« Alain Delon ou l'ivresse de soi | Accueil | La Cour de cassation et Christian Vanneste : une victoire »

11 novembre 2008

Commentaires

nicolas

Peut-être que j'exagère ou que je déforme, mais ne dénoncez-vous pas, à mots couverts, de la lâcheté ? A vous lire, Daniel Zagury est favorable à la rétention de sureté, il souhaite juste ne pas en être l'instrument.

Reste la question : enfermer sur la base de faits supposés, probables, éventuels ou virtuels, est-ce compatible avec la République et l'Etat de droit ?

Aïssa Lacheb-Boukachache

Il serait bon, afin que vous soyiez logique et cohérent avec vous-même, cher PB, que vous réclamiez avant toute chose l'application des dispositifs de ces lois dites de sûreté à toute cette clique de magistrats qui firent Outreau, Burgaud le premier et votre collègue Lesigne en second, afin d'évaluer leur degré de dangerosité et leur potentialité de récidive ... Je propose qu'on désigne l'excellent docteur Daniel Zagury afin de les expertiser une première fois puis régulièrement tous les semestres, tant que ses conclusions médicales ne seront pas nickels, c'est-à-dire à perpétuité car en médecine, vous le savez bien, contrairement à la Justice, on n'est jamais sûr de rien, encore moins des pronostics, on est plus que souvent humble et modeste ... Soyons clairs avec nous-mêmes, n'est-ce pas, nous sommes ici entre gens sérieux et intelligents et nous nous devons de proposer et défendre des idées modernes et non contradictoires ...


Aïssa.

Jean-Dominique Reffait

Vous ne pouvez pas, Philippe, à chaque fois que se présente la contestation d'une mesure que vous approuvez faire fi de l'expertise, de la compétence éventuellement plus complète que la vôtre sur le sujet traité en recouvrant l'ensemble des griefs par les formules de démocratie apaisée et d'humanisme vigoureux : cela n'est pas suffisant me semble-t-il.

Vous vous étonnez du caractère ostensible de cette contestation : vous avez cependant sans doute gardé en mémoire que cette loi sur la rétention de sureté a été très largement montée sur la mise en scène ostensible d'un drame particulier. A l'ostensible politique des uns, qui veut qu'à chaque émotion réponde une loi de circonstance, l'ostensible déontologique des autres peut faire valoir un autre point de vue, de la même manière médiatique. Ce parallélisme des formes devrait vous combler au lieu de vous étonner.

La démocratie n'est justement apaisée que lorsqu'à un pouvoir correspond une contestation libre et pacifique, ce qui me semble être le cas en la circonstance. Voici des experts, dont on demandera l'avis et qui annoncent qu'ils ne prêteront pas la main à un projet qui prétend leur faire porter un sombrero grand modèle. C'est le débat démocratique, qui pour être apaisé, peut n'en pas être moins vigoureux...

En deuxième, vous allez quand même jusqu'à émettre un propos parfaitement étonnant, redoutable, et qui serait inquiétant s'il n'était pas inexact : les experts seraient les supplétifs de l'accusation !
Jusqu'à Outreau, la justice a demandé deux choses aux experts : établir une description clinique de l'état psychiatrique des accusés ou des victimes et porter un jugement sur la crédibilité ou la dangerosité. Ce deuxième aspect a été clairement mis en pièce lors de la commission d'Outreau et c'est précisément celui-ci qui doit constituer l'axe unique du travail des experts pour la rétention de sureté.

Les experts ne sont pas les supplétifs de l'accusation, c'est insensé : oui l'accusation cherche par tous les moyens à triturer les expertises pour leur faire dire ce qu'elles ne disent pas nécessairement, oui on commet un nouvel expert lorsque les conclusions du premier ne sont pas à la hauteur de l'espérance accusatrice, mais j'ai suffisamment vu des avocats généraux furieux après des experts pour affirmer qu'il ne s'agit pas de supplétifs.

Votre point de vue est tout à fait étrange sur ce sujet : la responsabilité de la rétention de sureté est d'ordre politique, par la loi, et judiciaire par la décision individuelle. La loi prévoit que le judiciaire se couvrira sous les avis d'experts et ce sont ces mêmes experts qui vous disent qu'ils ne peuvent pas effectuer cette tâche, non pas pour des raisons idéologiques mais en raison de l'état de leur art. Vous voudriez à toute force que des experts prêtent la main à une disposition politique alors qu'ils vous disent depuis le départ qu'ils n'en sont pas capables techniquement. Comme si vous imposiez à un médecin d'effectuer une opération qu'il ne sait pas faire.

Votre position n'est donc pas cohérente : oui nous pouvons admettre que certains criminels présentent un risque trop important de récidive pour être un jour remis dans le circuit, mais si l'état de la médecine est incapable de mesurer avec fiabilité ce risque, ne vous en prenez pas à Hippocrate et assumez dès lors le rôle qui est dévolu aux magistrats : jugez sans avoir besoin d'un alibi scientifique qui ne peut vous être fourni.

