Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Qu’on nous permette une minute de joie !

Israël et les États-Unis de Donald Trump ont attaqué l’Iran et le Guide suprême a été tué. À Téhéran, des applaudissements, des cris de joie, l’espérance a montré le bout de son merveilleux visage. Le souvenir est atroce, qui remet en pleine lumière ces héroïques jeunes femmes, ces résistants, ces citoyens de tous âges qui ont osé dire non, en sachant l’issue inéluctable qui allait les engloutir dans la mémoire de leurs proches à la fois fiers et déchirés ; ces multiples pendaisons, ces martyrs modestes et déterminés payant de leur vie leur courage inouï d’avoir un jour prescrit des limites à l’horreur et à l’étouffement. Partout, grâce à l’intervention conjointe de ces deux nations — l’une contrainte d’être sans cesse sur la défensive, l’autre impérieuse, parfois pour la cause des peuples —, en Iran, quelque chose s’est levé qui ressemble à un immense soupir de soulagement.

Ruffin pas seulement contre les rupins ?

Ruffin n’est pas seulement destiné à combattre les rupins. Mais, dans l’espace de la politique traditionnelle, le député Ruffin occupe certes une place amplifiée par une réelle sympathie médiatique ; faut-il pour autant l’admirer parce qu’il aurait découvert, contre LFI, que la France et le peuple existaient ? Et d’un futur qui ne serait pas aux couleurs d’aujourd’hui, il ne sera jamais l’inventeur !

Proudhon, Onfray et moi…

Dans L’Anarchie positive, la biographie qu’il a consacrée à Proudhon, ainsi que dans un entretien accordé au Point, Michel Onfray développe avec brio l’incroyable modernité, selon lui, de cet « anarchiste positif », les raisons pour lesquelles les personnalités de gauche les plus connues sont aux antipodes de son authentique vision d’une gauche qui « se situe ailleurs, chez Proudhon entre autres », ainsi que le caractère infiniment salutaire, par exemple, de l’aspiration à une décentralisation contre le jacobinisme et d’une réflexion sur le pouvoir, qui cherche aussi bien à éviter la domination que la dépendance.

Victimes de la justice…

Quand on évoque « l’insupportable attente des victimes », on a raison. J’ai été scandalisé que les excellentes dispositions projetées par le ministre fassent l’objet d’un recours de la part d’un syndicalisme judiciaire réunissant l’USM et le Syndicat de la magistrature, au motif que des moyens manqueraient, comme si cette considération pouvait l’emporter sur le caractère infiniment positif de cette avancée en faveur des victimes.

La violence est-elle devenue la politique ?

À cette progression de l’inacceptable, il convient d’ajouter cet élément capital : l’idéologie de l’extrême gauche et de certains des mouvements sur lesquels elle s’appuie, non seulement ne se repent jamais des conséquences parfois ignobles d’un militantisme dévoyé, mais au contraire les assume en justifiant la violence comme outil fondamental pour obtenir ce que le dialogue démocratique et le vote ne sont jamais parvenus à accomplir.

La morale, aujourd’hui, est à charge !

Tant que l’on jugera niaise la volonté de rendre meilleur le monde politique grâce à des vertus simplement humaines, distinguant l’honnête homme du mauvais, et que le sens moral sera perçu comme un élément à charge, on ne pourra jamais espérer, face à des crimes odieux, de droite comme de gauche, une indignation consensuelle, un dégoût unanime.

Et si on nous prenait au sérieux ?

J’ai l’impression que le rouleau compresseur, seulement défini par le fil du temps, l’obligation de réduire les coûts et de diminuer les dépenses, est exclusivement considéré, et qu’on ne tente même pas de réfléchir à une synthèse conciliant ce que l’on doit à un avenir responsable et à une humanité respectée ; qu’on n’essaie même pas de sauver la part d’un passé regretté, face à une modernité encensée par principe.

Jeffrey Epstein : une comédie inhumaine…

Cette inhumaine comédie constituait Jeffrey Epstein en une sorte de démiurge, qui ne s’excluait pas des horreurs mais dont la plus grande volupté, à mon sens, était d’en rendre les autres prisonniers, en se disant probablement combien il était facile de mener les privilégiés par le bout du vice et de l’intérêt.

Bruno Retailleau, enfin !

Dire « Bruno Retailleau, enfin ! » n’est pas un mot vain, ni un titre superficiel. Mais l’expression d’une espérance incarnée.

Ilan Halimi : mon sombre hommage…

À l’évidence, les hommages graves ne suffisent plus, pas davantage que les dénonciations du cœur et des belles âmes. Mais au moins, en 2009, la justice criminelle avait fait ce qu’elle devait.