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26 août 2010

Commentaires

Catherine JACOB@Jonathan

@Jonathan | 27 août 2010 à 09:05
Je ne suis pas persuadé qu'on puisse mettre au même niveau les paroles que prononcerait un représentant de l'Église "lambda" et celles que prononce le Pape, d'autant plus dans une allocution officielle, tenue dans la langue du pays incriminé.

Que n'a-t-on pas reproché à Pie XII (Pius duodecimus - 2 mars 1876 Castel Gandolfo, Latium, Italie Eugenio Pacelli ) Pape du 2 mars 1939 au 9 octobre 1958?
Qu'attend-on de Nicolas Sarkozy à propos de Sakineh Mohammadi?
Il faut donc être logique et conséquent dans ses attentes et ses revendications.
Ceci étant, l'opinion publiquement exprimée dans le cadre de la liberté d'opinion, d'un membre lambda des églises de France ne saurait certes prétendre au poids des paroles d'une allocation papale mais seulement pour certains, au poids qu'on accorde dans ce pays à l'opinion du citoyen lambda (1/58 796 000 habitants en métropole si l'on se réfère au recensement de 1999, le dernier en date pour ce qui concerne notre pays), à celui de l'auteur d'une Tribune médiatique, par ex. Le Point, pour d'autres, au poids que leur conscience accorde aux paroles de ministres religieux ordonnés appartenant à l'ordre épiscopal, les personnes pour lesquelles cet ordre est signifiant!

calamity jane

..."la légalité ne fasse pas trop honte à la
légalité".
Une phrase d'un représentant SS dans "La
liste de Schindler" : "ce n'est plus cette
bonne vieille haine du juif, c'est de la
politique maintenant".
La définition de -dériver- en quelque sorte.
Peut-être ce qu'avait demandé sarkoline en
se rendant chez Benoît le XVIème, une balise
de sécurité ?

Jean-Yves Bouchicot

Moi je trouve ça très bien que Nicolas Sarkozy, Chanoine de Latran, se fasse sermonner par un représentant de l'ex-inquisition et ancien membre des Jeunesses Hitlériennes... Grenouilles de bénitier contre punaises de sacristie, nuisibles se mangeant entre eux... J'aime mieux ça que les blanchiments occultes entre les Etats, les grandes entreprises, les lobbys douteux et la Banque du Vatican /Opus Dei... S'il pouvait y avoir un petit abus sexuel lors de la rencontre, ce serait parfait pour l'image de l'Eglise Catholique (Pas pour les croyants, que je respecte). Un progrès vers la civilisation et un recul de l'obscurantisme.

Jonathan

@"un de la roue"

Vous dites :

""Ineptie" ? sans aucun doute. "Tempérament gravement déboussolé ?" On ne peut que l'espérer pour ce pauvre prêtre car dans ce cas cela représenterait un moindre mal. En effet si cette ineptie a été dite par un tempérament équilibré on ne peut que plaindre le père Hervet de violer d'une manière aussi délibérée et brutale le message de Celui qu'il croit servir."

Morceaux choisis du premier best-seller au monde :

"(Matthieu 10:34) : Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée.
(Matthieu 10:35) : Car je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère;
(Matthieu 10:36) : et l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison."

Les "message de Celui qu'il croit servir" n'est pas aussi tranché que certains aimeraient le croire.
Je recommande d'ailleurs la lecture de "Comment Jésus est devenu Dieu", de Frédéric Lenoir, et du "Christ Philosophe", même auteur.

@Catherine JACOB

Vous dites :

"[...] la loi du 9 décembre 1905 abolissant la notion de "culte reconnu" et faisant des Églises, au pluriel, des associations de droit privé avec les conséquences juridiques qui en découlent. [...] l'Église conserve donc sa place dans le débat démocratique et nous serions bien mal avisés de la lui dénier."

Je ne suis pas persuadé qu'on puisse mettre au même niveau les paroles que prononcerait un représentant de l'Eglise "lambda" et celles que prononce le Pape, d'autant plus dans une allocution officielle, tenue dans la langue du pays incriminé.
En tant que plus haute autorité d'un Etat indépendant et reconnu, Benoît XVI est-il légitime dans l'acte de donner son avis sur la politique française ? ni plus, ni moins qu'un autre chef d'Etat étranger, chacun y verra sa propre opinion.

