« Darius Rochebin : miracle ou évidence ? | Accueil | Médias de gauche : un pléonasme ? »

19 septembre 2020

Commentaires

Serge HIREL

@ Achille 19 septembre 2020 à 08:15
« Et que pensez-vous que ce sinistre individu aurait fait après avoir purgé 18 années de prison au lieu de 11, à sa sortie de prison ? Exactement la même chose qu’après sa libération anticipée. (...) Le problème n’est pas là. »

Si, il est d’abord là : les très généreuses remises de peine et les courtes peines de prison non effectuées. Cette pratique, qui permet d’ajuster le parc pénitentiaire au nombre de condamnés - la logique voudrait que ce soit le contraire - ne présente que des inconvénients. Celui d’une récidive à un moment où le criminel n’aurait pas dû être en liberté, une gestion difficile du contrôle de ces individus et, surtout, une incompréhension de l’opinion publique, qui est justifiée.

Sans en trahir le secret, j’ai participé à plusieurs délibérés et, lors de chacun d’eux, dans la discussion entre jurés pour décider de la juste sanction du crime, celle que le condamné subirait réellement, ces remises de peine quasi automatiques ont été l’un des critères retenus pour établir la peine annoncée...

Quant à la perpétuité, chacun sait qu’il s’agit d’une période de 22 ans, voire exceptionnellement de 30... à condition que cette incompressibilité soit indiquée lors du prononcé. Perpétuité est tout simplement, en France, un abus de langage.

« Le problème n’est pas là. Il est dans le suivi de ce genre de psychopathes dont la place est plus dans un hôpital psychiatrique... »

Non, la place d’un criminel, psychopathe ou pas est en prison, et en particulier les pointeurs, qu’ils soient ou non conscients de la gravité extrême de leurs actes. Tout simplement parce que la prison est le seul endroit, sauf rares exceptions, dont ils ne peuvent pas s’échapper. Le seul endroit aussi où le personnel est formé pour contrôler à tout instant ces individus dangereux. Les psychiatres n’ont ni vocation à remplir cette mission de sauvegarde de la société, ni compétence pour l’assurer. Ce qui ne veut pas dire que ces psychopathes doivent être abandonnés à leur sort. Et ce d’autant plus qu’ils seront un jour libérables... plutôt plus tôt que plus tard.

Le vrai problème est que l’Etat, depuis des années, ne s’est pas donné les moyens d’assurer un réel suivi de leurs pathologies au sein des prisons. Encore plus que la psychiatrie publique qui est le parent le plus pauvre de la politique sanitaire, la psychiatrie carcérale ne dispose pas des crédits nécessaires à son activité. Le drame est que celle-ci devrait se développer chaque jour un peu plus tant, le pourcentage de détenus en relevant augmentant au fil des ans. Sans prendre en compte les insomniaques et les anxieux qu’un ou deux cachets peuvent guérir.

Voilà encore un dossier qui devrait être mis en lumière par la droite lors de la prochaine présidentielle, le bilan de Macron dans ce domaine est... Il n’existe même pas.

Le développement de services psychiatriques de qualité dans les prisons n’est pas une simple question technique, éloignée des attentes des citoyens, pas plus qu’un confort supplémentaire accordée aux détenus. Il permettrait d’en finir avec des sorties - provisoires ? - d’individus prêts à tout, de prévenir un peu mieux la récidive - sans toutefois l’éviter certainement.

Et, surtout, de mettre un terme aux colères légitimes de l’opinion publique lorsqu’un parquet, procureur ou juge d’instruction, décide d’utiliser l’article 122-1 du Code pénal à l’encontre (ou en faveur ?) d’un criminel n’étant plus maître de lui au moment des faits. Si la prison obtient les moyens de le soigner et, en même temps, lui fait payer sa dette à la société, pourquoi irait-il encombrer un service psychiatrique extérieur, déjà suffisamment débordé par les malades mentaux qui ne relèvent pas de la justice et les bobos inhérents au monde d’aujourd’hui, traumatismes post-... et autres burn-out ?

Tipaza

La règle d’or d’une enquête policière est : À qui profite le crime ?
On pourrait très bien extrapoler cette règle en posant la question : À qui profite l’enquête ?
Et allant encore plus loin dans l’extrapolation, se demander : À qui profite l’enquête sur l’enquête ?

Voilà, tout est dit suivant cette procédure interrogative.

Aujourd’hui j’ai envie d’être bavard.
Alors on peut continuer en se posant la question : À qui profite l’application des cinquante nuances de… non pas de gris…mais de morale politique. On m’excusera cet oxymore.

Mais je me souviens que Bayrou fut viré de son poste de ministre à la suite d’une enquête de conflits d’intérêts, non encore conclue d’ailleurs.
Question : À qui profitait l’ouverture d’une enquête entraînant la démission d’un ministre qui pouvait gêner, par des interventions médiatiques, un président jupitérien ?

