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11 août 2010

Commentaires

Aïssa Lacheb-Boukachache

Vous n'y êtes pas, mon cher PB et ceci précisément pour la raison majeure que vous associez l'Idée de République exclusivement à l'élu présidentiel de celle-ci … Or, la République est, comme son nom l'indique clairement, une chose publique, donc appartenant à tous. Si le discours de Sarkozy à Grenoble s'inscrit, eu égard à sa fonction de président de la République, comme vous l'écrivez, dans un débat démocratique et demeure, ajoutez-vous, dans le registre politique, il n'en reste pas moins, en retour et répons, que l'expression de l'hebdomadaire Marianne, détenteur de sa part de République au même titre que le président, que vous, moi, chacun, «voyou de la République», s'inscrit également dans le registre politique et le débat démocratique. La véritable question est de savoir quelles sont les limites verbales au-delà desquelles le débat et le registre ne sont plus politiques et démocratiques. Ce n'est pas si évident que cela et ... tenez, je vous prends deux exemples en démonstration: la parole (débat démocratique et registre judiciaire) n'est-elle pas libre au tribunal, soit correctionnel, soit d'assises … Encore, la parole (débat démocratique et registre parlementaire et politique) n'est-elle pas libre au Parlement … Que n'y entend-t-on plus fort dans l'outrance que les écrits de Marianne … La République en est-elle flétrie? Non car précisément c'est la République à travers ses possesseurs qui alors s'exprime ainsi. En famille, on peut -on doit- tout se dire, même si cela blesse, c'est ainsi … Souvent, on regrette, on retire ce qu'on a dit, on jure sincèrement qu'on ne le pensait pas, on nuance, relative, se dédit … et ce n'est pas une autre histoire. Souvent aussi, c'est un bien que de ne pas se ménager de la sorte et c'est encore la même histoire … La République? Appartenant à tous les Français, il serait étonnant qu'elle n'ait qu'un seul langage et un vocabulaire pauvre et châtié, lamentablement conventionnel et formaté … Et que Nicolas Sarkozy vienne à son tour à traiter Marianne (le magazine, ces journalistes, qu'on se comprenne …) pour les raisons de ses articles politiques d'opposition de voyous de la République, ne serait pas plus extravagant. Ce ne sera toujours que de la chose publique à la chose publique. C'est très délicat en vérité, j'en ai bien conscience. Au coeur de la République, où est la liberté d'expression et où l'injure à caractère personnelle? Je crois que la réponse est dans ce «coeur» précisément qu'il faut imaginer comme le lieu (une enceinte judiciaire par exemple ou parlementaire) et le moment (l'audience dans l'exemple judiciaire, la session dans celui parlementaire, le mandat en cours dans celui présidentiel, etc.). C'est pourquoi le mémorable «me touche pas, tu me salis!» de cet homme, ce citoyen, au président et la réponse de celui-ci «casse-toi, pov'con!» (lieu et moment s'inscrivant dans le débat démocratique et le registre politique) ne flétrissent ni d'une part ni de l'autre la République car ce jour-là c'est elle tout entière qui s'est apostrophée et s'est répondue …


Aïssa.

Jean-Yves Bouchicot

Comment dit-on, quand il s'agit de Rachida Dati ou de Valérie Pécresse ? Voyelle ? Consonne le tocsin, "pour mourir à la Guerre, les imbéciles heureux qui sont nés quelque part".

Patrick Handicap expatrié

Voilà à quoi conduisent les vulgarités prononcées à tout bout de champ par Nicolas Sarkozy. Depuis le célèbre "cass' toi pov'con" chacun est autorisé à imiter, à tort ou à raison, celui qu'aucune sanction n'est venue frapper. C'est un phénomène de cour...