En tant que plus haute autorité catholique, a-t-il une légitimité à s'exprimer de la manière dont il l'a fait ? D'un côté, il était obligé de le faire, image de sa fonction oblige. D'un autre côté, il n'a aucune légitimité à le faire sous cette forme, à savoir une condamnation non pas au nom de l'Etat du Vatican (ce qui serait une intervention de l'ordre de la politique internationale) mais au nom de la religion catholique; cette position morale n'est pas celle que doit suivre un pays qui se veut laïc et dont la politique est théoriquement libre de toute influence dogmatique comme la France.

Parce que, tel que ça a été fait, quel est le résultat attendu ?

1 - Soit la France fait son mea culpa et le Pape pourra s'enorgueillir de la légitimité de l'Eglise à dicter au gouvernement français sa politique; et la loi de 1905 peut servir de papier hygiénique aux Ministres de la curie romaine, ce dont certains rêvent depuis 105 ans (dont Benoît XVI, alias l'ex-cardinal Ratzinger, ex dirigeant de la congrégation pour la doctrine de la foi, alias l'inquisition).
2 - Soit la France s'obstine sur sa voie actuelle et continue sur sa lancée, nonobstant l'aspect humain (ou inhumain) de "l'opération", simplement pour maintenir son indépendance vis-à-vis de l'Eglise.

Jean-Yves Bouchicot

Oui, Alain Minc a tout du furoncle médiatique, en plus de se faufiler partout où il y a du pouvoir occulte à négocier et des "consultations" à vendre... Il voudrait bien être l'Eminence Grise, mais n'est pas le Père Joseph qui veut. D'ailleurs ce dernier avait, quand il allait négocier un dossier délicat à Rome, l'intelligence et l'humilité de faire la route à pied, déguisé en moine pauvre. Peut-être Minc et Sarkozy se sont-ils rencontrés chez un marchand de talonnettes ou d'escabeaux, mais notre "consultant" n'a réussi qu'à devenir une éminence grisâtre, malgré les tentatives de blanchiment. Tel Iznogoud, il oscille entre Consultant et con-vizir...

Herman

Je vous suis pleinement sur ce billet, cher Philippe, de bout en bout.

L'élargissement de la faute sur toute la communauté rom est d'un insondable cynisme, et devrait par là-même rendre la vue aux aveugles !

Le président me fait penser à Zidane, qui, lorsqu'il ne parvenait pas à venir à bout de son adversaire, pétait les plombs et se mettait à mettre un coup de pied par-ci, un coup de boule par-là...

Le parallèle entre les deux, je le vois dans la défaite psychologique. Sarkozy ne supportant pas les derniers sondages, qui sont sa défaite, car son objectif se trouve non dans les résultats de sa politique, mais dans le potentiel succès électoral de celle-ci. Et les roms n'ont pas de chance puisque beaucoup d'articles ces derniers temps, ici même... ont pointé la faiblesse de l'action sur le discours du président. Celui-ci, ou ses communicants... ont compris le message !

Quel succès, cher Philippe !

Un de la Roue

Monsieur Bilger,

A propos de la sinistre déclaration (et de surcroît juste après une messe !) du père Hervet : "Je prie pour que Nicolas Sarkozy ait une crise cardiaque", vous écrivez : "Faut-il mettre cette ineptie sur le compte d'un tempérament gravement "déboussolé" ou bien est-elle révélatrice d'un délitement qui atteint aussi bien l'Eglise et ses obligations que le respect minimal dû à celui qui incarne la charge républicaine suprême ?"

"Ineptie" ? sans aucun doute. "Tempérament gravement déboussolé ?" On ne peut que l'espérer pour ce pauvre prêtre car dans ce cas cela représenterait un moindre mal. En effet si cette ineptie a été dite par un tempérament équilibré on ne peut que plaindre le père Hervet de violer d'une manière aussi délibérée et brutale le message de Celui qu'il croit servir. Quant à l'Eglise catholique elle n'est évidemment nullement atteinte de "délitement", cette ineptie n'engage que celui qui s'en est rendu coupable.

Enfin, il ne s'agit pas seulement ici de "respect minimal dû à celui qui incarne la charge républicaine suprême" mais de respect minimal dû à tout être humain, même le pire des criminels.

Pour terminer, je suis surpris, pour dire le moins, de la réaction du Cardinal de Paris. Ainsi un homme, prêtre de surcroît, auteur d'une telle ineptie serait malgré tout un "homme bon" !? Le Cardinal de Paris aurait-il manifesté une semblable mansuétude si cette ineptie avait été dite par Jean-Marie Le Pen ?

