candide, d'intrépide lucidité dans l'enfance qui, les yeux ouverts, interpelle l'univers pour le déchiffrer vraiment. Il y a de l'enfance dans tout véritable génie qui, écartant les faux-semblants de la complexité, aspire à affronter, dans sa nudité, le mystère de la vie, de la mort et de l'inconnu. La foi d'un Ionesco n'a pas emprunté des chemins buissonniers mais est venue sans fard ni honte questionner Dieu à travers "Sa Sainteté" sur le Mal, les désastres et la mort injuste de l'innocence. Il n'y a pas de problématique plus lancinante, plus bouleversante. On peut vivre toute une vie avec des croyances fragiles, des incertitudes honorables mais encore faut-il qu'on les prenne en considération, qu'on les accueille et qu'on les respecte. Une réponse qu'on décrète ne pacifie pas l'agitation d'un for intérieur écartelé entre une infinité de possibles et d'états.
Ionesco est mort sans avoir été écouté. Quelle tristesse de constater que seules ces missives bureaucratiques, administratives, sont venues étancher sa soif et rassasier sa faim. Au moins, on ne peut pas dire que le Vatican et le cardinal-archevêque de Paris aient fait un sort particulier aux célébrités, aucune religion de classe ! A l'enfance du génie, on a répliqué par la sécheresse froide d'un âge adulte très condescendant à l'égard de ces orages intimes si peu compatibles avec l'attachement inconditionnel dû à la transcendance.
Au-delà de Ionesco, je pense à toutes ces questions qui sont formulées dans la quotidienneté professionnelle de chacun. A un avocat : comment pouvez-vous défendre un criminel que profondément vous savez coupable et qui se déclare innocent ? A un magistrat : je ne pourrais jamais juger quelqu'un, comment peut-on condamner quand soi-même on est imparfait ? A un chef d'entreprise : n'est-il pas immoral de gagner tant d'argent quand tant de gens meurent de faim ? Et ainsi de suite... Interrogations basiques, moralisantes, gênantes sans doute mais qui méritent toujours d'être prises au sérieux. Elles viennent heureusement titiller notre bonne conscience, mettre en péril ce sentiment que les seules bonnes questions sont celles que l'on se pose à soi-même. Ecoutons sans relâche et répondons comme on peut.
A tous les Ionesco qui peuplent nos vies.
13 décembre 2009 dans Médias, Religion, Sports | Lien permanent | Commentaires (37) | TrackBack (0)
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Le foot rend fou. On s'indigne, on rit ou on s'étonne.
D'abord, l'indécence absolue de ces 826 222 euros de primes que percevra le sélectionneur Raymond Domenech grâce à la qualification de la France (et dans quelles conditions !) pour le Mondial 2010. Que d'autres entraîneurs, dont Capello avec l'équipe d'Angleterre, soient encore mieux lotis ne nous console pas. Cette gabegie est un scandale, totalement déconnectée de la réalité et de la qualité des prestations fournies. Qu'on puisse sereinement après une telle "réussite" (qui n'a été qu'une succession de déceptions échappant par fraude à une catastrophe finale) accueillir une récompense de ce montant sans avoir honte me dépasse. Certes, l'argent n'a pas d'odeur et n'est pas moral : à profusion, il ne récompense pas que le talent, mais tout de même ! Dans une France en crise, accepter un tel pactole, sans l'avoir mérité et en pleine conscience, laisse pantois.
J'ose soutenir que le pire n'est pas là mais dans le mensonge qui l'a précédé. Entendre Raymond Domenech et Noël Le Graet qui connaissaient évidemment la vérité proférer avec aplomb que le montant de ces primes était "n'importe quoi" révèle bien davantage qu'une simple dissimulation. C'est la manifestation éclatante de l'absence d'éthique personnelle dans un monde qui aurait au contraire besoin, plus que jamais, d'exigences morales. Qu'on imagine, même dans l'univers politique, avec si peu d'écart entre le faux et le vrai, une occultation aussi grossière, je suis persuadé qu'en dépit d'une réactivité citoyenne amoindrie par la répétition des chocs, un vif émoi aurait agité les esprits. Mais parce que c'est le foot et que de lui on présume l'insupportable, on laisse et on passe sans protester à autre chose.
