« Eloge du calme | Accueil | Vive les esprits forts ! »

15 juillet 2009

Commentaires

Ludovic

Quelque chose me dérange tout de même dans votre billet, vous semblez faire montre de compassion pour ce magistrat, et je vous rejoins sur ce point, mais pourquoi le citez-vous nommément dans ce cas ?
Vous contribuez ainsi à la publicité d'une affaire disciplinaire dont l'immense majorité d'entre nous aurait ignoré l'existence. Je ne suis pas sûr que jeter son nom en pâture soit une bonne idée.
Vous me rétorquerez que son nom a été communiqué par "Le Parisien" mais était-il vraiment nécessaire de le reprendre ?
Je suppose que MAM, qui décidera de toute manière in fine, ne fera pas preuve d'une indulgence particulière, pour ma part je n'attends plus rien d'elle depuis hier.

Alex paulista

Peut-être est-ce plus compliqué que l'alcool, les fréquentations, l'argent.

Comment ne pas penser à La chute.

Ludovic

Bonsoir M. Bilger,

Je ne connais rien de ce magistrat que vous appelez "petit procureur" et je ne puis me permettre d'en dire quoi que ce soit. Comme le souligne Surcouf, certaines professions exigent l'exemplarité, bien que je ne voie pas en quoi les médecins relèveraient de ceux qui ont une autorité sur les citoyens.
Mais je ne sais pas bien non plus ce qui est exemplaire. Le statut de la fonction publique impose le respect de la moralité, notion subjective s'il en est, à la fois dans l'espace et dans le temps. Je ne suis jamais parvenu à définir ce qui est moral et ce qui ne l'est pas.
J'ai souvenir d'un collègue proviseur il y a quelques années, sanctionné par une suspension de six mois sans traitement et par une mutation dans l'intérêt du service (le directeur de l'encadrement demandait alors rien moins que la révocation) pour avoir tenu un blog dans lequel il faisait part de son homosexualité, de considérations critiques sur l'éducation et de quelques photos de nu masculin (rien de pornographique toutefois). J'avais alors été choqué par la sévérité de la sanction alors que dans le même temps, un professeur publiait sans la moindre sanction un pamphlet sur le système éducatif présenté comme une fabrique à crétins et lançait un blog, qui existe toujours, dans le même registre.
J'ai eu l'occasion de participer à des commissions paritaires disciplinaires de l'Education Nationale, il est toujours difficile de se prononcer à l'encontre de collègues à la dérive et en souffrance, ou ayant commis une faute professionnelle non intentionnelle.
Lorsque la procédure disciplinaire suit une condamnation définitive au pénal, les choses sont plus claires.
Je n'aime pas avoir à "juger" des enseignants ou des collègues qui ont failli, le plus souvent après des malheurs de la vie.
Il est si difficile d'être exemplaire et je ne prétendrai jamais l'être moi-même.

Catherine JACOB

L'affaire Festina ou l'affaire du coureur qui "s'est dopé à l'insu de son plein gré" diront les Guignols, a ainsi été instruite par un magistrat qui finira par sombrer dans l'alcoolisme, accumuler les dettes et voir sa famille se déliter.

Personnellement, je trouve ça un peu curieux, mais bien propre à satisfaire le public du tour par un côté retour de bâton, même si les coureurs ont avoué et écopé d'une suspension par ailleurs fort...dommageable au sponsoring/marketing.

"La roue tourne" a commenté le spécialiste des roues qui tournent, Richard Virenque, lequel s'est souvenu pour l'interviewer du temps où il se tenait devant le juge Keil dans la situation dans laquelle ce dernier, muté sans promotion après l'affaire, se tient lui-même désormais devant ses propres juges.

Ce que m'évoque cette histoire qui débute par:
"En Avignon, le bon vieux pape Boniface aimait sa mule le plus au monde et tout le monde savait que pour être « bien en cour », il fallait être gentil et attentionné à cette mule"

et se termine ainsi:

"Sitôt rentré, le premier moutardier ( Tristet Vedène) salua d'un air galant, et se dirigea vers le haut perron, où le Pape l'attendait pour lui remettre les insignes de son grade [.]. La mule était au bas de l'escalier, toute harnachée et prête à partir pour la vigne. Quand il passa près d'elle, Tristet Vedène eut un bon sourire et s'arrêta pour lui donner deux ou trois petites tapes amicales sur le dos, en regardant du coin de l'oil si le Pape le voyait. La position était bonne.La mule prit son élan :
Tiens, attrape, bandit ! Voilà sept ans que je te la garde !
Et elle lui détacha un coup de sabot si terrible, que de Pampérigouste même on vit la fumée, un tourbillon de fumée blonde où voltigeait une plume d'ibis ; tout ce qui restait de l'infortuné Tristet Vedène ! ... Les coups de pied de mule ne sont pas aussi foudroyant d'ordinaire ; mais celle-ci était une mule papale ; et puis, pensez donc ! elle le lui gardait depuis sept ans. Il n'y a pas de plus bel exemple de rancune ecclésiastique. » ou encore médiatique peut-être?