Il a eu beau "regretter" ce propos et le Cardinal de Paris dire à Brice Hortefeux qu'il s'agissait "d'un homme bon", je n'en suis pas moins stupéfié qu'aujourd'hui un ecclésiastique ait pu proférer une telle inanité dont la cruauté même rétractée ne laisse pas de tristement nous solliciter (VSD). Je ne sais. Il est clair en tout cas que c'est une "première" et qu'à ce titre elle ouvre des perspectives sombres sur l'état de notre époque ou au moins de certaines personnalités.

Thierry Grenot

De la difficulté de traiter du général et de l'individuel dans un même ensemble. C'est un exercice qui demande un peu de temps et beaucoup d'explications, ce que "le 20 heures" ne permet pas, bien sûr. Mais quelle autre solution pour sortir de l'émotionnel ou de l'inertie paresseuse?

Guzet

Les propos du père Arthur et de Minc sont révélateurs du délire outrancier qui semble s'emparer d'une société déboussolée à propos de tout et de n'importe quoi... en tout cas médiatiquement. On dit que le Président de la République n'a pas de surmoi pour rationaliser sa spontanéité pulsionnelle, apparemment il n'y pas que lui...

Catherine JACOB

La distorsion entre le message papal et cette absurdité lilloise ne doit pas toutefois nous faire perdre de vue le fond du débat qui est de déterminer si la religion a sa place dans l'élaboration des politiques concrètes et si, comme Frédéric Lefebvre l'a évoqué, la fraternité et la légalité constituent des exigences compatibles.

Personnellement, je suis choquée quand j'observe que l'on met la laïcité à toutes les sauces, dès qu'il s'agit de faire comme si seule avait droit de cité, la position de l'Etat.
Je crois que, au fond, la question que vous posez c'est celle de la neutralité impossible.
Certes, de nos jours, autrement dit depuis que l'on a coupé la tête au dernier monarque absolu, le pouvoir ne tient plus sa légitimité de Dieu, mais de l'assentiment de L’Ecclesia, l'Assemblée du peuple citoyen, laquelle a son pendant en matière de religion dans l'Assemblée des fidèles.
Est-ce que cela signifie que seule cette dernière est dotée d'une conscience tandis que la première se doit de n'obéir qu'à des considérations machiavéliques au sens noir et moins noir du terme?
Est-ce qu'avoir une conscience signifie qu'on doit lui imposer silence pour dégager de la place à ces sentiments réputés faire «  véritablement mouvoir les hommes, et saisir les conflits authentiques qui constituent la texture du devenir historique dans le cadre d' une vision dépouillée de toute illusion de ce qu'est réellement la société »??
Je ne le pense pas. La séparation de l'Église et de l'État, fondatrice de la Société française du XXème siècle, c'est d'abord une mutuelle abstention d'ingérence dans les affaires de l'une et de l'autre, la loi du 9 décembre 1905 abolissant la notion de "culte reconnu" et faisant des Églises, au pluriel, des associations de droit privé avec les conséquences juridiques qui en découlent. Attendu que faire de ce que nous nommons l'Église, une association de droit privé n'a pas eu pour effet de lui retirer toute voix au chapitre démocratique, comme toute association de droit privé, l'Église conserve donc sa place dans le débat démocratique et nous serions bien mal avisés de la lui dénier.
Autrement dit, la fraternité telle que portée par la voix de l'Église et de ses fidèles dans le débat démocratique n'est pas plus incompatible avec la légalité, que cette dernière ne l'est avec la liberté d'expression que par ailleurs elle garantit.
Ceci étant, où est la fraternité et où est la charité chrétienne lorsqu'un Vénérable homme d'Église, dont, nonobstant, la liberté de renvoyer sa médaille du mérite est égale à celle d'un Camus ou encore d'un Sartre de refuser la Légion d'honneur, appelle le malheur sur la tête d'un homme. L'important d'un point de vue chrétien, n'est pas que cet homme soit ou ne soit pas le premier magistrat de France, mais qu'on se livre à des imprécations qui ont un certain relent de soufre et donc tout aussi condamnables du point de vue de l'Église que du point de vue de la loi de l'État laïque qui proscrit les atteintes à la dignité et à l'honneur de la personne, lesquelles atteintes en l'espèce sont publiques.
Cependant, nous devons nous interroger quant au fait que l'imprécation ait paru au prêtre le dernier recours contre ce qui révoltait totalement sa conscience, autrement dit le sentiment que quoi que dise ou que fasse le citoyen (ce qu'est également le prêtre qui est un électeur comme les autres), pour exprimer sa réprobation, la seule réponse de l'État lui apparaît à l'image d'une Panzer-division !
Ça fait, à mon sens, aussi partie du débat !
Quid d'appeler simplement le pêcheur, dès lors qu'on le pense tel, ne serait-ce qu'en tant que coupable d'orgueil, au repentir et de faire comme BHL lorsqu'il a souhaité que NS apporte son appui à la condamnée iranienne à la lapidation? Je ne pense pas cependant que NS soit aussi prompt à décrocher son téléphone que lorsque son interlocuteur est le philosophe médiatique.
En revanche, poser la question de quel conflit? Pourquoi? Comment?
Ce qu'ont commencé à faire les journalistes qui se sont rendus en reportage en Roumanie, et par ex. dans un cadre œcuménique, me paraît davantage pertinent pour l'heure que de lancer des imprécations du haut d'un parvis, imprécations sur lesquelles par ailleurs on revient et qui étaient sans doute davantage un message d'apaisement en direction d'une communauté où la bonne aventure a sa place, que proférés avec une intention véritablement injurieuse et malveillante à l'égard de NS.