Alors, bien sûr, le reste n'est pas du même acabit et ferait plutôt sourire. Je fais allusion aux consultants, dont Le Parisien se demande "s'ils n'en font pas trop", et à Eric Cantona qui a beaucoup fait parler de lui ces derniers temps.
Je suis effaré, moi qui suis le parfait sportif en chambre, par l'hypertrophie des commentaires et l'inflation des consultants. Je ne veux même pas évoquer l'inénarrable trio Larqué, Jeanpierre et Wenger sur TF1 qui ou bien nous empêche véritablement de regarder les images parce qu'il les étouffe au lieu de les laisser parler d'elles-mêmes ou bien se pique de répéter des phrases aussi essentielles que "la pelouse est en bon état" ou "il faut avoir le ballon pour gagner". Formulées trois fois, ces pensées fortes entrent forcément dans nos têtes. Et j'oublie le quatrième homme qui éprouve aussi le besoin d'intervenir pour justifier son existence et qui se trouve au bord du terrain. Et devinez ce qu'il dit ? "La pelouse est en bon état"! Heureusement il y a parfois Bixente Lizarazu. Mais il ne peut à lui seul nous faire oublier les autres.
Le plus drôle, c'est incontestablement Canal Plus. Aller chercher Zidane et Jacquet comme consultants, même si le premier a été un footballeur génial et le second un grand entraîneur, relève de l'élucubration médiatique intégrale. L'un et l'autre font dans la paraphrase pitoyable, ont deux ou trois mots à leur disposition, répètent la question qui leur a été posée et sont aussi peu doués pour cet exercice que Raymond Domenech pour animer l'équipe de France. Certes, ils ont le sourire mais leur mine réjouie suffit-elle ? Il est navrant de voir des talents anciens et des compétences certaines se tromper ainsi de registre, eux aussi pour de l'argent. Ils ont trop de temps libre, ils n'ont pas assez à faire ailleurs ? Et à Canal, ça parle, ça parle... ce n'est vraiment pas pour eux ! Les excitations si peu spontanées de Nathalie Ianetta fatiguent, comme sa manière en permanence de "faire l'article" et de s'écouter émerveillée. On a l'impression d'un enthousiasme qui se nourrit mécaniquement de lui-même et qui prend les téléspectateurs pour des abrutis incapables de rien comprendre d'autre que des cris de ravissement devant des évolutions improbables. On n'est pas obligé d'aimer le football en tombant en pâmoison constante. On sent qu'à toute force on veut donner du lustre à ce sport en le prenant au sérieux malgré les débilités de Laurent Paganelli content dans son coin à rire tout seul ou l'épouvantable français d'un Olivier Rouyer qui, parce qu'il a tapé dans un ballon, est propulsé au rang d'analyste. Pourquoi ne nous laisse-t-on pas goûter les séquences et les buts sans nous inonder d'une volubilité frénétique qui nous gêne au lieu de nous éclairer ? Je ne peux pas toujours couper le son et mettre de la musique ! Parfois j'espère et j'écoute ! Comme le foot serait agréable sans ceux qui nous en parlent ! Hier Sauzée, aujourd'hui Dugarry, à la rigueur. Mais doctes, ils sont si souvent ridicules et pourquoi les met-on à plusieurs comme des perroquets dont aucun ne rachète les autres ! Le commentaire d'équipe, rien de plus ridicule. Bientôt ils seront plus nombreux que les joueurs !
