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08 août 2019

Commentaires

genau

Quel plaisir de retrouver ce bon vieil Houdar, croiseur de fer à friser et pirate des écumes versifiées.
Oui, sans doute, la diversité est le sel de l'entretien, les hommes politiques en ont malheureusement tant corrompu les règles qu'elle est à nos jours un instrument de dérision, ne comptez pas sur moi pour faire des citations, pas plus Bilger que Chapelain n'en épuiseraient le contenu.

Le repas entre amis, le cauchemar du convive si on n'a pas un thème où se rencontrer, tout commentaire gastronomique ou de souvenir de vacances étant mis à l'index. Aujourd'hui, ce genre de fadaises va avec les photos du dernier voyage à............ et le sourire de Madame en short devant le Taj Mahal ou la tronche de Monsieur dominant un fjord sublime.
"Et vous, cher ami, où étiez-vous ?"
"A En Calcat, pour une formation de psalmiste."
"Mon Dieu, comme c'est intéressant, vous nous en parlerez un jour, et vous, Marie ?....."
"Oh, rien, Ushuaia".

Allez donc aborder un sujet touchant à la résurrection de la pensée de Pascal, comme il se fait sur France Inter ou à la pensée de R. Aron telle qu'elle aurait pu se manifester dans l'affrontement (réel ????) entre Poutine et l'Amérique de Trump. Qui acceptera de relire une sourate ? Ou un commentaire de Saint Augustin ? Peut-on réciter un simple poème de Jammes, un début d'élégie de Samain, quand on entend que notre ministre du Travail, universitaire, je crois, ignore les écrivains africains.

Ce n'est qu'un point de départ, après la pensée s'organise, les souvenirs reviennent, la fresque se colore, les références se musclent, mais pas dans une France où la seule préoccupation est le rendement, l'organisation, le fisc, les impôts, quitte à ne faire que des constats attristés.
Quand les enfants ne savent plus lire et les étudiants pensent que le général Pompidou a prononcé le discours de Bayeux, il ne reste que les conversations professionnelles, où les médecins savants à gâcher une soirée par leurs échanges toxiques et leurs femmes par leurs récits de domestiques introuvables.

L'affrontement est un aspect de l"art de conférer" que Pascal louait tant chez Montaigne et auquel cher hôte, vous auriez pu renvoyer votre auteur, à moins qu'il n'y ait pensé, je n'ai pas lu l'article.

Conférer est aussi persuader et le choix des mots comme la vérification des dissensions par l'analyse des faits invoqués nous ramènent, et toujours à Aron. Le génial mais horrible Sartre a passé par là, en creusant son sillon de pédantisme gauchi, mais il agonise, ayant reconnu trop tard l'ignominie de son idéologie. Morte la bête, mort le venin.
Les classiques, vous dis-je.

Francois Unger

Le problème est moins le déficit de conflits que la pléthore et l'excès de consensus.

aristide

https://maximetandonnet.files.wordpress.com/2017/07/sans-titre.pngLe 6 août 2019, en pleine torpeur estivale, est tombé l’arrêté réformant le baccalauréat et définissant ses nouvelles épreuves. Le faible intérêt des médias et de la classe politique pour cette petite révolution est révélateur de l’apathie générale qui règne sur la France.

Noblejoué

Faut-il confondre l'échange d'opinions et de coups, le jeu et l'hostilité ?

L’unanimité obligée ennuie, mais la polémique obligatoire aussi, en somme, toute répétition.

Si on en vient à quitter la disputatio et qu'on met l'autre sur la sellette, son honnêteté intellectuelle et tout ce qu'on voudra, il ne faudra plus jamais croire faire la paix avec lui sauf à s'y soumettre, dit en terme moins... polémique : lui présenter ses plus humiliantes excuses.
Et encore, ce n'est pas gagné... Il appartient à chacun d'agresser, pas d'être pardonné, dans son tort, on tombe dans l'arbitraire de l'autre.

C'est comme la guerre, si le peuple A agresse le peuple B, le peuple B ne lui doit en rien la paix.
Le plus sûr, pour un humain ou un peuple agressé, est de tuer l'agresseur. D'abord, l'ennemi ne revient pas, ensuite, son exemple fait réfléchir.