Toute opposition à un point de vue n'est pas nécessairement une démonstration de laxisme ou d'angélisme. Il peut s'agir aussi de l'expression d'une compétence dont ni les députés ni les accusateurs ne disposent ou simplement de bon sens.

Nathalie

Excusez-moi Philippe, mais je n'ai pas bien compris votre billet, heu, je veux dire où vous vouliez en venir exactement.
Mais j'en retiens une vision de l'humain assez noire, plutôt dépourvue d'espoir, sans issue. Et surtout sans pardon de rien. Ca me fait froid dans le dos, je n'aimerais pas être mise en accusation de quelque chose et que vous soyez le Procureur dans mes démêlés avec la justice car je crois que je serai cuite et archi cuite quoiqu'il arrive et ma situation désespérée et désespérante.
Bon, je fais sans doute un raccourci, je schématise me direz-vous, j'exagère, mais c'est peut-être parce que c'est votre métier que de peindre l'âme des autres en noir ?
Rappelez-vous ceci : même Gilles de Rais a été touché par la Grâce, pourtant ! Et la Grâce de Dieu ne dépend pas de vous.
Et puis aussi, il y a un autre petit passage qui me fait froid dans le dos : celui où vous parlez de ce qui est fait des expertises et comment elles sont systématiquement instrumentalisées. J'ai une solution : qu'on n'en fasse plus de ces expertises, surtout quand on voit (quand on entend) comment elles sont faites, et comment elles sont rémunérées et parfois leur qualité (cf : l'affaire d'Outreau et l'"expertise de femme de ménage" et les autres élucubrations des psychologues divers et variés).
Quelquefois, aussi, on voit pérorer et pontifier ces "fliciâtres" dans les médias : flics de la pensée que ces psychiatres pour vérifier que la pensée est conforme à la norme sociale décidée par le fliquiâtre. Et sinon ? Il y en avait des tas et des tas dans l'ex URSS. J'espère que nous n'allons pas en arriver là dans notre pays. Si ?

semtob

Cher Philippe,
Je n'ai pas de réponse toute faite à ces questions posées.
La seule question que je me pose est celle de l'intention première de tout cela.
Est ce que c'est le présage d'une fragmentation de la population?
Est-ce que la justice comme la médecine glisse dans une sphère prédictive qui aux noms de la raison et des grands principes généraux des droits devrait rester vigilante ?
Devons-nous sombrer dans un hygiénisme social ?
J'ai l'intuition mesurée que des réformes
déguisées morcelées ne résistent pas à la
possibilité de reconstituer facilement le puzzle proposé.
C'est cela le projet actuel ?
Une glissade inconsciente vers un projet de monde totalitaire ?
Réveillez-vous.La justice sombre dans l'obscurantisme à confondre comportement
risque génétique prédiction.
C'est pire que désolant c'est dépitant !!!
françoise et karell semtob

Nicolas O-F

Les mathématiques enseignent que lorsque "l'epsilon d'espoir" confine avec zéro, la probabilité de récidive grimpe inversement. La courbe qui illustre ceci est y=1/x.

Ensuite, selon qu'on considère l'emprisonnement d'abord comme dispositif de protection pour la société ou bien comme mesure pédagogique pour le détenu, on fera des choix différents.

L'ennuyeux, dans tout ceci, c'est que l'idéologie prend souvent le pas sur une vraie réflexion sur la question.

Catherine JACOB

«Enfin, il propose "une conférence de consensus" pour que soient fixées "les limites de ce que l'on peut demander ou pas à la psychiatrie".»

D'après ce que je sais il est loin d'être le seul auquel les "les limites de ce que l'on peut demander ou pas à la psychiatrie" posent problème et de mon très modeste point de vue de philosophe à mi-temps je pense qu'il y a là une vraie question pour un vrai débat qui en tant que tels paraissent faire consensus et qui excèdent également très largement le judiciaire.
La question de l'homme peut elle s' accommoder à la sauce du pragmatisme? Je crois que la réponse à la question sous cette forme risque d'être aussi culturelle.

guzet

"Remise en cause d'une loi qui ne plaît pas". Monsieur l'avocat général, il va falloir vous habituer à cet anarchisme généralisé qui donne systématiquement la priorité à la subjectivité individuelle sur le collectif et l'institutionnel. "Chacun doit être à soi-même sa propre norme" comme le dit Michel Onfray. Vous croyez professionnellement à l'utilité sociale et individuelle des "repères", mais la culture médiatique nous apprend que les poilus et les mutins, Broussard et Mesrine, tout cela se vaut, que tout cela est également honorable et honoré...