Mais tout le monde n'est pas obligé de cèder à la tentation quelque soit l'habileté du tentateur qui s'attaque à une personnalité fragilisée, dont la conséquence est celle-ci:

"Patrick Keil, 45 ans, maigrissait à vue d’œil, son hygiène était douteuse, il ne changeait de vêtements que tous les six mois. Le magistrat n’a pas nié. Il a expliqué qu’il était "dans une spirale d’autodestruction", mais que personne ne lui a jamais tendu la main."

Le juge qui en était en 1999, "le juge qui monte" vu la portée médiatique du scandale, déclare que "de voir s'effacer progressivement les valeurs auxquelles il croyait lui a appris à être humble et que la magistrature aurait bien besoin de renouer avec une certaine humilité." Et sans doute pas que la magistrature aurait-on envie d'ajouter. La première des humilités n'est-elle pas d'accepter de 'se faire aider' avant que les faux amis de la nuit ne vous aient trop enfoncé dans votre propre détresse? Mais comment, quand on est, ou a été, un homme respecté et sans doute même craint, peut-on imaginer pouvoir avoir besoin d'aide tel un vulgaire ado?!

C'est très difficile quand plus personne de votre monde n'écoute vos histoires personnelles et, avec une inconsciente cruauté, ne souhaite n'avoir affaire à vous que si votre apparence ne laisse rien transparaître de tout ce qui peut vous miner de l'intérieur, chagrin d'amour, surmenage, ennuis financiers, harcèlement au travail ou ailleurs etc... Vous risquez de vous désocialiser.
Je ne vais pas avoir le culot de suggérer la création d'un service d'assistance sociale pour les magistrats en détresse bien sûr, mais dès qu'on se rend compte que quelqu'un ne va pas bien, il me semble qu'il y a non assistance à personne en danger que de se contenter d'en parler dans son dos ce qui est l'attitude la plus commune.

Pourtant, on voit bien si quelqu'un est sur le point de s'effondrer, moralement ou physiquement ou les deux. L'autre jour, sans réfléchir, j'ai fait demi-tour et me suis arrêtée à la hauteur d'une personne âgée inconnue qui rentrait chez elle après être allée faire ses courses sans chapeau et, je lui ai demandé si je pouvais l'amener quelque part. Elle s'est assise dans la voiture, a déposé ses courses sur le sol et déclaré qu'il faisait bien frais ( = la clim.), elle m'a indiqué où je pouvais la déposer et a commencé à parler d'histoires de voisins indifférents mais que avant(?) c'était différent. Au point d'arrivée, je lui ai dit qu'elle pouvait rester encore un peu au frais, mais elle a déclaré qu'elle ne voulait pas me retarder. Je lui ai indiqué un numéro d'appel d'urgence et je suis repartie en me demandant ce que j'aurais fait si jamais elle s'était effondrée dans ma voiture au lieu de se remettre, mais j'ai résolu le problème en me disant que c'eût été moins dramatique que de la voir s'effondrer dans mon rétroviseur.

Les deux liens consultés sont:
http://www.europe1.fr/Info/Actualite-France/Justice/Le-magistrat-de-l-affaire-Festina-sous-les-verrous/(gid)/162129
http://www.europe1.fr/Info/Actualite-France/Justice/Le-juge-de-l-affaire-Festina-menace-de-revocation/(gid)/233418

Surcouf

Monsieur Bilger, comme dans toutes les professions il existe des brebis galeuses.
Il est vrai que certains métiers rendent le fait insupportable. Il s'agit notamment des métiers exerçant une autorité sur le citoyen.
Je pense à la police, à l'Education nationale, à la médecine et bien sûr à la justice dans son ensemble.

Je ne connais pas du tout le dossier de cette personne mais, quelle que soit sa peine administrative, et a fortiori si c'est la révocation, il convient de rappeler que derrière un magistrat, un professeur, un policier, un médecin, il y a un homme avec toute sa fragilité. Un homme qui comme tout un chacun peut fauter, même si ces professions ont moins le droit que d'autres à l'erreur.

Est-il permis pour un tiers, même magistrat, de mêler dans un billet un sentiment de fraternité attristée à l'égard de cet homme et de nécessaire rigueur à l'encontre du professionnel?