Jean-Dominique Reffait

Eh bien non, Philippe. L'usage du terme "voyou" dans Marianne ne porte pas sur le contenu du débat politique mais bien sur les ressorts qui font agir N. Sarkozy. Tout chez N. Sarkozy fleure l'extrémisme de droite le plus nuisible et le plus stupide, il a commencé très tôt, rappelons-nous que cet éminent scientifique nous a déjà roté que le viol était héréditaire ou que le foetus apprenait la délinquance à quelques heures de la fécondation. Aujourd'hui, ce sont les tziganes, tout cela sous couvert d'identité nationale et de référence à la terre. Grande étant l'amnésie collective, il a un boulevard devant lui. Mais cela, c'est son droit. C'est aussi son droit d'être inculte, quasi-illettré et de bonir des âneries poussiéreuses dans une langue approximative.

Mais il s'agit aussi de la méthode, de l'instrumentalisation de l'Etat à des fins personnelles, de l'esprit de clan et de corruption, de l'absence de tout scrupule moral quand il faut obtenir ce qu'on désire. A bien chercher dans l'histoire des personnages comparables, je n'ai jamais déniché autre chose que Concini, Catilina ou Odoacre. Parce que, Philippe, le voyou politique est une figure évidemment distincte du voyou de droit commun. Du voyou, il a les attitudes, les motivations, les stratégies et le défaut de scrupules mais en politique nul besoin de borsalino et de mitraillette Thomson. Il fait des coups - ce que vous appelez fraîchement une vision - dans le seul but d'engranger des voix comme un butin. Puis on dépense le butin, on le dilapide : les prébendes aux copains, la protection aux amis, la loi moquée à tous les rayons, on se sert et on flingue les autres. Une fois que le butin de voix est sec, un autre coup, peu importe la manière pourvu que ça paye bien.

Je suis tout prêt à concéder que N. Sarkozy n'est pas un type méchant mais il est sans foi ni loi et le terme de voyou est celui qui le résume le mieux. N'ayons pas tant peur des mots justes.

Ludovic

Bonjour M. Bilger,

Admettons que l'expression "voyou de la République" soit déplacée et excessive.
Il ne s'agit toutefois que d'une querelle sémantique. On parle bien des "patrons-voyous" et les Américains depuis Ronald Reagan à propos de la Libye de Khadafi ont forgé le concept d'"Etat voyou" (rogue state) pour qualifier les pays qui ne respectent pas les lois internationales.
Aussi la formule ne me choque pas outre mesure d'autant que l'intéressé n'est pas avare de la même expression (à propos des supporters du PSG au Parc des Princes pour prendre un exemple). En réaction au scandaleux discours de Grenoble, qui ne s'inscrit nullement dans le champ politique, quelle expression fallait-il employer ? "Enfant de Pétain" que j'emprunte à M. Bouchicot n'est pas mal. Que le chef de l'Etat respecte d'abord la Constitution dont il est le garant avant de faire de la démagogie pathétique et il s'épargnera ce genre de propos sans doute excessifs. Quant à Estrosi et à ses casseroles, il n'est pas le mieux placé en effet pour parler des voyous.