On n'est pas populaire, mais craint, ce qui vaut mieux. La popularité, c'est n'importe quoi, les Américains ne sont même pas populaires ici, avec tout ce qu'ils ont fait pour nous.
Ils ont mieux que la popularité, ils ont leurs armes et leur courage pour les protéger... En France, nous nous sommes soumis aux Allemands, et nous n'avons pas arrêté d'être antiaméricains parce qu'ils nous avaient sauvés. Il faut croire que nous leur en voulons de leurs bienfaits...

Les nazis, les soviétiques, les lyncheurs de cours de récréation et autres gens si recommandables sont populaires.
C'est sûr qu'avec eux, pas de paix, pas d'ennui, la violence et le mensonge se donnent libre cours.

Il n'y a pas qu'à la bombe qu'on aurait pu appliquer l'idée de dissuasion... On s'étonne qu'il y ait toujours de nouveaux génocides.
Mais aucun peuple n'a subi de génocide en retour. Le voleur, le violeur, le tueur sont punis, le peuple qui déborde de ses frontières y est parfois ramené... Mais jamais un peuple commettant un génocide n'est rayé de la carte.
Est-ce qu'il perd même du territoire en faveur de ses victimes survivantes ? Non... Donc, donc, donc, la morale pourra être assénée à tout le monde, peuples génocidaires et autres, la morale de l'histoire est que le génocide est un crime impuni.

Raisonnement à plus forte raison, si les gens commettent des transgressions même quand il y a de fortes probabilités de crimes, comment ne s'y adonneraient-ils pas encore bien plus quand ils n'en seront pas incommodés ?
Il faudrait prendre la résolution préventive que tout peuple commettant un génocide soit imputé de son territoire en faveur de ses victimes - les malins qui croient y échapper en tuant jusqu'au dernier peuple ? Le territoire sera donné à des réfugiés, ce n'est pas ce qui manque.
Un crime sans punition ! Et on croit qu'il n'y en aura plus... Eh bien, si la morale avait dû dissuader, cela aurait eu lieu, n'est-ce pas ?

Autre chose, il y a de la confusion mentale... On ne punit pas de vrais crimes, par contre, on punit des crimes sans victimes, type blasphème ou drogue.
Relions drogue et génocide. Comment ? Un peuple oriental tue ses drogués... Si assez de gens de ce peuple se droguaient, cela finirait en auto-génocide, les croisés de la réalité éliminant les rêveurs, après les khmers rouges, et en même temps que les khmers verts jetant les peuples hors de leurs terres pour faire des réserves naturelles (réfugiés de la conservation), les khmers du monde qui ne flottera pas ! C'est vrai, le monde est si réel, si parfait tel quel, qu'il ne saurait être question de rêver. Se droguer ? C'est passer à l'ennemi, pour le moins.

Tout ça n'est pas très bouddhiste... Mais la principale religion des Philippines n'est pas le bouddhisme ou l'hindouisme, c'est le catholicisme, ceci expliquant cela. La réalité est sacrée car Dieu s'est incarné dans l'Histoire, alors l'amour du prochain ou la justice... D'accord, des catholiques protestent, mais ça sert à quoi ?
Leur rapport au monde les pousse à persécuter tout ce qui en dévie, comme tous les monothéistes, d'ailleurs, ce qui s'aggrave de religion en religion, chacune devant se démarquer violemment des suivantes. On pourrait imaginer d'autres trucs après l'Islam, toujours pire, d'ici à la mort du soleil, il y a de la place pour une théologie et des pratiques toujours plus ragoûtantes. L'horreur théologique ?

La comédie.
S'il y a des dieux, le jour où ils se manifesteront parce que menacés de prison par leur procureur pour non assistance à humains en danger, les gens leur en voudront moins de leur abandon à toutes leur misère que dans leur vanité.
Partir, les abandonner ? Cela n'est rien, mais faire tomber le château de cartes monothéiste oppressif, alors là, non, c'est intolérable.
On ne le tolérera pas, on les traitera de démons... Enfin, l'avantage :les dieux diront les humains irrécupérables, des arriérés d'un monde arriéré, et retourneront chez eux.