Avec Eric Cantona, on atteint le registre du grandiose. Footballeur mythique, acteur singulier, Canto s'abandonne volontiers à un délire du quotidien à la fois incompréhensible et percutant. La langue de bois n'est pas la sienne. Raymond Domenech s'en est rendu compte. Il y a chez Cantona un mélange de générosité authentique - son combat en faveur des mal-logés dans la lignée de l'abbé Pierre - et d'idéologie fumeuse. Mais il est impossible de détester une tête brûlée et vibrante comme la sienne. Il regarde le monde tel qu'il est, les évidences telles qu'on les ressasse et il décide de tordre le premier et de détruire les secondes. Il est adorablement, somptueusement fou, décalé. Je raffole de son air toujours sombre même au comble du bonheur. Lorsqu'il déclare "qu'être français, est-ce que c'est chanter la Marseillaise, lire la lettre de Guy Môquet ? Non, être français c'est être révolutionnaire", à mon sens il disjoncte, mais pas totalement. Il élimine de l'histoire de France une part essentielle de celle-ci mais privilégier la révolution, cela lui ressemble tellement, non ? (Le Monde, Le Parisien, Le Figaro, 20 minutes, nouvelobs.com, Marianne 2)
Le foot rend fou. Le foot est partout, on ne peut lui échapper. Des primes à la télé, de ses génies à ses parasites. Peut-être même à ses admirateurs en chambre qui rêveraient de silence pour mieux voir un ballon faire trembler les filets.
11 décembre 2009 dans Actualité, Médias, Société, Sports | Lien permanent | Commentaires (44) | TrackBack (0)
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Les embrassades françaises à la fin du match France-Irlande ont été obscènes. Escalettes dans les bras de Domenech, c'était vraiment l'inertie félicitant l'impuissance.
Quand, en dépit du chauvinisme qui est celui de la plupart des sportifs - surtout de ceux qui le sont par procuration -, des protestations s'élèvent devant la triche, la honte d'un telle qualification, ce pitoyable spectacle couronné par une incroyable fraude, force est d'admettre qu'on a atteint le comble.
Quand François Bayrou, Alain Finkielkraut ou Bixente Lizarazu se rejoignent pour déplorer l'indignité d'un tel succès, quand le président de la République à l'évidence gêné se contente du minimum pour célébrer le résultat final, on est obligé de reconnaître que la polémique dépasse le sport pour concerner à nouveau la morale publique, la morale tout court (TF1, JDD, nouvelobs.com, Le Parisien). Raymond Domenech, pour ne pas changer, fait semblant de ne pas comprendre (l'express.fr). Rama Yade, peu inspirée elle aussi, se laisse aller à une déclaration attristante qui fait passer Thierry Henry pour un débile mettant la main sans savoir qu'il la met. Si quelqu'un devait, au lieu d'endosser le corporatisme tricolore, rappeler l'éthique, c'était bien elle ! La connaissant, on peut espérer qu'elle se rétractera et incriminera les médias.
Je n'irais pas soutenir que Thierry Henry aurait dû accomplir ce qu'aucun sportif, jamais, n'a eu l'élégance de faire : révéler spontanément sa faute au risque de faire perdre son équipe. Comme l'a dit Laurent Blanc moquant "les vertueux", c'est "un fait de jeu" (France 2). Le capitaine de l'équipe de France, le score acquis, a reconnu son double contrôle de la main mais, comme il est habituel, s'est déchargé de sa responsabilité sur l'arbitre. Il n'a pas tort. Sur Twitter, Thierry Henry s'est d'ailleurs excusé auprès de tous ceux qui avaient été choqués par son comportement. Mais qui, à sa place, dans le feu de cette épreuve qui approchait de son terme, n'aurait pas risqué le même geste et l'aurait d'emblée avoué ? Personne évidemment.
Rien ne serait plus ridicule également que s'en prendre aux joueurs qui, en dépit de leur prestation médiocre sauf pour Nicolas Anelka et le formidable Hugo Lloris, n'ont pas à rendre des comptes, pour leur action, à ceux qui se contentent de théoriser sur elle.
