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06 avril 2014

Commentaires

Valerie

A la lecture de ce billet et des nombreux commentaires qu’il a suscites me revient a l’esprit : "Les Ames grises" de Monsieur Philippe Claudel au sujet de la "La Verite".

“Au cœur de ce livre d’une tension dramatique” l’auteur developpe son roman sur “la frontière entre le Bien et le Mal”.

“Les âmes grises sont les personnages de ce roman, tout à la fois grands et méprisables. Des personnages d’une intensité douloureuse dans une société qui bascule, avec ses connivences de classe, ses lâchetés et ses hontes.“

http://www.babelio.com/livres/Claudel-Les-ames-grises/225073

Qui peut se prevaloir de ne jamais etre ou devenir "une ame grise" ?

oursivi

Au-delà de beaucoup mais pas de la justice des hommes, déjà.

AO

MS

"ce type, MA, est au-delà de tout cela, non ?"

Au-delà, ou en deçà, Axel. Ça nous paraît loin, c'est sûr, mais le microscope reste de mise.

oursivi@AP&MS

Oui, je ne sais pas pourquoi sont des "au-dessus de la seconde mention d'un de vos commentaires, désolé, je ne vais pas vous coller dans la cage de Mary sans vous fournir au moins un fouet.
Le mieux est de ne pas vous y mettre du tout."

Marc, ce type, MA, est au-delà de tout cela, non ?

AO

Véronique Raffeneau

@ oursivi

Cour d'assises de Nice - novembre 2006

A l'issue des quatre heures de la lecture de l'arrêt qui renvoie Maurice Agnelet devant la cour d'assises :

"Reconnaissez-vous tout ou partie des faits tels qu'ils ont été relatés ?

"Monsieur le président, je suis innocent. Cela fait trente ans que je suis accusé d'un crime que je n'ai pas commis. Depuis trente ans, je clame que je ne sais pas ce qu'est devenue Agnès Le Roux" (extrait du blog de P. Robert-Diard)

Je ne suis pas en train de vous dire que MA est innocent ou coupable.

Mais très simplement qu'à l'ouverture de ce premier procès, pendant quatre heures un greffier a lu un arrêt qui renvoie M.A devant une cour d'assises, que la narration des faits tels qu'ils sont présentés par l'accusation sont contestés par l'accusé.

Un an plus tard, à Aix-en-Provence, à nouveau, à l'ouverture du procès un acte d’accusation a été lu ; idem aujourd'hui à Quimper.

A l'avocat général, au cours des débats, de démontrer aux jurés et de les convaincre du bien-fondé de son récit des faits relatés dans l'arrêt.

Ce récit, obligatoirement, ne peut pas ignorer ce qui structure toute narration de faits : "où, quand, comment".

Que voulez-vous que je vous dise de plus ?

MS

"Marc, j'ai plutôt l'impression que, de jour en jour, la vérité - au moins celle objective des faits..."
Rédigé par : oursivi@MS | 07 avril 2014 à 20:07

C'est alors la vérité au sens de réalité, laquelle recouvre jusqu'au mensonge.

La vérité qui délivre - cf, par exemple, MA - ne réside donc pas dans la mise à jour d'une réalité mais dans ce qui anime cette révélation : le repentir.
Mais ce repentir n'a rien à espérer qu'un pardon, de peu d'attrait pour une conscience obscurcie.

Alex paulista

@ oursivi | 09 avril 2014 à 17:03

Hop hop hop, moi j'aime bien faire chabrot avec les croûtons, me créez pas d'ennuis.

Sur Alain, le texte est en ligne:
http://classiques.uqac.ca/classiques/Alain/esquisses_de_lhomme/esquisses_de_lhomme.pdf

pages 88, 90, 96.
Mais vous savourerez particulièrement la page 98:

Le mathématicien
24 juin 1924.

Le mathématicien est prolétaire par un côté. Qu'est-ce qu'un prolétaire ? C'est un homme qui ne peut même point essayer de la politesse, ni de la flatterie, ni du mensonge dans le genre de travail qu'il fait. (...)

oursivi

"C'était le bon temps, avant les jeux vidéo".
Rédigé par : Alex paulista | 09 avril 2014 à 02:59

"Cela ne nous dit pas qui a trempé Mary croûton dans le colonel moutarde ?"
Rédigé par : Alex paulista | 08 avril 2014 à 12:43

Alex, excellente votre défense de cette définition d'Alain !
Cette scission entre ceux contrôlant le jeu social et ceux se coltinant au réel. Artefacts spectaculaires de la comédie humaine, à l'initiative de ceux qui y ont avantage, bien entendu. Une quasi définition de ce qui se joue tant dans la société que dans un tribunal...


Véronique, si je reprends votre distingo, cette question que l'avocat avait initialement posée à la cour (où, quand, comment ?) ne croyez-vous pas qu'il aurait fallu la poser à l'accusé concernant son emploi du temps autour de la disparition, entre autre ?

Et ne pas se contenter des banalités, des "j'ai oublié" qui à mes yeux sont de purs et simples aveux chez qui est encore capable de parfaitement se souvenir d'une reconnaissance de dette (d'un montant dérisoire) de l'époque...

Il suffit de constater que, une fois son alibi mis à bas après son second divorce, s'il a demandé qu'on lui fournisse un alibi (là que disparaît la fille dont il a fait garnir les comptes bancaires en la présentant à ses rutilants copains pour monter une vente de juteuses parts, puis en a fait vider le compte-joint vers le sien...) il a d'abord menti et suborné un témoin... et donc devrait être, lui, redevable d'explications avant de prétendre en demander à ceux qu'il a tout fait pour embrouiller.

Les faits les voilà, il n'a pas su tous les cacher. C'est à lui qu'il faut poser ces questions puisque sont des faits incohérents avec sa présentation des choses et qui plus incohérents de son fait à lui...

En citant cette phrase de l'avocat de MA et esquivant celle que j'avais extraite, vous vous faites le relais des arguments de diversion dont je donnais un long développement basé sur les propos et techniques de Me Garçon et du roué EDM.

Comme quoi, en effet, j'écris vraiment dans le vide.

S'il est vraiment malin, Agnelet aura donné de fausses pistes il y a trente ans. Sachant que si un jour elles arrivaient aux oreilles des enquêteurs, on ne trouverait rien par là et que les révélations - sans découverte possible, donc - qui sortiraient de cela discréditeraient à jamais ceux qui auraient pourtant un réel ressenti né du fil des jours d'alors.
La mention de ces faits infirmeraient toute crédibilité à qui le trahirait que de les brandir pour s'en soulager, en leur géniale et préventive invention.

En est-il à ce point, probablement pas.
Son sentiment d'impunité d'alors devait lui suffire, au vu des milieux où il évoluait et prospérait, calant ses actes et son ressenti de ce que comprennent les autres et du degré de leur impuissance volontaire sur des hommes comme lui, libre de tout scrupule.

