Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

L’interview politique : une empathie critique…

L’empathie critique est non seulement une politesse humaine, une richesse intellectuelle et une qualité journalistique, mais elle a pour principal avantage de permettre la libération de la parole, de donner de la profondeur à l’échange et, par voie de conséquence, de faire de l’entretien un véritable exercice démocratique.

De Gaulle : le droit contre le juridisme…

Rien ne me semble plus clairvoyant que cette distinction entre un droit légitime, nourri des exigences du réel, inspiré par la sagesse et soucieux du bien public, et un juridisme réduit à une mécanique abstraite, cultivant, de manière autarcique, des règles et des principes déconnectés du champ social.

Pourquoi Jean-Luc Mélenchon est-il si choyé ?

C’est l’un de ces paradoxes qui éclairent la condition humaine et le comportement de ceux qui informent et commentent face aux responsables politiques. Les courtois sont perçus comme faibles, et les personnalités équilibrées ont l’infortune de ne susciter aucun scandale. On n’entendra jamais un Bruno Retailleau menacer tel ou telle journaliste, alors que Jean-Luc Mélenchon, sur un plateau de télévision, n’hésite pas à intimider ses interlocuteurs, à les agresser délibérément, à prendre l’ascendant dans l’échange et le pouvoir dans l’argumentation. À croire que les journalistes se complaisent dans son sadisme et dans le masochisme qu’il leur impose.

Pour 2027 : des présomptions obligatoires et désespérées…

La communauté nationale, même si elle était débarrassée des haines et des colères qui la déshonorent, s’est vue si souvent trahie que les promesses, non seulement ne sont plus écoutées, mais, pire encore, apparaissent comme le signe désolant et pervers d’une politique “à l’ancienne”. Hier, dans les campagnes plus ou moins bien menées, un lien de conviction et de vraisemblance subsistait entre le citoyen et son favori. Celui-ci n’était pas voué à prendre des engagements dans une sorte de désert démocratique.

La France n’a plus qu’un carburant : la haine…

Cette France-là, dont le seul carburant est aujourd’hui la haine, est en partie la conséquence d’une pratique présidentielle qui a multiplié les fautes, sans être véritablement sourde aux attentes des Français, mais en demeurant constamment décalée par rapport à elles. Le résultat est qu’il n’est plus absurde de prévoir la présence de Marine Le Pen et de Jean-Luc Mélenchon au second tour de l’élection présidentielle de 2027, malgré le large écart qui les sépare. Si le second l’emportait, la haine serait au pouvoir. Avec la première, dominerait une impossibilité tragique de rassemblement. Ce n’est pas la même chose.

On n’en peut plus !

On n’en peut plus de ce pouvoir qui nous parle d’État de droit quand on attend tout simplement un État qui exerce son autorité.

Comme s’il n’était pas là…

Imaginons combien nos adversaires véritables et constants doivent se réjouir, puisque nos alliés n’hésitent plus à proclamer haut et fort que le roi est nu et que la France est à prendre. On conçoit que de telles provocations – sermonner notre pays comme si son président n’était plus là, lui qui a parfois déplu par son arrogance – soient traumatisantes et qu’Emmanuel Macron ne les accepte pas. Mais à qui la faute ?

David Lisnard se lâche !

Peut-être faut-il analyser cette libération de la parole de David Lisnard comme l’expression d’un soulagement, comme si elle lui permettait de sortir d’un corset historique, intellectuel et moral qui n’a que trop longtemps engoncé le camp conservateur. Il est temps que ce dernier n’accepte plus la présomption de culpabilité et la lancinante et masochiste mauvaise conscience que la gauche lui impose.

Mode d’emploi contre les désastres…

Il n’est pas normal que, face aux pilleurs, la police doive se contenter, au mieux, d’interpeller, au lieu de pouvoir mener des actions de dissuasion radicale. Il ne s’agit pas de tuer, mais de combattre ce terrifiant paradoxe de voyous livrés à une frénésie absolue et de forces de l’ordre contraintes à une retenue telle qu’elles deviennent elles-mêmes des victimes et ne peuvent plus protéger efficacement les personnes et les biens.