Savonarole

Alain Minc a l'habitude de ces petites provocations.
Il s'est embarqué sur deux Titanic : Le Monde qui a failli couler, et Sarkozy, qui va couler.

A chaque fois, il proteste que ce n'est pas lui l'iceberg et qu'il n'y est pour rien.

Christian C

Cher Philippe Bilger,
Peut-être est-il utile de rappeler, pour la précision, que Benoît XVI a invité l’autre dimanche son auditoire à « savoir accueillir les légitimes diversités humaines, à la suite de Jésus venu rassembler les hommes de toute nation et de toute langue ». A aucun moment le Pape n’a fait référence à la politique française ou à ses dirigeants. Cela a permis à chaque conscience de trouver individuellement ce qu’elle avait envie de retenir de cette phrase.
En réaction à cette adresse universelle, Alain Minc a trouvé le moyen de s’exprimer de la sorte : "J'ai envie d'exploser un peu. Ce pape allemand ? Parler comme il a parlé ? En Français ?(…) On peut discuter (de) ce que l'on veut sur l'affaire des Roms, mais pas un pape allemand(…). Son prédécesseur Jean-Paul II peut-être, pas lui".
Chacun jugera la sagesse de ces propos à l’aune de la finesse coutumière de leur auteur. J’ai la faiblesse de les considérer avec la même sévérité que ceux tenus par l’abbé Arthur.
Mais au-delà de cette écume, je suis tenté de vous poser une question : si la fraternité est une valeur essentielle de la religion catholique, ne vous semble-t-elle pas commune à toutes les autres religions, tout autant qu’elle est partagée par bien des agnostiques, des athées et des mécréants ?
Je vous rejoins totalement sur votre conclusion : « Le pire, pour un Etat, ce serait de refuser, par confort ou inconscience, cette tension entre le réel et l'idéal. Il est déjà justifié quand il l'assume. »
Etait-il pour autant nécessaire de passer par ces formes diverses de mobilisation d’hostilité, voire de haine ?
La présence incontrôlée et quasi-incontrôlable de communautés ou d’individus considérés par certains comme indésirables sur le sol français, ne résulte, sauf erreur, que de l’application de textes européens votés en leurs temps par les représentants français, donc par nous tous.
La réponse à cette difficulté ne passait-elle pas dès lors par des prises d’initiatives de la France auprès de la Communauté Européenne, et à défaut par un rappel aux dirigeants roumains et bulgares à leurs engagements et devoirs, plutôt que par cette diversion peu digne qu’a été ce discours de Grenoble ?
Le pire, pour un président de la République, est d’attiser les tensions et les haines plutôt que de les apaiser.

Koz

Il me semble qu'il y a un détournement de la loi dans l'action gouvernementale. Pas un détournement dans le sens où les juristes l'entendent, mais une sorte d'instrumentalisation.

Oui, bien évidemment, on a raison de faire appliquer la loi. On peut toutefois l'appliquer avec plus ou moins d'humanité. Mais surtout, les ministres ont beau jeu de n'argumenter que sur le strict respect de la loi.

Le problème est bien dans l'esprit des décisions successives.