Le scandale, en effet, c'est l'étrange attitude de cet arbitre suédois, excellent jusqu'au moment crucial, qui a paru dépassé, incapable de s'enquérir et de réagir. Pour ne pas parler de ceux qui l'assistaient et qui n'ont rien vu ou rien voulu voir. Sans tomber dans le soupçon, comme l'a laissé entendre L'Equipe, était-il concevable pour le monde du football de laisser la France à la porte de l'Afrique du Sud ? Comment cet arbitre a-t-il pu de bonne foi ne pas remarquer ce double contrôle de la main et le hors jeu ? Comment a-t-il osé ne pas même une seconde prêter l'oreille aux protestations irlandaises et à l'embarras français, malgré l'enthousiasme affiché sur le terrain ?
Le gouvernement irlandais a demandé à la FIFA de faire rejouer le match en raison de la tricherie avouée par Thierry Henry qui, même s'il ne pouvait décemment la nier, aurait pu s'enfermer dans un mutisme de mauvais aloi. L'entraîneur italien de l'Irlande lui a d'ailleurs d'une certaine manière rendu hommage et les supporters irlandais ont fait preuve d'une belle sportivité en admettant qu'une erreur à leur bénéfice ne les aurait pas non plus indignés. Il n'y a aucune chance de voir aboutir la requête de l'Irlande. Celle-ci a d'ailleurs été rejetée rapidement en dépit de la bonne volonté contrite d'Henry appelant à un nouveau match. Une fraude qui crève les yeux et qui pervertit l'issue d'une compétition, ce n'est pas suffisant pour la FIFA. Il aurait fallu un mort sur le terrain ?
Alain Finkielkraut, en moraliste rigoureux, aurait préféré une défaite honorable à cette victoire lamentable. Pour ma part, sans aller jusqu'à cet absolutisme, je ne peux m'empêcher de relier cette lamentable et honteuse conclusion, au détriment d'une vaillante et robuste équipe d'Irlande, à tout le processus qui a précédé. L'immoralité de la fin à la médiocrité du parcours. La joie choquante au dernier coup de sifflet à ces incroyables péripéties à la fois administratives et sportives, à cette bureaucratie somptuaire et frileuse qui validait sans cesse l'entraîneur Domenech à proportion du jeu catastrophique qu'il inspirait. Ces embrassades obscènes de la fin, elles étaient à l'image de l'histoire décevante et, pire, sans élan ni joie, de l'équipe de France sous Domenech et les apparatchiks du football l'ayant maintenu, parce qu'au fond, là où le citoyen a envie de vibrer, eux ils ont envie de gagner. Dans tous les sens et à n'importe quel prix.
Si on avait une Fédération digne de ce nom, elle aurait déjà proposé une date pour le nouveau match.
A armes égales. Sans coup de main.
20 novembre 2009 dans Actualité, Médias, Sports | Lien permanent | Commentaires (96) | TrackBack (0)
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Ce n'est pas parce qu'il est alsacien comme moi que je l'admire. Ce n'est pas non plus à cause de sa virtuosité exceptionnelle qui l'a conduit, avec Daniel Elena son copilote, à remporter un sixième titre de champion du monde des rallyes. Pourtant, qui aurait pu croire que les Français, vrais sportifs et sportifs en chambre confondus, se passionneraient un jour pour une telle vedette, moins médiatisée que d'autres, pratiquant une discipline guère accordée à la quotidienneté de ses compatriotes ? Le rallye, ce n'est ni le foot ni le rugby ni le vélo, encore moins le tennis. Grâce à Sébastien Loeb, cette compétition est entrée pourtant dans les têtes. Loin d'être lassés par ses victoires, nous avons tremblé lors de sa dernière épreuve et nous l'avons applaudi comme s'il pouvait perdre.