Aïssa Lacheb-Boukachache

Vous oubliez de citer également, aux cotés de Daniel Zagury, l'universitaire français Loïc Wacquant, enseignant et chercheur en Californie depuis des années, qui le premier nous expliqua comment, sous les prétextes originaux de la défense et la protection de la société et les mêmes arguments que tout le blablabla sans queue ni tête que vous nous servez en ce domaine, cher PB, peu à peu s'est instauré là-bas, grâce à ces dispositifs judiciaires qui sont la matrice de nos lois dites de sûreté, une véritable industrie lucrative et spéculative du criminel ainsi mis, au-delà de sa peine purgée, en "sûreté" ad vitam aeternam; comment ces lois, des vastes criminels meurtriers réellement dangereux (les Ed Gein, Charles Manson et autres Edmund Kemper), ont vu imperceptiblement mais sûrement leur raison se déplacer pour atteindre aussi à de simples voleurs de hamburgers, pourvus qu'ils soient récidivistes (Cf. la condamnation récente en Californie à perpétuité de cet homme qui récidiva en volant pour la troisième fois un hamburger à un écolier/ Loi dite des "trois fois"). Plus on en met dedans, plus on les garde à vie, plus ça crée de l'emploi et des richesses, du bizness en somme ... C'est bien connu. Vous avez l'air de tancer doucement votre ami Daniel Zagury, lui reprochant sans le dire de ne pas adhérer à cette future logique marchande de l'humain qui, sous des apparences de justice, n'est rien d'autre en fait que la négation pure et simple de son humanité. Et par ce biais, c'est l'ensemble du corps médical que vous désignez, l'accusant presque de ne pas se rendre complice de ce qui ne sera qu'à terme une façon comme une autre de gagner du fric pour tous ceux, individus et institutions, qui investiront à long terme -pour cause- dans ces peines de sûreté et toutes les infrastructures et logistiques qu'elles nécessiteront pour fonctionner pérennes. Vous voulez les transformer en chiens de garde, en sous-matons à blouses blanches, en caution médicale de ces intentions judiciaires profondément honteuses et malsaines. Comme si d'avoir accompli 20, 25, 30 ou 40 ans (Lucien Léger/ 41 ans de réclusion) de prison ne suffisait pas, il vous faut encore en ajouter ... Les quelques criminels dangereux (des meurtriers d'enfants pour l'essentiel) et dont l'avenir en liberté est hypothétique, écrivez-vous. Oui, bien sûr, il y en a quelques-uns effectivement, pas plus d'une vingtaine voire trente sur les environ 65 000 détenus actuels en France. Est-ce que le dispositif judiciaire actuel ne suffit pas en l'occurrence, pour ceux-là. A qui allez-vous faire croire que ces individus, ces Van-Géloven, ces Tissier, vont être libérés quand ils auront accomplis 30 voire 40 ans de prison? Et quand bien même ils ne mouraient pas de vieillesse en prison et en sortiraient à ces termes, quel âge auraient-ils alors? 80, 90 ans voire 100 ... Seraient-ils encore dangereux? De quel besoin alors ces lois dites de sûreté que vous défendez avec un acharnement incompréhensible? Et est-il besoin d'une loi de portée générale pour quelques personnes?... Préjuger de l'avenir des gens, comme vous le faites en soutenant ce dispositif, quel culot! Etes-vous démiurge? Avez-vous une boule de cristal au Palais pour voir loin avant l'avenir? Mais nous sommes tous des criminels en puissance, monsieur le procureur, tous et potentiellement tous récidivistes et dangereux ... Mettez-en alors le maximum à vie réelle en "sûreté" mais ayez dans ce cas l'élégance, le courage et l'honnêteté intellectuelle de prendre et garder vous-même la clef au lieu de vous en défausser sur d'autres dont ce n'est pas la vocation ni la profession de faire le garde-chiourme pour un certain confort bourgeois sous prétexte que la société va mal ... On se croirait revenu au temps de ces médecins singuliers, ces sommités de leur époque, de l'Académie pour certains et des plus grandes facultés de médecine, qui "jugeaient", sans rire, de la dangerosité d'un individu en observant méticuleusement sa face et les contours de son crâne et qui, remettant leur rapport au juge, justifiaient et dédouanaient celui-ci quand il lui faisait trancher le cou et tomber la tête ... Ainsi Joseph Vacher qui tua énormément et d'autres qui volèrent simplement trois sous ou deux pains ... La Justice que vous servez, cher PB, est en train de devenir cinglée; est-ce que vous vous en rendez compte seulement?... Ou faut-il faire examiner l'ensemble des magistrats par des psychiatres?


Aïssa.

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Les commentaires sont modérés et ils n'apparaîtront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Vos informations

(Le nom et l'adresse email sont obligatoires. L'adresse email ne sera pas affichée avec le commentaire.)

Ma Photo

MA CHAINE YOUTUBE

PRESSE, RADIO, TELEVISION & INTERNET

INSTITUT DE LA PAROLE

  • Formation à l'Institut de la parole
    Renseignements et inscriptions : [email protected]
  • L'Institut de la Parole propose des formations dans tous les domaines de l'expression et pour tous, au profane comme au professionnel de la parole publique. L'apprentissage et le perfectionnement s'attachent à l'appréhension psychologique de la personnalité et aux aptitudes techniques à développer. L’Institut de la Parole dispense des formations sur mesure et aussi, dans l’urgence, des formations liées à des interventions ponctuelles, notamment médiatiques. Magistrat honoraire, Philippe Bilger propose également des consultations judiciaires : conseils en stratégie et psychologie judiciaires.

MENTIONS LEGALES

  • Directeur de la publication : Philippe Bilger
    SixApart SA 104, avenue du Président Kennedy 75116 PARIS