Vous pointez justement la mise en cause d'une communauté dans son ensemble. Mais c'est encore pire que cela. Car l'agression contre la gendarmerie n'a pas été commise par des Roms. Elle l'a été par des Tsiganes. Et le Président, dans son discours de Grenoble, fait un amalgame complet, en tirant comme conséquence de cette agression les expulsions de Roms.

Cela peut s'expliquer par un refus de comprendre, une absence d'analyse. Et ce n'est pas acceptable pour un Président. Mais on peut imaginer, tout de même, qu'il est un peu informé, et un peu conseillé. L'amalgame est alors volontaire, et tout aussi inacceptable. On peut imaginer aussi qu'il est plus facile de renvoyer des Roms en Roumanie, et de donner ainsi l'illusion d'une action efficace, que de résoudre un problème d'insécurité (au demeurant ponctuel) posé par des Français. En somme, on fait sa com' sur le dos de l'étranger. C'est terriblement classe comme comportement.

Monseigneur Vingt-Trois, interviewé sur RTL avant l'intervention du Pape, refusait de réagir précisément aux propos du Président sur les Roms, les qualifiant de "propos de circonstance". Le Pape, lui, a rappelé un principe, sans entrer dans le détail des faits ou politiques, ni mettre en cause directement le président. Il me semble évident qu'ils ont voulu se situer à un niveau plus élevé, c'est-à-dire à l'esprit qui domine la politique de notre pays depuis un an, qui se caractérise tout de même par une mise en cause de l'étranger (débat sur l'identité nationale, que l'on n'appréhende que dans le rapport à l'immigration; déclarations sur les mosquées; affaire de la conductrice voilée directement après la fin du débat précité et l'échec des régionales; débat sur la déchéance de la nationalité...).

Au-delà même de la violence de certains opérations de démantèlement de camps, c'est bien cela qui est choquant. C'est bien cette instrumentalisation électoraliste de l'étranger qui doit cesser.

Et, en appelant à l'"éducation à la fraternité universelle", le Pape rappelle l'esprit, que nous sommes un peu en train de perdre en France.

nicolas

Je n’ai rien dit...

"Quand ils sont venus chercher les communistes,
je n’ai rien dit, je n’étais pas communiste.
Quand ils sont venus chercher les syndicalistes,
je n’ai rien dit, je n’étais pas syndicaliste.
Quand ils sont venus chercher les juifs,
je n’ai rien dit, je n’étais pas juif.
Quand ils sont venus chercher les catholiques,
je n’ai rien dit, je n’étais pas catholique.
Puis ils sont venus me chercher.
Et il ne restait personne pour dire quelque chose."

Pasteur Martin Niemöller
Dachau, 1942.

Denis Monod-Broca

Vous avez raison, M. Bilger, efforçons-nous toujours d'éviter l'outrance.
Et ça n'empêche pas de penser.
Quand j'entends les cris d'orfraie ce ceux qui dénient au pape le droit de s'exprimer, même indirectement, sur la politique française, alors que nous passons notre temps, nous Français, et souvent la France elle-même par la voix de ses représentants les plus autorisés, à faire la leçon au monde entier, y compris sur les questions religieuses, je me dis que nous sommes, collectivement, de beaux hypocrites...
(Les propos d'Alain Minc sont une provocation éhontée qui ne mérite pas d'être relevée)

Claude L

Cher Philippe Bilger,

Je comprends que les propos de ce prêtre lillois vous aient choqué, vous qui, billet après billet, par votre style très policé apportez la preuve d’une grande maîtrise de vous-même. Nous sommes bien évidemment persuadés que ce prêtre n’en veut pas à la vie de notre bien-aimé Président. Et ces propos m’ont surpris et fait sourire, mais ne m’ont pas indigné au point d’y voir de « sombres perspectives ». Ils sont seulement la preuve qu’un prêtre est un homme comme les autres, avec ses indignations, ses colères, ses faiblesses et ses remords. Avez-vous remarqué que la menace est choisie. La crise cardiaque est ce qui arrive à celui dont le cœur ne fonctionne plus…

Quant à l’espace démocratique « indiscutable et indiscuté », je vous trouve, sur le sujet, peu exigeant.