En réalité, ce qui me fascine, c'est de savoir pourquoi certaines personnalités deviennent emblématiques, échappent à leur sport, à leur art pour se retrouver au centre d'une curiosité émerveillée comme si elles plaidaient, d'un coup, plus pour l'humanité que pour le domaine de leur excellence professionnelle. La Callas a ébloui bien au-delà des fanatiques de l'Opéra et Loeb, depuis quelques jours, a rejoint cette cohorte glorieuse qui nous tient compagnie.
Pourtant, il me semble, à lire les médias et les pages sportives (Le Parisien notamment), qu'on perçoit assez aisément les qualités, les traits fondamentaux du caractère qui ont attiré la sympathie puis une sorte d'adhésion forte pour cet homme de trente ans. Ils sont éclairants car pas loin de correspondre à ceux qu'on attendrait de la classe politique. Rien d'ailleurs, sur ce plan, ne me paraît plus absurde que d'ériger des frontières entre les êtres et de dénier aux uns, à cause du caractère prétendument ludique de leur occupation, le droit d'appartenir à la réputation et au sérieux des autres. Ce qui a fait Loeb est aussi ce qui rendrait remarquable l'homme ou la femme politique.
La rareté d'abord. On n'a pas vu Sébastien Loeb partout au point qu'on aurait risqué la saturation. Il n'a pas fait le clown dans des émissions de télévision ni parlé pour ne rien dire dans les radios. Il n'a pas donné d'interviews dans les gazettes pour nous transmettre ses pensées sur tout et n'importe quoi. Il n'a à ma connaissance signé aucune pétition. Il n'a soutenu de manière ostensible aucune personnalité politique. Il demeure désespérément discret sur ce qui relève de son for intérieur même si parfois son épouse Séverine dévoile un minuscule fragment de leur vie amoureuse et domestique. Entre l'effacement et la vulgarité de la surabondance, il a su trouver le ton juste et communiquer sur lui seulement quand l'actualité sportive le mettait au premier plan. Bref un oiseau, rare en effet, à une époque où la célébrité fait perdre le nord à plus d'un et où la vanité fond si vite sur les psychologies éclairées mais faibles.
La simplicité, ensuite. Aux antipodes du bling-bling que ses revenus annuels lui permettraient, toujours fidèle à ses amitiés alsaciennes, enraciné dans un terreau, si sûr de soi qu'il n'a pas besoin de la lumière, il offre l'image saisissante d'un champion hors du commun et d'un homme heureusement commun. Ce contraste entre une gloire sportive renouvelée et une discrétion de bon aloi constitue sans doute la cause principale de la focalisation intense d'aujourd'hui. Ils sont si peu nombreux ceux qui surmontent les effets pervers d'une réussite trop éclatante. J'oserais dire que la tâche est presque plus rude que de savoir triompher de ses échecs. La personne qui s'accommode aussi bien du clair que de l'obscur n'est pas banale.
Enfin, c'est le plus important, la morale, l'allure, l'esthétique de la classe. Je me demande d'ailleurs si ce n'est pas lors cette fameuse course endeuillée où Sébastien Loeb par décence a refusé d'être sacré champion du monde qu'il a gagné la partie. Cela semble évident mais tant de belles âmes auraient tout simplement accepté le trophée en versant une larme ! La fraternité et la solidarité de son attitude de vainqueur, l'immédiateté de sa réaction digne, son abstention non négociable - il a été couronné à la course d'après - et ce sens de l'honneur : on ne se réjouit pas quand la mort a frappé un adversaire amical, m'ont fait prendre conscience que nous tenions là une personnalité d'exception à tous points de vue. Si éloignée d'un Luc Alphand dont les propos et l'attitude à la suite d'un accident mortel sur le Paris-Dakar avaient scandalisé.
Je sais. On va me reprocher mon enthousiasme, ma naïveté. Cette manière, ridicule pour certains, d'appliquer Plutarque à des vies d'aujourd'hui. On va me considérer avec condescendance, l'air à la fois amusé et vaguement attristé, pour ce délire consacré à un champion de rallye. Tant de bruit, de mots pour un Sébastien Loeb !