Christian C

Cher Philippe Bilger,
Ce n’est pas, comme vous l’écrivez, « à cause de sa vision et de ses projets en matière de sécurité » que Nicolas Sarkozy justifierait que l’on usât de l’épithète de voyou à son égard.
Jean-François Kahn, dans son éditorial, écrit très exactement : « aucun interdit d’ordre idéologique ou éthique ne le bride, aucun principe transcendant ou aucun impératif moral ne l’affecte, aucun « surmoi » ne l’arrête. Pour conquérir et conserver le pouvoir, il est capable de tout. Absolument de tout. Exactement comme les caïds des cités. En réalité, avec tout le talent que cette mentalité nécessite et le sens de la prise de risque qu’elle exige, Nicolas Sarkozy est un voyou. »
Quand vous indiquez que ce qualificatif dégrade la république, sans doute avez-vous raison. Mais ne confondons pas le doigt et la lune : Nicolas Sarkozy se débrouille très bien tout seul pour dégrader l’image de la république aux yeux du monde républicain.
Personne n’a en effet choisi à sa place, pour les envoyer au « casse-pipes », Nadine Morano, Xavier Bertrand, Frédéric Lefebvre («Pour la délinquance, chacun sait qu'il y a des liens avec l'immigration, c'est souvent pas correct de le dire, mais chacun le sait » (Europe1), Christian Estrosi (Nous disons : Français ou voyou, il faut choisir) ou Dominique Paillé.
Citons Vincent Duclert, historien, dans son article du Monde.fr du 19.07.2010 : « Pour cette raison, il nous paraît très dangereux d'instruire le procès de la presse en dehors du cadre judiciaire, et particulièrement de la manière dont cela a été fait par les proches du président de la République. A savoir qualifier les enquêtes de Mediapart de "méthodes fascistes" (Xavier Bertrand, Nadine Morano), de "méthodes collaborationnistes" (Eric Raoult), et dénoncer "une certaine presse des années 1930" (Christian Estrosi), "certains médias aux relents d'extrême droite et de trotskisme mêlés" (Eric Raoult). »
Pour compléter la citation de Jean-François Kahn dans Marianne : « Nicolas Sarkozy est un voyou. Un voyou de banlieue, dont la banlieue serait Neuilly. Typique, à cet égard, est la façon de déclarer la guerre à tout bout de champ… aux bandes rivales. »
Je rejoins cependant votre analyse sur le fond, cher Philippe Bilger ; nous devons nous garder, de part et d’autre, d’utiliser certains mots à tort et à travers.
Mais, à jouer les chefs de bande déléguant ses lieutenants dans les champs adverses pour y distribuer les horions, on court toujours le risque de se prendre une insulte sur le coin de la figure de temps à autre, de la part des adversaires, ou de la part des observateurs.
Et si on parlait de la politique rassembleuse et républicaine de Nicolas Sarkozy, qui a eu, si j’en crois la presse, le mérite d’amener 15.000 nouveaux adhérents à l’UMP depuis le discours "républicain" de Grenoble ?

Anna

"C’est confondre l’attaque de l’homme avec le combat des idées"
La personnalité de Nicolas Sarkozy a été caricaturée et même diabolisée depuis le début de la campagne présidentielle. On l'a traité de fou, de nain (beaucoup de journalistes l'appellent comme cela dans le privé). Bref, tous les coups sont permis puisqu'une certaine presse nous explique depuis des années que quelle que soit la politique mise en oeuvre les intentions du personnage sont méprisables. Derrière chacune de ses décisions il y a une perversion qui justifie toutes les attaques y compris l'injure.
Personnellement je m'inquiète depuis longtemps de cette haine qui se déverse tranquillement et qui avance masquée derrière un soi-disant humanisme de gauche. Non pas que la politique et certains traits de caractère de Nicolas Sarkozy ne soit pas critiquables, mais certainement pas de cette façon-là !

C'est un détail mais je passe souvent devant le Fouquet's et je me demande toujours comment on a pu réussir à nous faire croire qu'y aller manger le soir de la victoire était à ce point symbolique d'une démarche politique uniquement guidée par l'appât du gain. C'est un restaurant chic, et alors ?

Laurent Dingli

Tout à fait d'accord avec vous, aussi bien au sujet du titre ridicule de Marianne que de ce pauvre Estrosi qui manque rarement une occasion de se taire.

christian dulcy

Employer les termes" voyou de la République" comme a osé le faire Marianne à propos du Président de la République est proprement scandaleux et inacceptable.

Cela n'honore certainement pas la rédaction de ce périodique, qui apparemment ne connaît pas le sens des mots employés.

Cette attaque personnelle discrédite ses auteurs et porte gravement atteinte à la dignité de la fonction présidentielle.

L'éthique et la déontologie semblent sérieusement faire défaut à certains journaleux.

twitter.com/Mussipont

C'est vrai que le terme "voyou" est probablement excessif mais finalement M. Sarkozy ne fait que récolter ce qu'il a semé : comment respecter un président qui assène des "Casse-toi pov'con" à ses concitoyens ? Comment respecter des ministres qui bafouent la présomption d'innocence alors qu'ils sont eux-mêmes condamnés ?