Laurent Dingli

Après relecture, il y a tout de même un point essentiel sur lequel je m'interroge. Vous écrivez en effet : "Faut-il choisir entre la loi ou le goupillon ou peut-on espérer satisfaire les deux, ce qui me semblerait une bienfaisante conciliation entre les contraintes du siècle et la grandeur de l'idéalisme ?"
Je ne crois pas que cette "bienfaisante conciliation" soit toujours nécessaire dans un Etat laïc ; vous connaissez trop bien les sujets sociaux sur lesquels il n'y a aucune "bienfaisante conciliation" (notamment le droit à l'avortement, inscrit dans la loi) pour que j'insiste sur ce point. Par ailleurs, l'idéalisme que vous évoquez n'est pas forcément religieux. Je reste donc sceptique quant à votre "bienfaisante conciliation".
Vous vous demandez aussi comment faire en sorte que l'application de la loi se fasse avec humanité ? Je vous réponds seulement que cela dépend du ton des directives données par le pouvoir à l'administration. Je l'ai toujours écrit, notamment à propos du durcissement des mesures d'expulsion, la responsabilité vient d'en haut et non pas de tel ou tel fonctionnaire, pas même du premier d'entre eux au niveau local, le Préfet, qui n'est qu'un exécutant. Les Eglises chrétienne, musulmane, juive et autres non rien à voir là-dedans : c'est au chef de l'Etat et au gouvernement de faire en sorte que les lois soient appliquées avec humanité. Je ne dis pas que les religions ne peuvent avoir un rôle, mais il doit rester secondaire.

Laurent Dingli

Un texte très juste, mon cher Philippe.

Sylvain

Bonjour M. Bilger

Ca dépend de la géographie des lieux et coutumes et du taux d'inconscience des peuples.
Dans notre pays, appliquer la loi va devenir mission impossible quand, dès que le chef de l'Etat fronce un sourcil, on hurle aux atteintes des droits de l'homme, au fascisme, etc.
Notre peuple champion mondial de consommation de tranquillisants ne supporte plus la moindre contrariété politique...
Voyez l'affaire des Roms, le spectacle antisarko le plus grotesque et caricatural auquel on ait assisté depuis le début de la chasse à courre contre le Président.
Le Pape donneur de leçons d'accueil mais qui refuse d'ouvrir les portes du bunker Vatican aux opprimés.
Villepin qui parle de tache, de honte sur le drapeau et qui organisait des vols groupés d'expulsions quand il était aux affaires.
Jospin qui très socialistement avait lui aussi aménagé des "reconduites à la frontière". LOOOL !
Les débilités proférées par tous les grotesques résistants d'opérette : rafles, déportations, heures sombres, Pétain, collabos... etc, qui renvoient médailles, Légion d'honneur et dernièrement la carte d'identité (Saumur) prouvent dans quel état mental déplorable se trouve une certaine partie de l'opposition.

Vont-ils bientôt organiser des convois de réfugiés fuyant ce pays honni dirigé par le "tyran" Sarko 1er, sous l'oeil des caméras ?

Tous ces comiques de farce pitoyables pensent-ils aux vrais déportés qui eux n'ont pas bénéficié d'un airbus gratuit avec 300 euros en poche, entre Drancy et Auschwitz ? Certains doivent se retourner dans leur tombes, d'autres dans leurs charniers.

D'autres pays voisins expulsent par milliers sans que ça soulève de tels tollés comme chez nos bobos oisifs antisarko du café de Flore.
Chez eux c'est la loi.
Chez nous, une centaine seulement, c'est le goupillon.
France tu sombres de plus en plus dans le ridicule avec ces charlots...

Jean-Yves Bouchicot

Philippe, vous vous obstinez à confondre la fonction présidentielle avec la personne de Nicolas Sarkozy. Cela devient agaçant, et pourtant je ne vous soupçonne pas de mauvaise foi. Mais c'est comme si, à votre âge, vous confondiez encore ce que les psy appellent la "Personne Père" et "l'Image-Père". En tant que papa cela devrait vous parler.

Jonathan

Déjà il y 17 ans, en 1993, les Visiteurs avaient saisi la substantifique moelle de la (future) situation politique 2010 avec cette réplique : dehors les romanos !

Cette pique facile mise à part, la situation s'enfonce dans le glauque et la mondialisation des médias a aboli les frontières de la politique.

Il suffit de respirer un coup pour provoquer un raz de marée dans la presse mondiale. Et qui critique ? Les Etats-Unis, le pays des droits de l'homme par excellence, avec sa politique d'immigration choisie et les clandestins traqués à la frontière du Mexique ? Le Pape, dans son infinie (?) sagesse, qui devrait peut être se rappeler qu'en 1905 la France a voté la séparation de l'Eglise et de l'Etat, sans oublier qu'il faut commencer par enlever la poutre de son oeil avant de chercher la paille dans celui du voisin ? Les Britanniques, qui parquent "leurs" étrangers dans des quasi bidonvilles ?