Je regrette. On n'a pas là un héros de raccroc. Celui-ci est jeune, exemplaire et mérite de nous retenir dans sa combinaison de pilote comme dans sa peau d'homme. J'espère que l'avenir le maintiendra à cette même hauteur.
28 octobre 2009 dans Actualité, Médias, Sports | Lien permanent | Commentaires (45) | TrackBack (0)
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C'est le hasard qui me fait rapprocher ces deux personnalités dont l'une est bien vivante et dont l'autre vient de mourir. Pourtant, elles ont au moins un point commun qui est le club de football de l'Olympique de Marseille.
Le sport n'est pour rien dans la curiosité humaine que j'éprouve et qui est faite du rapport singulier que ces deux êtres ont entretenu avec les plus puissants des sentiments : le bonheur de l'amour, l'attente de la mort. J'aime passionnément, dans certaines destinées, ces touches d'étrangeté, de courage ou de fidélité qui surprennent, ravissent ou émeuvent.
Regardant un soir l'émission Un jour, un destin sur France 2, consacrée à Bernard Tapie et à toutes ses vies, avec la participation notamment de ses deux fils, j'ai retrouvé évidemment l'entrepreneur, l'aventurier, le politique, le condamné, l'homme de tous les rebonds, le bateleur et l'avocat parfois génial de sa propre cause, son talent brut et sa mauvaise foi insigne, son art instinctif du langage dru et percutant, la force incontestable d'une énergie qui crève l'écran et l'existence. Mais, au milieu de ses métamorphoses, de cette instabilité batailleuse, de ces péripéties qui ne pouvaient pas laisser penser une seconde que celui qui les subissait ou en profitait saurait créer une oasis de durée douce, de tendresse et d'indéfectible attachement, il y avait, il y a un lien conjugal unique jamais démenti, rappelé par les fils et confirmé par l'époux. La femme de Bernard Tapie, Dominique, aimée comme au premier jour par cet homme de gouaille et séducteur, diffusant, sans se montrer, une influence bienfaisante sur cette bête de pouvoir. Qui aurait pu imaginer, devant un tel parcours et une vision aussi plurielle et polémique de la vie, un attachement aussi singulier et touchant ? Il y a là l'irruption, dans un destin extraordinaire, de la superbe banalité d'un comportement humain réussi : amour, fidélité, victoire sur le temps. Je suis sensible à ce paradoxe d'une immobilité intime et rare dans une personne qui n'est ailleurs que mobilité, frénésie et surprise.
Robert Louis-Dreyfus, homme de biens, est mort des suites d'une leucémie. Dans le beau portrait que Le Monde a dressé de lui sous la signature de Guy Dutheil, on apprend que gravement malade, il n'a jamais rien dit, ne s'est jamais plaint. Même durant le procès sur les comptes de l'OM à l'issue duquel il sera condamné, il n'invoquera jamais cette épreuve intime. Surtout, il ne révélera jamais à sa mère son affection. Il n'aimait pas qu'on lui demande des nouvelles de sa santé. Projeté vers l'avenir plus que soucieux de soi. Un roc (Paris Match).
J'admire ces natures qui même au comble du pire sont capables de s'enfermer en elles-mêmes en résistant à l'impudeur et à la vulgarité de la décharge sur autrui. Cette capacité de créer des îlots de dignité et de secret, de triompher sur le plan du coeur en dépit du tourbillon de la modernité et de l'apparence de soi, me semble le signe même d'identités hors du commun. Rien ne rassure plus que de découvrir, chez des personnes qui se distinguent de la multitude, un ou deux indices. Comme une énigme qui propose sa solution.
09 juillet 2009 dans Actualité, Médias, Société, Sports | Lien permanent | Commentaires (32) | TrackBack (0)
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