AO

Véronique Raffeneau

@ oursivi

"...puisqu'à l'évidence, c'est en dehors de cela que se joue la compréhension de ces affaires-là."

Pour conclure notre échange.

Je suis consciente du fait que parfois l'accusation ne peut être fondée que sur un ensemble de présomptions et d'hypothèses.

Dans ce troisième procès, se joue encore et toujours - depuis 37 ans - cette question :

"À partir de quand un faisceau d'éléments à charge vaut-il une preuve de culpabilité et emporte-t-il l'intime conviction ?" (Stéphane Durand-Souffland - Le Figaro)

Néanmoins, asséner comme vous le faites que la compréhension d'une affaire se joue en dehors des questions : "où, quand, comment", revient à autoriser tous les accès à l'arbitraire.

"Comme le service du client est le paramètre suprême, on voit mal en effet au nom de quoi l'avocat céderait la place au citoyen et le camp du particulier à celui de la communauté" (le billet)

Quand un avocat de la défense n'a de cesse de demander à l'accusation qu'elle réponde au plus près et au plus crédible à ces questions "où, quand, comment", eh bien je pense que cet avocat va au-delà de la seule défense des intérêts de son client, qu'il cède également la place à l'intérêt de la communauté qui a le droit - oui, le droit - d'exiger de la Justice d'être autre chose qu'un lancinant concours Lépine des hypothèses jamais clos.

Alex paulista

"Où, quand, comment Agnès Le Roux a-t-elle disparu ?"

Ah le Cluedo.
C'était le bon temps, avant les jeux vidéo.

oursivi

"Où, quand, comment Agnès Le Roux a-t-elle disparu ?"
Véro

Mais... c'est justement ce qu'il n'a pas le droit de prononcer, puisqu'à l'évidence, c'est en dehors de cela que se joue la compréhension de ces affaires-là.

Imaginez que je connaisse Mary croûton et qu'il soit naturel que partagions un temps les mêmes lieux, un que je maîtrise temporellement et spatialement, et que je n'aie pas la psyché pathologiquement franche qui me caractérise mais une à la Agnelet...
Croyez-vous donc que c'est en ces termes qu'auriez une chance d'y comprendre quoi que ce soit...?!

Maintenant, tout dépend si cherchez à comprendre ou à faire dire le droit, surtout celui de raisonner comme un tambour et de dire fièrement des bêtises.

Concernant l'affaire Agnelet.

Si vous voulez absolument des réponses à vos questions que le temps en son évidence a rendu dérisoires pour ne pas dire débiles :

Où, quand, comment ?

Où, sur la Côte ou pas loin (a été cité le Nord de l'Italie).

Quand, le we de sa disparition.

Comment, lui seul le sait, et s'il ne veut pas le dire...

Imaginez qu'un week-end, j'enferme Mary croûton dans un crématorium et décide de lui faire passer le goût du pain, fût-il rassis.

Le "Comment" - je l'aurais zigouillée - vous pourriez toujours le chercher...

Et si j'ai envie de le taire, sauf à attendre cinquante ans qu'un procédé technique ne puisse éventuellement fouiller ma mémoire à ma place, et que je décide durablement de m'y tenir - comme Agnelet - vous n'en sauriez jamais rien.

Pas par défaut d'enquête, mais parce qu'il n'y a pas de solution à la façon dont la posez.

Par contre, si on s'aperçoit que j'ai pour Mary croûton une tendresse paradoxale, que j'ai loué un crématorium et qu'on a des raisons de croire que j'ai réussi à l'y faire rentrer, nul ne sera besoin d'obtenir mes aveux ni davantage de faits telle une caméra les aurait figés, pour comprendre ce qui a bien pu se passer pour qu'on n'en retrouve même la moindre miette.

Maintenant, si vous persistez à ne pas vouloir comprendre, trouvez-moi un crématorium, Mary trouve la vie insupportable depuis notre divorce.

Je vous montre juste "comment" un Agnelet vous prend pour ce que vous êtes.

"Mais le droit"... patati, patata, oui, on sait, et on s'en fout.

AO

Véronique Raffeneau

@ oursivi

Comme le rappelle Pascale Robert-Diard, pour la troisième fois un avocat général affirme que MA est à l'origine de la disparition d'Agnès Le Roux.

C'est tout de même le minimum du minimum que l'avocat général réponde à cette question posée invariablement par l'avocat de la défense, et dont la réponse est invariablement absente du dossier :

"Où, quand, comment Agnès Le Roux a-t-elle disparu ?"

Vous reprochez aux avocats d'être indifférents à la vérité.

Faudrait savoir !

La question où, quand, comment ne peut pas être le cadet des soucis de l'accusation.

Car comme l'écrit Philippe dans son billet, au-dessus de la vérité de l'audience, il y a la vérité tout court.

Merci à Mary pour avoir si bien observé la chute du triple axel...

Robert

@sbriglia | 08 avril 2014 à 14:49

Croyez sbriglia que je ne cherche aucunement une polémique stérile. Autant j'avais apprécié votre argumentaire sur le rôle de l'avocat, autant ce que j'ai estimé "fielleux" était cette attaque personnelle de notre hôte résumée par ces deux phrases de votre commentaire :

"analyser les véritables raisons de cette haine recuite à la lumière des blessures de l'enfance" à rapprocher de : "le sang des uns irrigua, hélas, la terre de France plus que de raison, pendant qu'un seul de vos collègues, un seul, s'opposait au déshonneur du serment au Maréchal..."

En effet, à mon sens, personne ne peut se prévaloir de la Résistance ou de la Collaboration supposée des parents des uns ou des autres comme arguments d'une attaque personnelle.
Tout comme la liste des glorieux avocats disparus, notamment par des actes de résistance pendant la Seconde guerre mondiale, ne saurait masquer qu'il y eut des avocats collaborateurs, le premier d'entre eux comme président de plusieurs de ces gouvernements et même un ministre aux questions juives... Ceux-là ont déshonoré leur profession. Leurs enfants doivent-ils en porter la honte au front jusqu'à la fin de leurs jours par un rappel systématique ?

Pour le reste j'ai apprécié vos commentaires et vos arguments.

oursivi@Véro&sbrig

"Où, quand, comment, Agnès Le Roux a-t-elle disparu ?"
C'est toujours du Pascale Robert-Diard, c'est dans son billet du 07 avril.

Rédigé par : Véronique Raffeneau | 08 avril 2014 à 13:16

Mais, chère Véronique, quand allez-vous cesser de croire qu'il suffit de chercher pour trouver la clef du crime comme le suggèrent faussement ingénument les propos de Me Saint-Pierre ?

***Là qu'un criminel peut parfaitement, s'il maîtrise les lieux de la commission des faits et le temps nécessaire à leur réarrangement, faire disparaître tout ce qui selon vous et la plupart de ces pénalistes de renom, est la seule preuve d'une culpabilité.***

Ce que rappelez de certains propos de ce défenseur n'est pas pour l'élever.