Oui, la situation a traîné jusqu'à devenir explosive. Oui le gouvernement a surfé sur la vague Saint Aignan pour faire ouvertement ce qu'aucun gouvernement n'avait trouvé de prétexte pour faire : démanteler les camps roms. Oui, humainement parlant, l'action est contestable.

Mais il y a des lois. Elles sont le plus souvent iniques dans leur application, mais elles existent et c'est pour ça que nous sommes dans un Etat de droit et pas une anarchie.
Quand je vois que des gens du voyage (et pas seulement des roms) occupent illégalement et, disons-le, en exerçant une menace latente sur le propriétaire par leur nombre et leur communautarisme, des terrains privés parce que le terrain mis à disposition par la commune ne leur sied pas, j'ai envie de dire qu'il y a comme de l'abus. Mon appart ne me plaît pas, mais j'ai repéré un 180 m² sur les Champs à Paris, je pense que je vais signifier au proprio que j'y plante mes pénates.

Encore une fois, le peuple français dans toute sa splendeur : Liberté, mais la mienne, pas celle du voisin; Egalité mais tant que c'est une égalité à mon avantage; Fraternité, mais faut quand même pas que ça me fasse rentrer de l'usine en retard pour Plus belle la vie quand même, naméo.

Parce que bon, on s'indigne de voir une caravane fracassée par les bulldozers au 20h, mais quand on voit la trogne de la caravane, on ne s'indigne pas que des gens élèvent des enfants dans un lieu insalubre au possible ? Une habitation à deux pas d'une décharge publique parce que "là il y a de l'herbe (en fait de la boue hein, mais marron et vert c'est presque pareil) et le terrain proposé par la mairie est bitumé" ?

Jibitou

Quelques points de réponse. Vous mettez en exergue les propos isolés d'un prêtre qui s'est rétracté. Ces propos sont condamnables, sans réserve, mais n'engage pas l'Église. Par contre, les propos d'Alain Minc sont scandaleux et j'espère qu'ils recevront l'opprobre publique qu'ils méritent.

"Apparemment, si on en croit les autorités policières, les expulsions des campements illégaux s'accomplissent selon des modalités les plus acceptables possibles" : il ne manquerait plus que cela ! Faut-il rappeler que ces expulsions requièrent le volontariat, d'autant plus accepté qu'un pécule est donné et qu'ils peuvent circuler librement en Europe ? Quant au gouvernement, sa culture biaisée du chiffre, il est tout heureux de trouver des clandestins facilement identifiables, très dociles et dont la proximité géographique permet de minimiser les coûts de renvoi.

"Il doit être la seule "bible" pour ses ministres" : c'est bien ce que je craignais, la France est en guerre depuis le 30 juillet 2010 !

"quels moyens inventer pour que la loi soit garantie et que le goupillon ne s'offusque pas" : pensez-vous vraiment que nos gouvernements actuels ou passés aient comme critère de ne pas contrarier l'Église ? Certes, le gouvernement sait quelles limites morales il ne peut dépasser, encore que sa façon de stigmatiser les personnes ou de jouer les uns contre les autres de manière systématique me semble assez abject.

Jibitou, http://www.catholique-aujourdhui.fr

Savonarole

Puissant est le bras du Seigneur !

Surtout lorsqu'il retombe sur la tête de notre Président, dont la visite au Vatican avait constitué un monument de vulgarité.
Armé de son portable et passant des sms , il était flanqué de Jean Marie Bigard, nouvel héraut du christianisme français.
M. Sarkozy avait une allure de rom devant notre Bien Aimé.
Certains archevêques présents à cette bouffonnerie ne l'ont pas oublié.
"Un jour il trébuchera, il n'est que d'attendre"...
En recevant Monseigneur Vingt-Trois, M. Hortefeux doit aujourd'hui aller à Canossa, en passant par Damas. Cela ne fera qu'accentuer sa couperose en buvant un calice de plus...

Franck Boizard

Le problème de l'Eglise de France est intellectuel : le niveau baisse, la connaissance du dogme diminue, le respect de la doctrine disparaît.

Alors on se retrouve avec des soixante-huitards attardés au sentimentalisme guimauve qui courent après les applaudissements médiatiques, forcément de gauche.

Rappelons que la doctrine de l'Eglise ne se réduit pas au sermon sur la montagne et fait un devoir au chrétien de respecter les lois de son pays et de ne pas provoquer de scandale.