Bien sûr, tous ces gens croient détenir la vérité qui leur garantit un droit à commander les autres, les autres qui n'en peuvent mais, comme les Allemands de RDA essayant de passer le mur, on ne peut pas faire grand-chose face au monde accablant de souffrance-mort-oppression, sauf, évidemment, rêver.
Mais les abominables dissidents doivent être anéantis... Il y a des martyrs religieux dont certains se font exploser pour tuer des gens qui ne leur ont rien fait, il y a des martyrs du rêve tués avec les applaudissements de leurs concitoyens et de ceux qui rêvent d'en faire autant chez eux, ici.

En bref, le Graal des défenseurs de la réalité, mais non réalistes car on ne l'est pas sans comprendre la puissance du rêve, est de chasser leur ennui en chassant tous ceux qui leur déplaisent dans une réalité pourtant décrite comme formidable.
Et dans un sens, elle l'est, la guerre sainte est merveilleusement récréative. Il y a de l’agressivité, on peut avoir de l'argent et du pouvoir et de la renommée avec ça. Le rêveur n'a pas besoin de vous prendre la vie, mais sa vie qui n'a pas besoin de vous nuire blesse ? parce qu'elle ne dépend pas de vous... Alors on dira être contre la drogue à cause de l'addiction, mais en somme, personne ne va interdire l’addiction au pouvoir, au sexe, à la religion, personne ne va interdire le salariat ou l'amour ou allez savoir.... Toutes sortes de dépendance.

Alors ce qu'on condamne chez le drogué, c'est paradoxalement son indépendance face à un certain nombre de gens et de choses, avoir, disons, une dépendance différente. Si on me dit la drogue plus destructrice, tout dépend du produit, de l'usage et de la personne. C'est comme l'amour, qui détruit autant que le reste. Suicide d'amour, personne battue à mort, personne appelant ses méchants parents sur son lit de mort... Un désastre. Mais comme on compare le pire de la drogue au meilleur du reste, les conclusions qu'on en tire ne sont pas équitables.

Parce qu'on surinvestit la réalité, elle a le sens de l'Incarnation, dieu notera tout le monde comme Patrice Charoulet rêvait de noter tous les commentateurs... C'est que tout est important autant qu'urgent, la réalité est un combat, une croisade, et qui en dévie, il faut qu'on le châtie.
On n'est pas obligé d'entrer dans une telle vision du monde, loin de là... Nous sommes des corps et des rêves, des corps-effritements, et des rêves pleins de toutes les faiblesses d'êtres assaillis par un monde qui nous tue un peu plus à chaque instant.

Pour mieux voir, on a des lunettes, pour mieux marcher, chaussures, et pour gens fatigués, cannes... Pour mieux rêver ? Alors non, c'est interdit, on n'a pas le droit, il est déjà bien bon qu'on laisse dormir et rêver, une activité nécessaire, mais pas vue comme productive, alors aller à l'assaut du rêve comme un surfeur d'une grande vague ? Interdit, c'est dangereux, et dans un pays, on vous tuera pour vous être mis en danger, c'est sûr qu'on ne se mettra plus en danger, comme ça. Objectif atteint !

Le problème de la société n'est pas de sauver des vies, elle est d'empêcher qu'on dispose de sa vie et de sa mort, qu'on soit souverain sur soi-même. Philosophe toujours ! Mais ne décide, en vérité, ni de ta vie, ni de ta mort. Dire aux gens d'être responsables d'eux-mêmes quand ils ne peuvent ni mourir ni rêver à leur guise : étrange.
Disons qu'on les enferme dans un espace compétitif genre jeu du cirque où chacun peut essayer de prendre la place de l'autre, où des gens sont laissés sur le carreau, mais on est découragé de sortir de l’amphithéâtre par tous les moyens.

Ce combat devient une addiction pour certains, il n'y a pas de combat, je m'ennuie. Le chat qui ne chasse pas et ne joue pas a son quart d'heure de folie, le cultivé ennuyé, sa polémique.
Entre le ronron de l'entre-soi où personne n'ose être sincère, et la défense de ce qu'on estime être juste pour triompher de l'autre, je ne vois guère d'échanges de vues dignes de ce nom.