D'abord il a joué son rôle d'enfumeur attendu avec une touchante "probité".

Cela n'apporte rien à rien, pour les raisons encadrées de cela ***.

Ensuite, probablement lui-même agacé de porter la charge insoutenable du faisceau de présomptions et conscient du très probable délibéré, s'est-il dit qu'il pourrait humaniser son client que de lui faire enfin libérer sa conscience.

A mon avis en vain.

Ne soulignez pas ce qui fait de cet avocat un auxiliaire d'intérêts comme les dit justement Philippe.

Retenez ses propos quand il propose de faire avancer ce cas de cette phrase que nous a transmise PRD et que vous avez esquivée.

Cher sbriglia, personne ne vous contredit en disant que des tas d'avocats oeuvrent dans l'intérêt général. Mais puisque vous n'êtes pas sans savoir l'existence d'autres parmi votre corporation, permettez que nous les considérions aussi.

No offence.

Friendlyours.

AO

PS Cela va Maryg, pas trop alambiqué pour vous ?

oursivi@Margarine

Rédigé par : Mary Preud'homme (la minute de feu M. Cyclopède) | 08 avril 2014 à 13:36

Ah, ma bonne Marygaret, je sens que mes sarcasmes sur vous point retenus ont laissé bien vilaines traces sur votre cuir desséché.

Étonnant, non ?

"No wonder (why) he passed away", comme vous le disait un précédent mien avatar.

Je vous souhaite une belle après-midi.

A demain.

AO

Pierre-Antoine

@Alex paulista | 08 avril 2014 à 12:43

"Il vit dans les prétoires, donne des ordres avec autorité, connaît la force de la parole."

Pas sûr que sa parole soit forte... s'il n'avait à sa disposition celle dite "publique" !
Nos magistrats ne sont pas des "Judge Dredd"
et heureusement... Ou peut-être dommage, car ils mesureraient alors le poids de leurs décisions dans leur application. Sans parler de sentence de mort, les peines infligées seraient moins lourdes s'ils avaient à les appliquer en surveillant les condamnés.

Trop facile de prononcer une sentence quand on peut sans état d'âme et implication passer à l'affaire suivante !

Cordialement

sbriglia

« Pénal », « pénalistes » : ces mots sont cités à cinq reprises dans le post de Philippe Bilger.
Que dirait-on d’un patient qui, au prétexte que son chirurgien esthétique a loupé son intervention, écrirait « médecin et chirurgiens, pas du même monde » ? Assurément on dirait que sa vision est singulièrement réductrice et que la caste des chirurgiens esthétiques, pour médiatiques qu’ils soient, ne saurait représenter l’ensemble des chirurgiens, de même que la frange, infime au regard de l’ensemble de la profession d’avocat, des pénalistes pur jus ne saurait être emblématique de l’ensemble de la profession.
C’est en cela que la myopie de notre hôte est critiquable : prenant la partie, modeste mais ô combien médiatique, cet « oculaire » médiatique si déformant qu’il affectionne outre mesure et qui réduisant son champ de vision finit par obscurcir son jugement et déliter sa pensée, il met tous les œufs dans le même panier pour en faire une omelette baveuse à souhait.
Mais que ne fréquente-t-il les audiences sociales, civiles, commerciales, administratives là où tous les jours des avocats obscurs et sans grade essayent de rétablir le citoyen dans ses droits bafoués, sans grand appât du gain ou de la gloire ?
Ah ! mais il n’y a pas de caméras dans ces prétoires de la misère puérile civile et honnête, on a peu de chance d’y rencontrer des ténors, ils ne sont fréquentés que par des petites mains, qui sont là pour porter la parole des humbles, face à des magistrats ployant sous des audiences écrasantes, et dont le mérite est immense de conserver la même faculté d’attention pendant de trop longues journées.
Sans doute ma référence au mur des monuments aux morts n’était-elle pas « pertinente » (Alex) (elle n’était certes pas « fielleuse », Robert, ceux qui me lisent savent combien je suis monté au créneau pour notre hôte en certaines circonstances) : mais chacun a, dans son imaginaire, ses propres murs et le mien vaut bien, à tout prendre, le mur des c… ! Et lorsqu’une présidente du SM caricature la police en un cochon, certes je ne me sens pas du même monde que celle-ci… à l’inverse je me sens tout petit face au grand seigneur qu’était le président Drai...

Mary Preud'homme (la minute de feu M. Cyclopède)

"Ah... sacrée Véronique.
Faut-il que je vous aime bien pour ne pas vous couvrir d'ironie."
----
Quand oursivi (qui se la pète de plus en plus haut que son QI) rate son triple axel et touche le fond de la condescendance, ça détonne grave !
Détonnant, étonnant ? Comme tu veux tu choises !

 Véronique Raffeneau

"A votre avis... que fait l'avocat d'Agnelet quand il prononce, face à la cour

pascale.robert-diard @robert_diard
#Agnelet Me Saint-Pierre exhorte Agnelet à réfléchir à une parole "courageuse", "il est toujours temps d'évoluer", lui dit-il."

En deux mots, cher oursivi.

L'avocat de Maurice Agnelet est parfaitement dans son rôle quand:

"Lors du premier procès d'assises à Nice, puis en appel à Aix, puis devant la Cour européenne des droits de l'homme (CEDH), et encore à l'ouverture de ce troisième procès devant la cour d'appel d'Ille-et-Vilaine à Rennes, Me Saint-Pierre pose invariablement les mêmes questions auxquelles le dossier ne répond pas pour plaider l'acquittement de son client : "Où, quand, comment" Agnès Le Roux a-t-elle disparu ? "

C'est toujours du Pascale Robert-Diard, c'est dans son billet du 07 avril.

Alex paulista

Philippe Bilger nous renvoie à une distinction vieille comme le monde: certains métiers confrontent l'homme à la réalité des choses, d'autres à la réalité humaine. Alain qualifiait les premiers de 'prolétaires' et les seconds de 'bourgeois'.
Dans cette acception, le paysan est à une extrémité du spectre, l'avocat à l'autre. En effet le premier doit être à l'affût du moindre signe de la nature, l'analyser, le prendre en compte. S'il se trompe et que la graine a gelé, il aura beau faire tous les beaux discours, rien ne sortira et il devra se serrer la ceinture. Ainsi le paysan est taiseux, prudent, humble et appliqué. L'ingénieur est également un prolétaire, ainsi que l'ouvrier ou le maçon.

Du côté des bourgeois on retrouve le prêtre, l'avocat, le militaire. Ceux-ci ont l'expérience de la dynamique des hommes, savent comment l'espoir insufflé dans une poignée d'irréductibles peut mettre à mal une multitude minée par la peur et l'incertitude. On y trouve les valeureux chefs de guerre, les avocats flamboyants.