Une question bien prosaïque : en quoi une expulsion légale, dans un certain confort et avec une somme d'argent, est-elle une atteinte à la dignité humaine ?

Notre pays meurt à petit feu de ne plus avoir le courage de se défendre. Et l'Eglise mourra avec lui si on ne fait rien : car la France tiersmondisée connaîtra des conversions massives à l'islam, non un regain de christianisme.

Les évêques qui croient qu'en défendant l'islam (voile à l'école, burqua, mosquées), ils font reculer la laïcité et donc favorisent toutes les religions se livrent à un bien mauvais calcul. On en revient au problème que je citais au début : ce ne sont pas des flèches !

Véronique Raffeneau

Je partage tout de l'essentiel de votre billet.

Maintenant, Philippe, ce qui n'est pas acceptable de la part du président de la République reste ce que vous exposez dans votre paragraphe :

"Là où le bât blesse le plus, c'est sans doute dans le passage qui a été opéré d'urgence..."

Je voudrais que cet épisode agisse pour le gouvernement et pour l'ensemble des responsables politiques - majorité comme opposition - comme la disqualification sans appel de leur façon s'adresser à un pays et de diriger un Etat à coups de coups médiatiques, ici meurtriers, oeuvre de communicants, de publicitaires de la plus médiocre espèce, enclavés dans les faiseurs de sondages et relayés par des Morano, Paillé, etc. qui n'ont de cesse d'étaler leur insuffisance dangereuse.

Je ne supporte plus cette façon de faire de la politique et de diriger un pays.

"Le pire, pour un Etat, ce serait de refuser, par confort ou inconscience, cette tension entre le réel et l'idéal."

Oui.

Quand accepteront-ils, TOUS, d'en finir avec ce tape-à-l'oeil incessant et ces chimères politiques d'un jour qu'on fabrique comme on lance des produits de télé réalité ?

La dernière création chimérique en date étant celle d'Eva Joly.

Achille

Bonjour Philippe Bilger,

Vous nous dites : « On a évoqué le risque d'un divorce croissant entre la majorité des catholiques et le sarkozysme dans sa version dure et "sécuritaire".

En fait tant que la politique sécuritaire du pouvoir en place se focalisait sur le port de la burqa et la chasse aux sans papiers en provenance essentiellement de l’Afrique noire et du Maghreb, l’Eglise ne s’est pas vraiment manifestée. On peut même dire que l’électorat catho (démocrate-chrétien) était plutôt favorable à ces mesures.

Le problème est apparu, ainsi que vous le faites remarquer, suite à l’agression collective à l'encontre d'une gendarmerie dans le Loir-et-Cher et la mise en cause d'une communauté dans son ensemble et l’amalgame qui a suivi entre ROMS et gens du voyage.

A noter que 85 % ou plus de ces gens qui ont choisi la vie itinérante sont parfaitement français et surtout de bons catholiques pratiquants. Aussi quand on va leur chercher des noises, comme ce fut le cas à Bordeaux pour caser 200 caravanes, alors qu’à Lourdes il n’y a pas le moindre problème, et ce depuis des années, pour accueillir 1000 caravanes, il est un peu normal que le Vatican s’émeuve de voir ainsi ses ouailles malmenées par un état de droit.

Ajoutons à cela que c’est quand même Nicolas Sarkozy qui a fait appel aux hommes d’Eglise pour aider les éducateurs laïcs à mener à bien la dure mission qui consiste à éduquer notre jeunesse. Que ceux-ci maintenant s’immiscent dans la politique dite sécuritaire du gouvernement en violation avec la loi de 1905 est un peu un effet boomerang (comme dirait Ségolène Royal) d’un Président qui ne cesse de jouer les apprentis sorcier avec les lois de la République.

Alex paulista

"Là où le bât blesse le plus, c'est sans doute dans le passage qui a été opéré d'urgence entre une agression collective à l'encontre d'une gendarmerie dans le Loir-et-Cher et la mise en cause d'une communauté dans son ensemble."

C'est effectivement le noeud du problème.
On ne peut pas accepter ce genre de vengeance contre une communauté sur des problèmes qui n'ont rien à voir.

Quant au Pape, il joue son rôle politique: il a compris que la motivation de Sarkozy était le ramassage de votes à droite.
Il le punit donc par où il a péché.


Plus qu'un seul homme peut redresser la France:

Jean-Michel Aulas

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