Je ne peux répondre que par l'affirmative.
Comme souvent, votre billet est marqué du sceau de l'humanisme et nous ramène à l'essentiel, l'homme.
Je vous en remercie, puissiez-vous être entendu du plus grand nombre.

catherine A

Vous voilà très balzacien... Mais des dérives, des déchéances comme celle-ci, ne sont-elles pas le quotidien des tribunaux ? Font-elles naître la même compassion ?

Aïssa Lacheb-Boukachache

Ces remises en causes, discrédits et déligitimation du procès en son fond par la Cour en sa forme viennent aujourd'hui de la part des avocats de la partie civile, autrement dit des bancs victimaires. S'ils obtenaient raison, que feraient-ils demain quand ils auront à plaider pour un accusé ?

De même qu'hier, aux procès Ferrara et Colonna, la remise en cause, le discrédit et la déligitimation sont venus, ces fois, de la part des avocats de la défense, donc des bancs des accusés. De même, s'ils obtenaient raison, qu'en serait-il demain pour eux quand ils auront à plaider pour la partie civile?

A moins qu'ils se «spécialisent»; les uns uniquement à la partie civile, les autres exclusivement à la défense … Ce qui serait la suite logique de tout cela mais à laquelle il est illusoire de croire.

On le voit, ce qui est menacé ici, c'est l'existence même du procès d'assises réputé procès populaire a contrario du procès correctionnel absolument fonctionnarisé qui ne saurait d'ailleurs tarder à suivre inéluctablement le même chemin. Dans le premier cas, que les accusés crèvent sans formalités … Dans le second, que les victimes aillent se faire voir non sans plus de formalités … C'est une position intenable ou bien ne reste plus qu'à acheter chacun son fusil à pompe et ses munitions; plus besoin désormais ni de juges ni d'avocats ni de règles d'aucune cause.

Je sais bien et soutiens que le procès c'est la «guerre» … Pas de pitié, pas de salamalecs, pas d'urbanité et je t'embrasse ceci et je te baise cela, qu'on soit d'une partie ou de l'autre en ce théâtre ouvert ou clos et accepté par tous où se racontent, se décrivent et s'affrontent les passions et dérives humaines. Il faut vaincre pour sa cause sans état d'âme et par le Droit. Mais ici, c'est le théâtre du Droit qu'on mine, c'est ce principe même qu'on assassine … On est dans la guerre et la haine totales. Qu'est-ce qui pourra sortir de tout ceci? Rien sinon une Justice nue, faible et appauvrie … Ce n'est ni plus ni moins qu'à un viol judiciaire auquel on assiste et voudrait nous convier. Le «Nique la Justice» écrit partout les murs par ces jeunes désoeuvrés des banlieues et cités trouve aujourd'hui son application réel et pratique par les avocats riches des beaux quartiers …


Vous avez raison, cher PB, de passer au «Petit procureur» même si pas drôle non plus … Du grand au petit, vous le savez, il n'y a souvent pas l'épaisseur d'une feuille de papier à cigarette. J'y reviendrai ...

Aïssa.

Laurent

Une fois encore - c'est fréquent ces derniers jours - je partage votre opinion.
Je crois qu'il est parfaitement permis de mêler fraternité et rigueur. C'est le rôle bien souvent incompris de l'avocat.
Combien ne veulent pas comprendre que l'avocat qui assiste, et même défend, son client n'en estime pas moins qu'une sanction s'impose ?
Il en va ainsi également pour le Petit procureur. Tenter de comprendre ses actes et admettre sa sanction ne sont pas incompatibles.

Sylvie BEFFARA-LO RE

Monsieur l'Avocat Général,
On nous accuse, nous aussi les avocats, de faire du corporatisme quand il ne s'agit que de solidarité. Merci également à vous pour une si jolie définition de ma profession.
Respectueusement vôtre.

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Les commentaires sont modérés et ils n'apparaîtront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Vos informations

(Le nom et l'adresse email sont obligatoires. L'adresse email ne sera pas affichée avec le commentaire.)

Ma Photo

MA CHAINE YOUTUBE

PRESSE, RADIO, TELEVISION & INTERNET

INSTITUT DE LA PAROLE

  • Formation à l'Institut de la parole
    Renseignements et inscriptions : [email protected].com
  • L'Institut de la Parole propose des formations dans tous les domaines de l'expression et pour tous, au profane comme au professionnel de la parole publique. L'apprentissage et le perfectionnement s'attachent à l'appréhension psychologique de la personnalité et aux aptitudes techniques à développer. L’Institut de la Parole dispense des formations sur mesure et aussi, dans l’urgence, des formations liées à des interventions ponctuelles, notamment médiatiques. Magistrat honoraire, Philippe Bilger propose également des consultations judiciaires : conseils en stratégie et psychologie judiciaires.

MENTIONS LEGALES

  • Directeur de la publication : Philippe Bilger
    SixApart SA 104, avenue du Président Kennedy 75116 PARIS