Le juge est globalement un bourgeois. Il vit dans les prétoires, donne des ordres avec autorité, connaît la force de la parole. Pour autant il garde un lien avec la réalité des faits. Certes s'il se trompe il sera payé pareil: après tout il n'est soumis qu'à l'obligation d'intégrité, et la décision finale appartient aux jurés. Mais cela peut quand même l'empêcher de dormir, et le force à une certaine humilité.

D'ailleurs, le commentaire de sbriglia illustre bien l'attitude typique de l'avocat: la pertinence objective n'est pas essentielle, l'important n'étant pas la valeur logique de l'argument mais son effet. Ici il invoque l'honneur et les noms sur les monuments aux morts, sujet qu'il sait sensible chez notre hôte.

Alors qu'ici il n'est pas question de cela. Bien au contraire, l'exaltation sur le champ d'honneur est une attitude bien bourgeoise.

On peut regretter au passage que nos politiques soient plus souvent des avocats que des ingénieurs: très habiles pour accéder au pouvoir et y rester, ils le sont moins quand il s'agit de se coltiner quelques vérités objectives insensibles aux invocations microcosmiques.
Ce qui nous fait la transition avec le titre du billet suivant, que je m'en vais découvrir.

oursivi

Rédigé par : Véronique Raffeneau | 08 avril 2014 à 07:32

Ah... sacrée Véronique.

Faut-il que je vous aime bien pour ne pas vous couvrir d'ironie.

A votre avis... que fait l'avocat d'Agnelet quand il prononce, face à la cour

pascale.robert-diard @robert_diard
#Agnelet Me Saint-Pierre exhorte Agnelet à réfléchir à une parole "courageuse", "il est toujours temps d'évoluer", lui dit-il.

hum ?

Un rôle d'auxiliaire de justice.

Parce que de tous les côtés on sait, il sera condamné, cet avocat le sait et il a belle âme de se mettre du côté de la vérité, évidente à tous.
Il sent que n'est guère que là, n'est guère que lui, qui peut essayer d'ouvrir l'âme vilaine d'Agnelet.

Mais il n'y arrivera pas.

On connait bien l'être qu'est son client.

Amusant de se faire l'avocat d'un avocat, après s'être fait celui d'un avocat général.

Philippe, promis, je ne vous enverrai pas d'honoraires.

Je continue de m'interroger quant aux causes de l'absolu non envie de comprendre qui se tapit là-dessous. De ce désir de maintenir les ténèbres qu'on sait pourtant insupportables aux proches des victimes.

Chez certains.

AO

Véronique Raffeneau

Cher oursivi,

"...que le formalisme est au-dessus de tout, vérité comprise..."

Non, dans mon esprit, le formalisme n'est pas au-dessus de tout.

En très rapide, en échange de la paix sociale, nous avons délégué à la Justice des pouvoirs exorbitants, au sens où ces pouvoirs sont des limites aux libertés individuelles : la poursuite, le jugement et la condamnation de qui est soupçonné de transgresser la loi.

La procédure est le garde-fou destiné à protéger les libertés individuelles et à garantir un procès équitable et loyal. Pas plus, pas moins.

Enfin, je ne comprends pas votre obsession et celle de Philippe à exiger des avocats qu'ils se transforment en avocats généraux.

Aujourd'hui, dans la très grande majorité des procès, le débat ne porte pas sur la culpabilité, mais sur la peine.

D'accord il reste les quelques "grands" procès d'assises où la vérité reste insaisissable.

Dans mon esprit, au risque de se défigurer, l'avocat de la défense n'a très simplement pas à porter main-forte à l'accusation.

Et puis quoi !

Depuis quand un avocat de la défense dispose-t-il des pouvoirs d’enquête et d’investigation destinés à la recherche de la vérité ?

Non, dix mille fois non, l’avocat de la défense n’est pas un témoin, le témoin de l’accusation.

vamonos

Vu de ma fenêtre, l'autre monde, deux entités se jaugent, s'affrontent et se séparent après le temps de travail. Les juges facilement reconnaissables au fait qu'ils parlent en restant assis et les avocats facilement reconnaissables au fait qu'ils sont obligés de se lever pour s'adresser à ceux qui restent assis. Les accusés, les victimes, les spectateurs, les journalistes et tous les autres dont je fais partie forment l'autre monde.

berdepas

Il me semble que M. Bilger oublie que les magistrats (tout comme les avocats) sont avant tout des hommes...
Que dans le prétoire ils défendent, certes au nom de la société, "la Vérité" qui n'est rien d'autre que "leur" vérité.
Ce qui explique, sans doute, qu'ils aient autant de mal à reconnaître leurs erreurs dans des situations judiciaires récentes.
J'ajoute, car je persiste et signe, que l'indépendance de la Justice, à laquelle M. Bilger est légitimement attaché, devrait avoir pour corollaire l'impartialité des juges : en clair, le refus d'afficher des opinions partisanes, ce qui sous-entend qu'il ne peut y avoir, dans l'enceinte du prétoire, des "juges de droite" et des "juges de gauche"...

sylvain à Parigoth et hameau, etc.

@sylvain
"J'avoue avoir du mal à comprendre pourquoi vous me rendez destinataire de votre philippique du 7/04 à 14h23".
Rédigé par : Parigoth | 07 avril 2014 à 20:49
........................................

Désolé cher Parigoth j'ai oublié d'effacer vos pseudos destinés à un envoi précédent. Mille scuses ainsi qu'à hameau !

Laurent Dingli

Excellente, votre réponse à Philippe Bilger, mon cher sbriglia. Un point toutefois, j'avais vu il y a quelque temps le compte rendu d'une affaire d'homicide (affaire Monique Lejeune à Coulogne dans le Pas-de-Calais) dans laquelle Me Dupond-Moretti défendait l'accusée, Béatrice Matis. Evidemment, je n'ai pas consulté directement le dossier, mais en voyant la façon qu'a eue ce célèbre avocat (que je respecte par ailleurs) de retourner - pour ne pas dire de "manipuler" - les choses pour finalement jeter le doute sur le fils de la victime, m'a mis profondément mal à l'aise. Me Dupond-Moretti semblait obsédé par le fait de jouter avec le brillant avocat général, Guillaume Dupont (qui l'a finalement emporté), la vérité semblait bien secondaire dans tout cela - en fait cette affaire m'a fait pensé au chef d'oeuvre de Clouzot dans lequel joue Brigitte Bardot, La Vérité où l'on assiste a ce genre de duel narcissique de prétoire qui fait finalement l'impasse sur la souffrance des proches de la victime) ; mais ce n'est là bien entendu qu'un exemple ; celui-ci me suggère toutefois que, dans la charge excessive de Philippe Bilger, il y a peut-être aussi une part de vérité bien que, sur le fond, je sois amplement d'accord avec vous.