Le respect n'est pas un dû, même pour le président de la République, mais il se mérite. Force est de constater que M.Sarkozy n'est pas quelqu'un de respectable.

Le plus grave est que cet homme, et ses séides comme Estrosi ou Ciotti, nous tire tous vers le bas...

Achille

Bonjour Philippe Bilger,

Vous nous dites : « Il faut arrêter d’utiliser le terme « voyou » à tort et à travers. Il est dommage que Christian Estrosi ait évoqué cette alternative dénuée de sens. Comme si être Français était nécessairement exclusif de la délinquance, de la criminalité et d’un certain nombre de comportements qui autoriseraient à la rigueur l’imputation d’être des « voyous » à leurs auteurs. »

Il est assez cocasse que ce soit Christian Estrosi qui utilise ce terme de « voyou », lui qui s’est fait tacler à plusieurs reprises pour des faits généralement attribués à ce type de comportement, notamment en puisant largement dans les deniers de l’Etat pour arriver à l’heure à un pince-fesse élyséen.

A noter que Christian Estrosi n’était pas le seul à abuser de sa situation privilégiée de secrétaire d’Etat. De même qu’il n’est pas le seul à utiliser des mots « inappropriés » pour désigner d’un doigt accusateur les communautés qui sortent des sacro saints « canons de la République française ». Que dire, en effet, du terme « présumé coupable » prononcé par le ministre de l’Intérieur concernant l’épicier nantais qui défraie la chronique ?

Espérons, ainsi que vous le soulignez avec raison, que les termes employés par les journalistes et les H et F politiques respectent la sémantique de notre belle et noble langue. Les mots ont un sens et il me paraît indispensable que ceux qui s’expriment dans les médias les utilisent en respectant leur sens et en arrêtant de les galvauder uniquement pour produire leur « petit effet ».

jpledun

Commence à en avoir marre des petits chefs en surenchère.
Je le dis, tout sarkozyste que je suis :
"MM. Hortefeux, Estrosi, franchement, halte au feu..."

Les médias c'est pareil.
Halte á la pub sur chaque arrestation. Une annonce mensuelle suffirait...

Commence à en avoir marre.

Jean-Yves Bouchicot

Mais, ma parole Philippe, vous le faites exprès ? Qui, la première année de son quinquennat, apostrophe un marin-pêcheur révolté en lui disant "descends, qu'on s'explique" ? Qui dit, devant une malencontreuse caméra DV "Casse-toi, pauvre con ?" Votre problème, cher ami, qui fut le mien naguère, est de confondre le noble combat de chevalerie avec le combat de rue. Sur la Lice du tournoi chevaleresque, comme dans la quiétude du Dojo, les règles et l'arbitrage sont de mise. Sur le trottoir, rien de semblable. Lisez Miyamoto Mushashi, théoricien du XVIe siècle japonais de l'art du sabre : Familiarisez-vous avec le "Sémé", l'Esprit offensif aux aguets, qui n'est pas l'agression. Si jamais - ce qu'à Dieu ne plaise - vous étiez agressé dans ces rues de Paris qui sont si sûres grâce à l'ami Brice, ne commettez pas l'erreur de vous croire dans un territoire régi par des règles, comme au tribunal. Dans le combat de rue, c'est comme disait notre cher Bruno Crémer dans la 317e Section. Efficacité, réactivité, vitesse. Surtout si vous êtes accompagné de votre épouse, ou de vos filles... Sinon, c'est perdu. Le malheur vient de ce qu'un Président, élu démocratiquement certes et que vous avez soutenu lors de sa campagne, il me semble, a ramené les règles du débat démocratique au rang du combat de rue. C'est lui qu'a commencé, M'sieur et c'est çui qui dit qui y est. Le choix est clair, comme entre la virginité et la fécondité : efficace ou boy scout ?

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