La personne qui anime un débat, qui tient un salon, sachant éviter et l'eau froide et que les gens s'ébouillantent, est vraiment providentielle.
Et rare.

charles

C'est toujours surprenant de voir comment le vocabulaire guerrier est si rapidement intégré, on pourrait utiliser "discussion" à la place de "conflit". Dans un conflit un objectif écraser/tuer l'autre dans une discussion essayer de convaincre et de valider ses propres arguments par l'écoute d'un point de vue tiers.

On peut simplement citer John Stuart Mill:

"Nous avons maintenant affirmé la nécessité – pour le bien-être intellectuel de l’humanité (dont dépend son bien-être général) – de la liberté de pensée et d’expression à l’aide de quatre raisons distinctes que nous allons récapituler ici :

1° Premièrement, une opinion qu’on réduirait au silence peut très bien être vraie : le nier, c’est affirmer sa propre infaillibilité.
2° Deuxièmement, même si l’opinion réduite au silence est fausse, elle peut contenir – ce qui arrive très souvent – une part de vérité ; et puisque l’opinion générale ou dominante sur n’importe quel sujet n’est que rarement ou jamais toute la vérité, ce n’est que par la confrontation des opinions adverses qu’on a une chance de découvrir le reste de la vérité.
3° Troisièmement, si l’opinion reçue est non seulement vraie, mais toute la vérité, on la professera comme une sorte de préjugé, sans comprendre ou sentir ses principes rationnels, si elle ne peut être discutée vigoureusement et loyalement.
4° Et cela n’est pas tout car, quatrièmement, le sens de la doctrine elle-même sera en danger d’être perdu, affaibli ou privé de son effet vital sur le caractère ou la conduite : le dogme deviendra une simple profession formelle, inefficace au bien, mais encombrant le terrain et empêchant la naissance de toute conviction authentique et sincère fondée sur la raison ou l’expérience personnelle."

Alex paulista

On avait déjà Alain ("Penser c'est dire non"), Nougaro ("Vie, violence, ça va de pair"), maintenant on a Bégaudeau.

Catherine JACOB

"On a eu ainsi des articles passionnants sur le président chinois"

Puisque vous évoquez la Chine, on peut mentionner ce film chinois de 2014 sur Arte qu'est Coming Home (titre original: Gui Lai). Bien que considéré comme un sous-genre, je l'ai trouvé bien sûr très attendrissant mais aussi très intéressant relativement à ce que cet "En attendant Godot" à la chinoise, donne à percevoir en filigrane du côté profondément destructeur des individualités de la Chine de la révolution culturelle.

breizmabro

"Il y a, dans la paix, certes de l'ennui mais aussi de la bêtise" (Ph. Bilger)

"L'ennui est la mère de tous les vices"*

De tous les proverbes celui-ci est un des seuls qui aient complètement raison (Alexandre Dumas fils)

* "L'ennui" d'Alberto Moravia

Lucile

Dans son exemple, la paix ennuyeuse de Bégaudeau est celle du politiquement correct qui étouffe le débat. Pour aller dans son sens, un cran au-dessus, il y a la paix munichoise qui s'accommode de compromissions et qui au bout du compte fait le lit de la guerre. Elle prospère sur le camouflage, et sur le renoncement, elle fait des victimes et le statu quo qu'elle offre est un marché de dupes. C'est la solution de facilité, elle est plus qu'ennuyeuse, elle est lourde de sous-entendus et de menaces.

Toujours d'après son exemple, il fait allusion, je pense, aux idées et aux débats qu'elles suscitent, quand il attribue aux conflits le pouvoir de révéler la vérité. Toujours pour aller dans son sens, nos propres contradictions nous prouvent que nous ne sommes pas des robots, que nous vivons, et que nous ne pouvons pas nous considérer comme des machines transparentes, complètement cohérentes, et exemptes de dissensions internes. Ce serait une négation de la vie et de ce que nous sommes.

Nos conflit internes et externes font donc partie de notre lot. Mais la nécessité de négocier en fait aussi partie, la résolution de conflits est un de nos meilleurs outils d'adaptation, et l'idée que la paix est supérieure à la guerre fait partie de nos idéaux. Il me semble que le débat d'idées, même conflictuel, tourne le dos à la guerre, dans la mesure où il évite le recours à la violence, en permettant à chaque opposant de dire ce qu'il a en vu, étape n° 1 de toute négociation réussie. L'esprit de coopération et la négociation ont au moins autant permis à l'espèce humaine de se développer que la capacité à se battre.