Parigoth

@sylvain

J'avoue avoir du mal à comprendre pourquoi vous me rendez destinataire de votre philippique du 7/04 à 14h23.

oursivi@MS

"La vérité vous délivrera" tombé un peu en désuétude tant nous nous préférons à cette Vérité.
Rédigé par : MS | 06 avril 2014 à 20:42

Marc, j'ai plutôt l'impression que, de jour en jour, la vérité - au moins celle objective des faits que notre traçage permanent et notre identification, génétique ou autre, autorise plus fréquemment aux enquêteurs - redevient une idée neuve.

Tant au niveau matériel que par la compréhension accrue que nous nous faisons de nos propres irrationalités.

Non que les contenions beaucoup mieux, mais qu'en sommes de plus en plus conscients, même si le temps de la lucidité n'est pas souvent phasé avec celui de l'action.

Le futur devrait amplifier tout cela.

Rien ne nous dit que les enquêteurs d'un futur pas si lointain n'auront pas accès à nos zones mémorielles comme à de vulgaires disques durs...

AO

Frank THOMAS

Jules Michelet et Henri Martin font état tous les deux d'un épisode assez méconnu de notre histoire qui est susceptible d'éclairer notre débat du jour.

Le concile convoqué par le pape Grégoire X se sépara le 17 juillet 1274 sur une décision inédite : il s'agissait de frapper à la fois les ordres mendiants, accusés d'appauvrir l'Eglise, et les hommes de loi, singulièrement les avocats.
Il décréta que le salaire des avocats, quelle que fût la cause défendue par eux, n'excèderait jamais la somme de 20 livres.
Le roi Philippe III, fils de Saint-Louis, porta certes cette somme à 30 livres, mais dans une importante ordonnance sur la profession d'avocat datant de la même année, il renouvela l'injonction faite aux avocats par le concile de jurer "qu'ils ne soutiendraient que des causes justes et loyales". Ce serment contraignant devait être renouvelé tous les ans.
Ces contraintes étaient directement contraires à la jurisprudence anglaise, par exemple, qui dès cette lointaine époque, prévoyait que l'avocat ne pouvait refuser son aide à qui la demandait, coupable ou non du crime dont il était accusé.

Pierre-Antoine

@duvent | 07 avril 2014 à 16:57

Je vous avais très bien compris !
Comparer la relation d'un médecin avec son malade n'est pas identique à comparer la pratique du vice par l'avocat du client !

Relisez-vous :
"Il est utile au médecin de fréquenter les malades et leurs miasmes, il l'est moins pour l'avocat de partager les vices de ses clients..."

Si vous aviez écrit :
"Il est utile au médecin de "partager" les maladies et leurs miasmes" la comparaison aurait été aisée !

Cordialement

oursivi@

Je vais faire plaisir à notre hôte pour accréditer l'ami Thomas :

Quelques tweets saisis sur le site du Monde (ne suis pas abonné et le resterai)

pascale.robert-diard @robert_diard
#Agnelet: les débats ont repris leur cours normal. Agnelet parle d'argent, il rit, il rit, il se noie, c'est terrible.

pascale.robert-diard @robert_diard
#Agnelet Me Saint-Pierre exhorte Agnelet à réfléchir à une parole "courageuse", "il est toujours temps d'évoluer", lui dit-il.

Comme quoi, sont aussi des avocats qui oublient le terme mordicus, lavant, eux, l'honneur de leur profession.

Quant à Agnelet, il n'avouera jamais.

Sont quelques individus dans une fuite d'eux-mêmes jamais rassasiée.

AO

oursivi@pibeste

oursivi le 06 à 17:12
Vous prenez les psychiatres pour des évangélistes
Rédigé par : pibeste | 07 avril 2014 à 06:37

Non, je ne prends pas la congrégation des psys pour la huitième merveille du monde, même si on a déjà vu pyramide.

Mais si vous leur donnez autorité pour éclairer les accusés, par simple cohérence, vous devez leur donner cette même autorité pour estimer le biais que la psyché de leur défenseur - et accusateur, pourquoi pas, Philippe vous aimez aller parler à la télé, vous auriez aimé parler sur un canapé - impose aux débats.

Je comprends assez bien la psyché de la plupart des assassins qui se sont retrouvés dans un contexte assez tentant pour faire ce qu'ils ont fait, la chronologie de leur transgression est souvent à la portée de qui veut bien réfléchir un peu.

Par contre, que certains fameux avocats veuillent faire élargir n'importe qui dans n'importe quel contexte, répond à des pulsions que j'imagine seulement compréhensibles une fois pratiqués à leur endroit les mêmes éclairages que ceux projetés sur leurs clients.

Mais pas avant.

Si on laisse un collège de psys décider de la dangerosité d'un détenu pouvant prétendre à une sortie proche, vous pensez si leur demander d'éclairer les intervenants d'un important procès d'assises serait bien peu susceptible d'avoir de vilaines conséquences.

Je ne méconnais pas la folie d'un certain nombre d'entre eux, ils faut juste choisir les bons*, comme pour les avocats.

AO

* http://www.lepoint.fr/societe/daniel-zagury-l-expert-des-genies-du-mal-18-02-2013-1629126_23.php

duvent

@ Pierre-Antoine

Vous ne m'avez pas compris, je suppose.
Le médecin par l'observation des symptômes, et l'examen de ce qui s'ensuit, affine sa connaissance et perfectionne son art, alors que l'avocat n'a pas encore je pense découvert le vaccin contre le vice. Plus il s'en approche plus il perd son âme... C'est ce que M. Bilger nous découvre plus ou moins, avec subtilité, et c'est sur ce genre de subtilité que je m'appuie pour considérer que tout n'est pas perdu.

Parigoth

@sbriglia
pendant qu'un seul de vos collègues, un seul, s'opposait au déshonneur du serment au Maréchal...

Il s'agit là d'un jugement de valeur émis a posteriori faisant l'impasse sur le contexte de l'époque dans lequel pour une grande partie des Français, à tort ou à raison, mais les choses n'étaient pas aussi simples que dans un film de série B avec des « bons » et des « méchants », l'honneur était à l'époque du côté du Maréchal, sachant que la suite des événements était impossible à prévoir.

Comme l'a dit le commandant Loustau-Lacanau, témoin au procès du Maréchal Pétain : « Je ne dois rien au maréchal Pétain, mais cela ne m'empêche pas d'être écœuré par le spectacle de ceux qui, dans cette salle, essaient de refiler à un vieillard presque centenaire l'ardoise de toutes leurs erreurs. »
http://beaucoudray.free.fr/petain.htm

sylvain

Comme vous étiez mignons MM. les magistrats quand vous aviez manifesté contre Rachida Dati sur les marches du Palais de justice, en rang d'oignons, en file indienne, à la queue leue leue, tel le scénario des "Oiseaux" d'Alfred Hitchkok sur les fils électriques ; seule différence : les volatiles du film avaient plus de charisme et d'allure que nos pitres ensoutanés ! Au fait, c'est vraiment bizarre que ça bouge et revendique beaucoup moins du côté des enseignants, des magistrats, de la fonction publique depuis le 6 mai 2012 ; nos "chères" corporations de gauche seraient-elles anesthésiées par leurs élites socialistes ?? Pendant le quinquennat précédent, au moindre froncement de sourcil de Sarko : overdose de grèves, manifs, débats télévisés antisarko en boucle ! On vit vraiment une époque formidable avec la gauche !

