Justice au Singulier

Blog officiel de Philippe Bilger, Magistrat honoraire et Président de l'Institut de la Parole

Emmanuel Macron : une rage suave…

Emmanuel Macron pense-t-il à demain, à la période, à la vie d’après le 3 mai 2027 ? Pas encore : il est entièrement préoccupé par son image, le récit que des historiens pas trop sourcilleux extrairont de ses mandats et, il l’espère, par la légende qui surgira quand la réalité décevante ne sera plus là pour l’entraver. Il connaît trop bien l’Histoire de France pour ignorer que, le moment venu, l’inaction politique est un piédestal.

Des histoires d’amour comme s’il en pleuvait…

Il y a, dans certains de ces récits, l’irruption subite, dans l’inédit et l’incongru, de frustrations et de déceptions banales, comme si, soudain, même dans ce qui prétendait échapper, pour l’amour, aux visions convenues, la normalité, avec son cortège de sentiments infiniment répétitifs, venait troubler l’originalité voulue.

Demain, ce sera pire !

Aucune raison de douter de l’intelligence industrieuse de la France, pour peu qu’elle soit bien guidée et dirigée, avec empathie et autorité !

Une Coupe du monde comme le monde…

Les Pays-Bas sont éliminés, et l’Allemagne aussi. Dans son groupe, le Cap-Vert s’est qualifié pour les seizièmes. L’Angleterre, brillante contre la Croatie, s’est éteinte par la suite. On ne peut regarder personne de haut. Il n’y a plus de réputations établies. N’importe qui se croit autorisé à damer le pion aux prétendus forts d’avant. C’est une révolution sur les terrains.

Surtout, ne pas faire de CNews un martyr !

Ce qui a créé de l’ambiguïté dans la mise en demeure de l’Arcom, c’est que cette dernière, trop frileuse et peut-être tétanisée par sa propre audace, n’a pas cru devoir aller au bout de son analyse. Ce qui était licite de la part de CNews n’était cependant pas légitime si l’on admet qu’il n’y a pas véritablement de pensée libre quand celle-ci ne peut pas être contredite. La liberté sur un plateau, ce n’est pas seulement d’être à l’unisson pour découper une part du réel et l’analyser de manière univoque ; c’est aussi, c’est surtout, non seulement accepter mais vouloir la richesse d’un pluralisme, qu’il soit constitué par des contradictions internes ou, plus profondément, par des antagonismes intellectuels ou idéologiques.

Quand le cinéma a trop de moyens…

Le fait que le cinéma regorge aujourd’hui de moyens et que l’on tende trop souvent à confondre le grand film avec le film cher, n’engendre pas forcément des œuvres dilatées, longues, ployant sous la richesse, mais à comparer les deux Scarface, ce qui pourrait apparaître, en 1932, comme un manque est, au contraire, ce qui fait de ce film un chef-d’œuvre. Rien de trop : la devise latine est la clé du succès littéraire comme de l’excellence cinématographique.

Et si les magistrats y mettaient du leur ?

Mais comment se tenir ? Qu’accomplir, pour la magistrature, dans les travaux et les missions que son splendide métier lui assigne, même si, à force d’invoquer crises et mal-être au quotidien, on a totalement perdu de vue l’honneur d’être procureur ou juge et l’obligation de n’avoir qu’une boussole, celle du citoyen ? La Justice, au sens noble, c’est d’abord une politesse sociale et démocratique. Une morale concrète, une éthique et un service public. On oublie trop ce dernier.

Est-ce Emmanuel Macron qui se panthéonise ?

Le récit des deux quinquennats d’Emmanuel Macron, son rapport à l’Histoire et la trace qu’il laissera : il paraît qu’il a sollicité plusieurs historiens pour tenter de dégager avec eux les contours d’une relation non seulement acceptable mais fondamentale avec son action. De quoi celle-ci sera-t-elle le nom ? À partir de cette obsession, ses panthéonisations, les choix opérés, la symbolique qui s’en dégage ne constituent-ils pas aussi, non plus une illustration consolatrice de lui-même, mais une part fondamentale de ce qu’il va nous léguer ? Non plus des grands travaux, mais de magnifiques et sublimes mémoires ?

Après les magistrats, qui ?

Ce dont la France a besoin, c’est d’une véritable révolution. Dans toute la sphère publique, la responsabilité doit devenir un principe, une règle, un honneur ; et la faute, lorsqu’elle est établie, doit entraîner les sanctions adéquates. On ne peut plus laisser croire à l’immunité totale de certains — au point que leur échec semblerait les promouvoir — et à la mise en cause des seuls corps auxquels leur discipline interdit de ruer dans les brancards.