Il y a des relents de marxisme dans l'idée de conflits ouverts générateurs de progrès, sans négociation ni aménagements possibles. On a vu ce que ça donnait dans l'histoire du XXe siècle. On en voit encore la trace dans certains conflits sociaux qui prônent l'affrontement pour l'affrontement. Que ce soit sur le mode politique ou sur le mode séducteur, et dandy.

breizmabro

Il y a des littérateurs et il y a des littrés-rateurs.

"Hommage à une très grande dame, écrivaine, poète et militante, Toni Morrison. Grâce à elle, les noirs ont enfin pu entrer par la grande porte dans la littérature. Les mots réveillent les consciences et les cœurs, ils font reculer le racisme et la haine. Les mots ont un pouvoir" signé Muriel Pénicaud qui venait de découvrir "la littérature-sans-frontière".

Réponse cinglante d'Alain Mabanckou, prix Renaudot en 2006

"En France un Noir de la Guyane, Goncourt en 1921 (René Maran). Wole Soyinka (Nigeria), Nobel de littérature. Vous avez l'excuse de l'ignorance, pour cela je vous pardonne ce dérapage choquant..."

(Wole Soyinka, auteur nigérian, avait obtenu le prix Nobel de littérature 7 ans avant Toni Morrison)

J'espère que le nouveau code du travail, devenu végan, est mieux sourcé ;)

HOPE

Bon ! Et bien non seulement je ne suis grosso modo d’accord avec rien de ce qu’écrit notre hôte, mais j’ose affirmer que de tels propos montrent qu’en fait ils sont l’expression de forts conflits permanents avec soi-même (désolé).

« Il y a du vrai dans le conflit comme il y a du faux dans la paix »

Ah bon ? Je ne sais pas mais le contraire est parfaitement vrai ! En fait ce blog semble écrit par quelqu’un qui ne connaît pas la paix (avec lui-même). Avec tout le respect que... naturellement !

Michel Deluré

Que le conflit mette du piment dans la vie, nul ne le contestera. Mais lorsque le plat est trop épicé, il arrive aussi qu'il soit difficilement mangeable !

Le conflit est certes naturel car il serait utopique d'imaginer qu'une unanimité puisse se réaliser au sein d'un groupe, quelle que soit la dimension de ce dernier et quel que soit le sujet concerné.
Comment prétendre à une telle unité qui ne se trouve en fait que dans l'individu, alors justement que le groupe est pluriel par opposition à chaque individu qui, lui, est singulier ?

Mais où se situe l'intérêt du conflit s'il n'agit pas uniquement comme un aiguillon qui stimule la pensée, la réflexion, qui ouvre des horizons nouveaux, qui débouche sur un consensus et s'il ne contribue en fait qu'à diviser encore plus les individus, à rendre les points de vue encore plus inconciliables ?

Le conflit doit être l'expression naturelle, sans être pour autant agressive, de divergences, d'oppositions, qui doit permettre de tendre vers une solution de paix, qui n'est point ennui mais au contraire harmonie, favorisant le vivre-ensemble.
« Peut-on citer pour l'Etat un plus grand mal que celui qui le divise et d'un seul en fait plusieurs, et un plus grand bien que celui qui l'unit et le rend un ? » écrivait déjà avec raison Platon.

phineus

Bégaudeau rationalise. Je serais tenté de voir dans ces conflits désirés une sorte d'exutoire d'un besoin existentiel déçu. La vie est ennuyeuse.
Comme chez les "noiseuses", belles ou pas.

Lambda

Merci pour ce billet, tout à fait d'actualité, mais qui aurait été inutile il y a 40 ou 50 ans.

Exilé

Cela m'a rappelé les soirées bénies de l'ORTF en grève où nous n'avions que le journal télévisé suivi d'un film.

Je vois que nous partageons les mêmes souvenirs.
Il en allait de même pour les émissions de radio, où la propagande journalistique et les rythmes syncopés abrutissants étaient remplacés par de la musique écoutable...