Pierre-Antoine

@duvent | 07 avril 2014 à 09:43
"Il est utile au médecin de fréquenter les malades et leurs miasmes, il l'est moins pour l'avocat de partager les vices de ses clients..."

Est-il utile au médecin de partager les mêmes maladies et symptômes que ses patients ? Si on compare les vices à des maladies de l'âme, cela ne lui est guère plus utile qu'aux avocats les vices.

Cordialement

Catherine JACOB@pibeste

@pibeste | 07 avril 2014 à 06:37
"Les psychiaStres sont aussi nombreux que les poils sur le corps d'un bœuf mais les psychiatres sont aussi rares que la corne de la licorne !"

Mon cher monsieur, si vous admettez la licorne cet unicorne, il faut aussi admettre sa corne...
Quant à la psychiatrie, elle susciterait en effet de moins en moins de vocations et quant aux survivants de cette spécialité dont notre société contemporaine a si cruellement besoin, en réalité, bien qu'elle les maltraitent, ils se battent pour ne pas avoir à agir contre leur déontologie première, la médicale, s'agissant des expertises que vous évoquez.

Non, le problème c'est le manque de franchise congénitale des ressortissants de l'advocature souvent sous des prétextes tous plus énormes les uns que les autres (ex. ma charge de travail m'incite à vous conseiller de vous adresser plutôt à l'un de mes confrères) ; sous-entendu dont les prestations sont sans doute plus abordables que les miennes, relativement à ce que je présume que vous pouvez payer cash d'avance hors convention d'honoraires + mon petit bonus en cas d'issue éventuellement favorable.
Et dépêchez-vous d'en trouver un sinon vous serez hélas hors délais et ne rentrerez plus jamais en possession du bien qui vous a été indûment soustrait. Désolé(e), mais c'est ainsi que je conçois mon obligation de conseil et/ou d'information. Par ex.

Ou alors, oui le droit local vous donnerait raison si on n'avait pas nommé récemment une majorité de personnel ayant pour mission d'oublier son existence. Je ne peux donc pas prendre votre dossier car, de ce fait vous n'aboutirez pas ! Par ex.

Ou encore, laissez tomber, ici il y a la loi d'un côté et la Cour de l'autre et vu le montant de vos revenus, je ne peux pas prendre le risque de perdre du temps à me battre pour vous. Par ex.

Pierre-Antoine

Jean-Paul Ledun | 06 avril 2014 à 21:00
"Pierre-Antoine, vous êtes quand même allé en prison"

De très nombreuses fois, mais je ne sais pas pourquoi ils ne voulaient jamais me garder pour la nuit.
Probablement pour préserver mon âme des turpitudes nocturnes ? :-D

Cordialement

Aliocha

M. Proust, "Le Temps retrouvé" :

"Le livre intérieur de ces signes inconnus (de signes en relief, semblait-il, que mon attention explorant mon inconscient allait chercher, heurtait, contournait, comme un plongeur qui sonde), pour sa lecture personne ne pouvait m’aider d’aucune règle, cette lecture consistant en un acte de création où nul ne peut nous suppléer, ni même collaborer avec nous. Aussi combien se détournent de l’écrire, que de tâches n’assume-t-on pas pour éviter celle-là. Chaque événement, que ce fût l’affaire Dreyfus, que ce fût la guerre, avait fourni d’autres excuses aux écrivains pour ne pas déchiffrer ce livre-là ; ils voulaient assurer le triomphe du droit, refaire l’unité morale de la nation, n’avaient pas le temps de penser à la littérature. Mais ce n’étaient que des excuses parce qu’ils n’avaient pas ou plus de génie, c’est-à-dire d’instinct. Car l’instinct dicte le devoir et l’intelligence fournit les prétextes pour l’éluder. Seulement les excuses ne figurent point dans l’art, les intentions n’y sont pas comptées, à tout moment l’artiste doit écouter son instinct, ce qui fait que l’art est ce qu’il y a de plus réel, la plus austère école de la vie, et le vrai Jugement dernier. Ce livre, le plus pénible de tous à déchiffrer, est aussi le seul que nous ait dicté la réalité, le seul dont « l’impression » ait été faite en nous par la réalité même. De quelque idée laissée en nous par la vie qu’il s’agisse, sa figure matérielle, trace de l’impression qu’elle nous a faite, est encore le gage de sa vérité nécessaire. Les idées formées par l’intelligence pure n’ont qu’une vérité logique, une vérité possible, leur élection est arbitraire. Le livre aux caractères figurés, non tracés par nous, est notre seul livre. Non que les idées que nous formons ne puissent être justes logiquement, mais nous ne savons pas si elles sont vraies. Seule l’impression, si chétive qu’en semble la matière, si invraisemblable la trace, est un critérium de vérité et à cause de cela mérite seule d’être appréhendée par l’esprit, car elle est seule capable, s’il sait en dégager cette vérité, de l’amener à une plus grande perfection et de lui donner une pure joie. L’impression est pour l’écrivain ce qu’est l’expérimentation pour le savant, avec cette différence que chez le savant le travail de l’intelligence précède et chez l’écrivain vient après : Ce que nous n’avons pas eu à déchiffrer, à éclaircir par notre effort personnel, ce qui était clair avant nous, n’est pas à nous. Ne vient de nous-même que ce que nous tirons de l’obscurité qui est en nous et que ne connaissent pas les autres. Et comme l’art recompose exactement la vie, autour de ces vérités qu’on a atteintes en soi-même flotte une atmosphère de poésie, la douceur d’un mystère qui n’est que la pénombre que nous avons traversée."

Sans doute, la vérité sait se voiler pour ne pas tout détruire, mais l'ignorant de la chose juridique que je suis trouve une solidarité dans le questionnement du jour. La foi dont parle M. Nebout est-elle donc applicable juridiquement ? Et la vérité n’est-elle qu’affaire de foi ? Les valeurs de la République, déguisant le triomphe de la croix, n’essaient-elles pas, au final, de les imposer ? La grâce et la lumière de l’esprit sont-elles réellement formulables par pure intelligence ? La division ne serait-elle pas vaincue par le génie de l’homme, cet instinct qui dicte à l’individu ce devoir de rentrer en lui-même pour déchiffrer ce livre intérieur de signes inconnus, reconnaissant en soi la similitude de ce qu’on accuse chez les autres ? Ainsi, un jugement pourrait-il être le résultat d’un double retrait mutuel, où l’accusé ne pourra reconnaître sa faute qu’en imitant son accusateur qui, lui, a eu la chance de pouvoir faire ce travail sur lui-même, le gardant de la chute transgressive, et magistrats et avocats reconnaître alors qu’ils sont exactement du même monde, partageant cet effort commun et solitaire, offrant au criminel la possibilité de suivre leur exemple, et d’accéder à la rédemption ? La justice, alors, ne pourrait-elle pas être définie comme l’institution permettant de réunir les conditions pour accéder au pardon ?

