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17 juillet 2015

Commentaires

Trekker

Votre commentaire sur ce jugement me semble fort pertinent et mesuré, mais une chose plus générale me gêne au travers de cette affaire, c’est l’attitude de la justice allemande depuis 1945 ; jusqu’aux années 90 elle fit preuve d’un grand laxisme vis-à-vis d’authentiques criminels de guerre de masse, et qui n’étaient pas du menu fretin.

Un seule exemple, le général Heinz Lammerding commandant la 2°division Waffen-SS Das Reich, dont le seul exploit ne fut pas le massacre d’Oradour-sur-Glane et les pendus de Tulle, précédemment la Das Reich brûla près de 800 villages avec ses habitants en Biélorussie et en Ukraine, massacra les habitants de Lidice en Tchécoslovaquie, exécuta ~1800 civils à Marzabotto en Italie et ~ 240 civils à Distomon en Grèce, liste hélas non limitative…

Eh bien ce général après 1945 ne fut l’objet d’aucune poursuite en Allemagne et toutes ses demandes d’extraditions refusées, il créa une prospère entreprise de BTP à son nom à Düsseldorf et décéda paisiblement en 1971. Ses obsèques furent suivis par plusieurs centaines d’officiers ex-Waffen-SS.

Après le début des années 90 la justice allemande animée par un zèle qui lui était jusqu’alors inconnu, se mit à traquer ses criminels de guerre. Mais l’âge aidant, elle ne trouva plus que d’obscurs troisièmes ou quatrièmes couteaux octogénaires voire nonagénaires. L’exemple type étant ce vieux monsieur indigne évoqué par notre hôte.

Ah qu’il est facile pour l’Allemagne de se donner bonne conscience, avec cette traque tardive se rabattant sur le menu fretin encore en vie.

Alex paulista

Bousquet c'est Gröning ?
Faut-il se réjouir d'une justice qui passe à retardement pour ne pas avoir à assumer son verdict ?

Finalement, de ce jugement on pourrait presque déduire que c'est Gröning le plus franc du collier.
Ça me gêne un petit peu.

Mais bon, quand il dit "j'y étais", il remplit finalement son rôle de comptable. Probablement cet homme ne pense pas uniquement à la justice des hommes.

Denis Monod-Broca

Le crime contre l'humanité a été déclaré "imprescriptible par nature" par la Cour de cassation en 1964 si je me souviens bien. Ce "par nature" me fait bondir à chaque fois. La nature est-elle notre nouveau dieu, infaillible et tout-puissant ? Qu'est la raison devenue ?

Quant à ce sous-fifre déclaré complice et coupable 70 ans après, il devrait nous faire réfléchir : chaque fois qu'un drone américain tue quelque part dans le monde, sans jugement ni sommation, coupables, coupables supposés et innocents mêlés, nous aussi, chacun d'entre nous, impuissants sous-fifres, sommes complices et coupables. Nous savons et nous ne disons rien.

Pouvoir encore, grâce à cette imprescriptibilité, accuser et condamner des nazis et complices des nazis nous donne bonne conscience, nous range dans le camp du bien, mais c'est illusoire et ça ne durera pas toujours.

Marc GHINSBERG

Derrière le cas de ce « vieil homme indigne » se profile la question de l’imprescriptibilité des crimes contre l’humanité. Je dois dire que cette notion m’a toujours gêné. La prescription est un principe inscrit dans notre droit. Y faire exception même pour les crimes les plus abominables conduit inévitablement à élargir progressivement le champ des crimes qui ne seront jamais prescrits, ce qui n’a pas manqué.
Il me semble difficile de trouver une justification à priver de liberté un homme de 94 ans pour des crimes auxquels il a participé il y a maintenant plus d’un demi-siècle. Il a eu le temps de prendre conscience de l’horreur de ses actes et s’il ne l’a pas fait ce ne sont pas quatre années de prison qui changeront les choses, il est aujourd'hui inoffensif et la société n’a pas besoin de l’enfermer pour se protéger. Reste la vengeance, ce n’est pas ma conception de la justice. Non décidément rien ne me paraît justifier l’imprescriptibilité, elle n’est pas nécessaire pour se souvenir.
Je préfère que l’on combatte les idées d’aujourd’hui qui pourrait nous conduire vers d’autres horreurs.

protagoras

"Reste, cependant, qu'il faut approuver la décision du tribunal ayant appréhendé le comportement de Gröning comme partie indissociable d'un tout"

Cette motivation n'est pas, à mes yeux, recevable.
C'est une très dangereuse notion, Monsieur Bilger, que celle de "responsabilité collective".
La responsabilité collective, ça n'existe pas car le "grand tout", holistique, indifférenciant, détruisant toute singularité au nom d'un universalisme facile, est le système totalisant par excellence, celui de tout processus sectaire, de toute spiritualité de pacotille, de toute "fusion océanique" peu ou prou psychotique.

Résistons à la même représentation collectivisante et déresponsabilisante qui fut, au fond, celle des nazis... entre autres...

Je me contenterai, pour ma part, de la "banalité du mal" si bien mise en exergue par Hannah Arendt.

Achille

Bonjour Philippe,

"Il s'est défendu, cependant, en arguant n'avoir été qu'un rouage initial, dérisoire, bureaucratique, purement technique, sans aucune incidence sur la machine de mort qui allait suivre."

Cette chasse aux sous-fifres qui ont eu un rôle purement administratif dans les camps de concentration finit par être indécente. Bientôt les chasseurs de nazis iront rechercher les femmes de ménage qui vidaient les corbeilles à papier des responsables des camps de concentration. Après tout elles aussi voyaient la fumée noire à l'odeur pestilentielle qui s'échappait de la cheminée du four crématoire et donc elles étaient tout aussi complices que ce comptable.

Que dire aussi du procès intenté par des familles juives américaines contre la SNCF au motif que ces convois étaient conduits par des cheminots français qui, eux aussi, étaient censés savoir qu'ils emmenaient des hommes, des femme et des enfants à une mort certaine.
Et donc plus de 70 ans après les faits, la France va indemniser les petits-enfants et arrière-petits enfants des victimes américaines des camps de concentration.

Ce genre de procès a-t-il encore un sens ? Peut-on parler encore de Justice ? Sincèrement je m'interroge.

Savonarole

En France on avait Georges Boudarel, il a bénéficié d'un non lieu.

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