Au fait, à quoi sert donc au juste le prétendu « service public de l'audiovisuel » ?

Aliocha

"Veux-tu, pour me sourire, un bel oiseau des bois,
Qui chante avec un chant plus doux que le hautbois,
Plus éclatant que les cymbales ?
Que veux-tu ? fleur, beau fruit, ou l'oiseau merveilleux ?
- Ami, dit l'enfant grec, dit l'enfant aux yeux bleus,
Je veux de la poudre et des balles." (Victor Hugo)

Le bourgeois s'ennuie donc s'il n'a pas sa guerre, et ne sait définir la vie qu'en opposition, à quoi, il ne sait, mais sinon le corps caverneux a de plus en plus peine à se remplir, n'est-ce pas, et l'érotisme s'absente.
L'humanité en est donc encore à son enfance romantique de savoir désigner l'ennemi comme fondement de son identité, et l'étreinte létale comme condition de son divertissement, que serait le succès mondain sans le goût du sang ?
Ainsi, tous les enseignements d'équilibre se pulvérisent comme les possibilités d'avenir, bébé gavé s'ennuie, il veut jouer à la guerre et sera donc dissous dans les fissures de son propre désir, qui ne sait s'affirmer que face à celui qui le détruira, il n'y a pas qu'en amour que le rival heureux se confonde avec le bienfaiteur :

"Les Turcs ont passé là. Tout est ruine et deuil.
Chio, l'île des vins, n'est plus qu'un sombre écueil,
Chio, qu'ombrageaient les charmilles,
Chio, qui dans les flots reflétait ses grands bois,
Ses coteaux, ses palais, et le soir quelquefois
Un choeur dansant de jeunes filles." (VH)

Achille

Il y a, dans la paix, certes de l'ennui mais aussi de la bêtise. Elle est le refuge confortable, l'abri des gens qui n'ont rigoureusement rien à dire parce que penser vraiment, dire sincèrement, répondre librement, est conflictuel

J’avoue que cette phrase me laisse rêveur. Mais finalement elle correspond bien à l’état d’esprit Gilet jaune du moment.
Ainsi donc la paix est ennuyeuse, elle est même stupide car elle nous conduit à l’assoupissement intellectuel, c’est bien ça ?
Il faut donc chercher la castagne car elle permet de libérer nos frustrations, nos éternelles insatisfactions, faire éclater notre indignation parce que finalement celle-ci produit une jouissance que même le bonheur d’une belle journée enchanteresse ne saurait apporter ?

Finalement heureusement qu’Adam et Eve ont été chassés du paradis terrestre, sinon que serait devenue l’humanité dans un monde enchanteur où il n’est même pas nécessaire de gagner son pain à la sueur de son front et dans lequel il n‘y aurait pas de conflits, de méchanceté, de jalousie et de cupidité.
Mon Dieu, quel ennui ! On l’a échappé belle !

Saltapiou

Vos devoirs de vacances, cher Philippe Bilger, sont décidément épatants !


Tipaza

Je n’ai pas lu l'article du JDD dans lequel François Bégaudeau exprime son goût du débat qu’il appelle conflictuel.
Mais cette vision des relations humaines est ancienne, elle est le propre de ceux qu’on appelle les intellectuels, et la disputation à la Sorbonne était la règle, il y a bien longtemps.

Antoine Houdar de La Motte a écrit un poème célèbre (?) qui évoque avec beaucoup de verve et d’humour le même point de vue.
Je n’en cite que les derniers vers :

« C’est un grand agrément que la diversité.
Nous sommes bien comme nous sommes.
Donnez le même esprit aux hommes ;
Vous ôtez tout le sel de la société.
L’ennui naquit un jour de l’uniformité. »

Pour ceux qui souhaitent le poème en entier voici le lien, ils s’apercevront que cet Antoine fut célèbre en son temps pour ses talents de compositeur.

http://jeanjosephjulaud.fr/2013/11/antoine-houdar-de-la-motte-lennui-naquit-un-jour/

Marc GHINSBERG

Plus que m’opposer, ce qui m’intéresse c’est convaincre. Force est de constater que l’on y parvient rarement. Mais enfin quelquefois…

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