Pardonnez mon ignorance qui, sans doute, me place hors sujet, mais, après tout :
"Que celui qui n'a jamais péché..."

duvent

Il est utile au médecin de fréquenter les malades et leurs miasmes, il l'est moins pour l'avocat de partager les vices de ses clients...
Beaucoup pensent que défendre suppose un dévouement total au client et que la vérité n'est pas leur affaire. C'est ici que le juge doit par la force quelquefois remettre ces bavards dans le droit chemin. Il s'agit de la sauvegarde d'une société bien gardée. Il est regrettable de voir la robe se commettre avec des individus de vices, se vautrer dans les bonheurs suspects d'une "fama" infâme... Cela les rend détestables, pervers et narcissiques, à cela il faut ajouter le fameux quart d'heure de célébrité, et voilà un noble métier traîné dans la fange du people. Il manque sans aucun doute aux avocats, dont certains comme ailleurs sont pourvus, une morale, une loyauté, une rigueur et un dévouement qu'ils doivent non pas à leur cause mais à la Vérité que nous voyons comme dans la Calomnie d'Apelle traînée par les cheveux, par des hommes de peu de foi. C'est leur argument baculinum, et puisque qu'ils doivent défendre tous avec la même force de conviction, ils n'hésitent pas avec une conviction étonnante à se couvrir de cette vertu comme d'un parangon... Ce n'est pas ce que la société leur demande, et la forme ne doit pas étrangler le fond !

Véronique Raffeneau

"Comme le service du client est le paramètre suprême, on voit mal en effet au nom de quoi l'avocat céderait la place au citoyen et le camp du particulier à celui de la communauté."

Non, le paramêtre suprême est le devoir de défendre.

Les défendre tous.

Je me permets de citer ces lignes extraites du livre d'Albert Naud "Les défendre tous" - Robert Laffont, 1973.


"Je suis avocat. Un métier formidable, je veux dire terrifiant, avec de problèmes, des tortures, la mort qui rôde, des remords. Savez-vous que je serre la main de l’assassin ? Mais si vous saviez comme ils sont petits et faibles, en face de l’énorme machine judiciaire, dressée pour les broyer ! Et puis, il y a le devoir, le service commandé en somme."

"J’ai défendu Laval, moi, résistant. Commis d’office par le Bâtonnier, je l’ai aussi aimé comme on aime son frère à l’instant de la mort. Je l’ai embrassé avant qu’il ne tombe sous les balles, comme j’aurais embrassé mon frère. C’était, sous ses allures de Gitan, un homme distingué qui est mort hautement."

"Je les ai aimés tous, vous dis-je. Choisi ou commis d’office, j’ai fait corps avec eux. Les défendre tous comme ils sont, avec leurs bassesses, leurs nostalgies à jamais stériles, leurs étincelle divines (ils en crépitent) et leurs terreurs dernières, a été et reste mon devoir."

Je sais bien, on va se moquer de ces mots, voire insulter ces mots, on moquera l'humanisme compassionnel et niais. Je sais.

"Certes, je n'aurais pas été capable de cette vertu d'indifférence, de ce relativisme social et de cette bataille totalement autarcique exclusivement consacrée à sauver la mise à un accusé ou à un prévenu en se persuadant qu'il était innocent comme il le prétendait ou pas gravement coupable comme les faits le démontraient." (vous).

Et pour dire la vérité, eh bien, moi non plus, je ne serais sans doute pas capable de les défendre, de les défendre tous.

pibeste

oursivi le 06 à 17:12

Vous prenez les psychiatres pour des évangélistes alors qu'ils sont en tête de liste parmi les professions empêtrées dans les contingences pécuniaires qui leur tiennent lieu de principe de réalité et au nom duquel ils signent des rapports de circonstances sans trop de scrupules pourvu qu'ils soient conformes à ce qu'ils estiment être l'attente des magistrats.

Prenez un individu "atypique" et soumettez-le (contre son gré !) à cinq expertises psychiatriques et comparez les résultats pour peu que vous induisiez quelques pistes.

Les psychiaStres sont aussi nombreux que les poils sur le corps d'un boeuf mais les psychiatres sont aussi rares que la corne de la licorne !

Zyeuteur amusé (undecies)

La voilà la glauque hermine

Hantée de pois et de cons

La voilà la glauque hermine

Vivent Outreau et Riom

Denis Monod-Broca

« Magistrats et avocats : pas du même monde ! »

On prête à de Gaulle ces mots : "le monde se divise en deux camps, ceux qui pensent que le monde se divise en deux camps et... les autres".

On pourrait préciser : le premier camp compte ceux qui pensent que la vérité n'existe pas, le second les autres.

Quand on affirme que la vérité existe, on se voit en général rétorquer : "tu as TA vérité, c'est la tienne, et moi j'ai la mienne". Or c'est le contraire, la vérité existe et elle n'est à personne, ni à toi ni à moi, bien sûr, elle est indépendante de nous. Elle est, point. Accessible ou non, connaissable ou non.

Et cela vaut pour les magistrats comme pour les avocats.

Le verdict, littéralement "vérité dite", vérité humaine, imparfaite, ne peut faire mieux que s'approcher autant qu'il est possible de la Vérité, dans le sens absolu du terme.

Ne demandons pas à la justice l'impossible.

moncreiffe

Une alliance suspecte et choquante des avocats, des politiques et de la plupart des médias contre les juges et le prétendu gouvernement qu'ils voudraient instaurer.

Deux points retiennent mon attention dans cet excellent billet : d’une part la collusion des avocats, des politiques et des journalistes qui ne défendent que des intérêts particuliers (sans oublier leur intérêt personnel) contre des juges qui défendent l’intérêt général et la recherche de la vérité ; d’autre part l’expression gouvernement des juges , accusation récurrente qui relève du fantasme.

Longtemps des avocats qui se comportaient plus comme des mercenaires que comme des auxiliaires de justice sont parvenus à sauver la peau d’hommes politiques impliqués jusqu’au cou dans des affaires de corruption, en développant des trésors d’ingéniosité pour faire traîner en longueur les poursuites judiciaires tant qu’ils n’avaient pas obtenu un non-lieu, une relaxe ou une condamnation légère pour leurs clients. Et ils n’hésitaient pas à instrumentaliser les médias. Ce qui poussait certains politiciens à se croire intouchables.

Aujourd’hui, les juges semblent plus libres d’exercer leur métier (sans subir de pressions politiques ou médiatiques) et plus déterminés à faire éclater la vérité dans les affaires politico-financières. Et ça dérange beaucoup de monde. Les avocats qui crient à la violation du secret professionnel quand leur client est mis sur écoute judiciaire. Les politiques qui se plaignent d’acharnement lorsqu’ils font l’objet de poursuites judiciaires. Les journalistes qui craignent que le secret des sources ne soit un jour remis en cause.

L’expression gouvernement des juges renvoie à l’idée que des juges pourraient être tentés d’interpréter la loi à des fins personnelles ou partisanes. C’est le plus souvent le Conseil constitutionnel qui est visé. Pourtant son rôle a fortement évolué depuis sa création en 1958. Chargé à l’origine de défendre le gouvernement contre le Parlement, il joue depuis 1971 un rôle de contre-pouvoir face à d’éventuels excès de la majorité législative, grâce à son pouvoir de censure des lois. La Cour des comptes est elle aussi régulièrement accusée de vouloir imposer au gouvernement sa façon de voir les choses en matière de réformes, alors qu’elle n’en a pas les moyens légaux.

Décidément, les juges, ces empêcheurs de tourner en rond, dérangent tous ceux qui se croient au-dessus des lois. Et c’est tant mieux. Car aucun Etat de droit ne saurait se passer des juges.

Jean-Paul Ledun

"...mais ayant, par ma charge d'aumônier de prison, eu connaissance de situations ô combien plus catastrophiques et perverses de ce couple..."

Pierre-Antoine, vous êtes quand même allé en prison. :-)

Franck Boizard

Amateur de westerns, je trouve que nous devrions nous en inspirer :

1) Le juge est un vieux monsieur plein d'usage et de raison. Le bon sens personnifié. Son humanité s'allie avec une rectitude sans défauts.

2) La loi est simple, compréhensible et connue. C'est le décalogue agrémenté de considérations sur le caractère abominable du vol de chevaux. La définition de la légitime défense est très généreuse.

3) En général, l'avocat, s'il existe, est alcoolique.

4) L'exécution de la sentence est immédiate et sans fioritures.

Je ne suis pas sûr que cette justice soit plus mauvaise que la nôtre.

MS

Axel, il y a moins de cinq ans et sans doute bien avant Philippe exprimait déjà l'idée centrale dont vous vous félicitez. Je n'ai pas retrouvé le billet en question, seulement ci-dessous l'un de mes commentaires annexes au billet "Un avocat hors concours".

---
J’ai souvenir d’un billet de Philippe Bilger qui dans un contexte afférent disait : "ce serait au-dessus de mes forces", à rapprocher me semble-t-il de "sincères autant que possible."
Pour cause d’intérêts privés, un avocat n’est généralement pas d’abord au service de la justice mais de son client via le droit, ses failles incluses. Ce faisant, il est parfois conduit à obtenir gain de cause alors même qu’il sait (ou est en situation de savoir) que la vérité est celle de la partie adverse.
Ainsi les "meilleurs" avocats peuvent (aussi) être ceux qui indûment vous sortiront d’affaire selon que puissants ou un peu moins vous pourrez faire appel à leurs services.
Les hommes sont évidemment moins en cause que le système qui régit et parfois contraint leur pratique professionnelle à l’encontre de leurs aspirations profondes. Pour certains, "c’est au-dessus de leurs forces", d’autres tentent de rester "sincères autant que possible."
Mais ce système n'est peut-être pas une fatalité.

Rédigé par : MS | 25 août 2010 à 09:58

---

PS : "Seule la Vérité compte" aurait de l'allure. Mais c'est vieux de deux mille ans en ce "La vérité vous délivrera" tombé un peu en désuétude tant nous nous préférons à cette Vérité.

Catherine JACOB

"Magistrats et avocats : pas du même monde !"

Parfaitement exact. Les seconds n'ont en effet aucun autre pouvoir à leur disposition que celui que leur confère leur talent (et pour certains d'entre eux, manifestement, leur entregent...!). Ils ne sont pas là pour apprécier en une sorte de préjugement donc, avant que ne soit dit le droit par qui de droit, précisément, la culpabilité ou l'innocence d'un accusé, à cela il est pourvu par la constitution d'un jury, ou bien encore pour apprécier le bon droit de qui leur confie le dossier d'une affaire civile, c'est là la charge et la fonction du Tribunal.

Ce qu'on attend d'eux est qu'ils ne se rendent pas coupables d'abus de confiance envers qui se remet entre leurs bonnes mains, tout comme entre les mains de l’anesthésiste et du chirurgien le patient qui ne s'attend à voir sa vie ou sa prostate dépendre de la façon dont les praticiens auront estimé qu'il aura accompli son devoir conjugal, par ex. en faisant témoigner son épouse au moment du premier coup de bistouri, ou encore le client du restaurateur qui ne s'attend pas à voir dépendre la qualité du plat qui, au menu ou à la carte selon un prix fixé d'avance, lui sera servi, en fonction de l'opinion qu'aura le chef ou le maître d'hôtel de sa bonne mine ou de la qualité de son tailleur.

Chacun de ces professionnels est tenu d'honorer sa part du contrat conclu dans le cadre d'une mutuelle bona fides, en faisant de son mieux et son possible (en fonction d'une obligation de moyens dans le cas des uns, de résultat dans le cas des autres) dans le cadre d'un honnête rapport qualité/prix.

Autre grande différence en effet entre le magistrat et l'avocat, ce n'est pas le client du second qui rémunère le premier parce que dans ce cas-là on parlerait non pas de rémunération, mais d'arrosage.

Que diriez-vous en effet si votre tailleur ayant vu par hasard votre nom sur le fameux mur qui a fait tant parler il y a quelque temps, se prenait à y ajouter foi et son grain de sel, et justicier des ego meurtris s'arrangeait subrepticement pour que les coutures d'un pantalon ne supportent pas le moindre effort ?

Que diriez-vous si votre concierge ne balayait correctement que le palier des résidents qui auraient doublé ses étrennes quand bien même il serait rémunéré équitablement par tous pour balayer tous les paliers avec une égale conscience professionnelle ?

Car voyez-vous, s'il doit y avoir un point crucial où le magistrat et l'avocat se doivent de se rejoindre et d'appartenir au même monde, c'est à celui des gens consciencieux dans leur travail !

oursivi@StThomas

Rédigé par : Frank THOMAS | 06 avril 2014 à 16:01

Je confesse ne pas vous avoir lu avant d'avoir écrit.

Votre propos est exactement trempé du relativisme assez fuyant devant ses responsabilités dont ont besoin ces gens.

Vous n'êtes pas leur avocat, plutôt de leurs inconscients complices.

Si mon opinion est "courtisane", alors ce pauvre Philippe a dû avaler beaucoup de bouillons de onze heures.

Les tisanes qui mêlent pissenlits et racines.

Faudra que je me choisisse un bon avocat, un bien roué, un bien menteur.

EDM, vous ne pourriez pas défendre un assassin d'illusions ?

Il a pourtant fait beaucoup de victimes par ici.

AO

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