Je constate que le même Bayrou est responsable d’une réflexion prospective capable d’orienter toute la politique industrielle de la France pour les vingt prochaines années. L’enquête de moralité précédente n’étant toujours pas conclue...
Question : À qui profite cette nomination à deux ans d’une élection présidentielle, dans laquelle le président va avoir besoin des électeurs de Bayrou dont il pouvait se passer précédemment ?

Et pour rester dans le juridique, à qui profite la valse de postes d’une magistrate qui en moins d’une semaine semble obtenir un poste près d’un ministre, abandonnant un autre poste prestigieux, pour constater être victime d’une journée de dupes qui restera dans l’histoire de la magistrature.

Patrice Charoulet

"DE C'PAYS"

Dans les débats radio /TV, je ne supporte plus d'entendre « de c'pays », au sens de « français ». Exemples : « la situation de c'pays », « l'économie de c'pays »…
Je n'ai jamais dit ça et je ne le dirai jamais.

Robert

Mais non, mais non, Monsieur Bilger, vous ne faites pas preuve de mauvais esprit ! Simplement d'un salutaire esprit critique.
Je relève ce passage de votre excellent billet :

"L'IGS concluait dans le même sens que le parquet compétent : rien à signaler, un processus normal.
Son rapport était d'autant moins surprenant qu'en réalité l'IGS n'avait pas été questionnée sur le seul point d'importance: pourquoi le condamné n'avait-il exécuté que 11 années sur les 18 édictées par la cour d'assises ? On aurait aimé être éclairé sur ce plan."

La conclusion à tirer est bien que c'est la loi, donc le législateur, donc aussi certains services de la Chancellerie qui préparent les projets de lois au nom du gouvernement qui sont en cause dans ce laxisme permanent et généralisé. Première question immédiate : relève-t-il des inspections générales de mettre en cause la loi ? Seconde question : n'est-ce pas le destinataire de ce type de rapports qui possède la clé de la modification de la loi et doit décider ?

Mais en France, décider dans l'intérêt général de la Nation et du peuple français n'est plus d'actualité lorsque règnent sans partage les minorités face à la majorité toujours trop silencieuse ou condamnée à "la fermer" comme on l'a vu avec le traitement réservé aux tout premiers Gilets jaunes. Pas à ceux des black blocs et autres antifas relevant de l'extrême gauche et pourtant si bien protégés par la bourgeoisie parisienne, donc nos gouvernants de gauche comme de droite...

Mais cela relève principalement de l'esprit général de nos dirigeants, surtout de gauche (mais la droite est aussi largement contaminée par cet esprit), qui considèrent que toute expression d'autorité relève du populisme, voire d'un esprit fascisant contre lequel nos braves antifa se mobilisent tant. C'est d'ailleurs aussi l'esprit qui anime la France insoumise... Voire l’Éducation nationale. Il suffit de constater qu'exiger une "tenue décente" à l'entrée d'un établissement relevant de ce ministère est un véritable abus d'autorité et inacceptable au regard de la liberté des adolescents qui sont censés s'y former !

Jérôme

Bonjour Philippe,

Je ne doute pas que, comme dans toute entreprise/profession, il y ait des effets "Radio moquette", des accointances, des non-dits officiels mais dits officieux.
Quant à se protéger, les institutions républicaines sont des championnes du monde, police, justice…
Je ne prendrai qu'un bout de votre billet pour dire que je suis toujours étonné que l'on s'étonne des problèmes générés par les récidivistes.
Moi qui ne suis pas un contempteur du droit de l'hommisme, je reste très interrogateur sur l'absurde des situations et j'aimerais savoir si cette absurdité relève de "l'inconscience" ou de la volonté.

Le violeur, je ne parle pas des petites racailles de cité dont la culture leur fait considérer qu'une femme est une "esclave" bonne à prendre si on le souhaite, est un "malade". Un type qui a des pulsions qui ne dépendent pas du manque mais de la maladie mentale.
On l'enferme.
Sans en faire grand-chose.
De toute évidence, l'enfermement simple, en prison, ne résoudra pas son problème.

La psychiatrie semble avoir des solutions "médicamenteuses" mais pas de solution "éducatives" pour la prise de conscience de l'individu, du moins en l'état actuel de la recherche. Je pourrais mettre à tout ça des guillemets, le sujet m'intéresse, mais je n'en suis pas un spécialiste.

En l'état actuel de la connaissance et des moyens que l'on met à disposition de la justice, psychiatrie… ne doit-on pas, même si l'on est un humaniste convaincu, partir du principe qu'il faudrait enfermer à vie quelqu'un dont la santé mentale est défaillante et pousse au viol ?

À cela les humanistes vont répondre que non, c'est un peu le propos de François Sureau, qui est très intéressant, qu'il faut faire le pari quasi religieux de la possible rédemption.
Mais est-ce humaniste pour les futures évidentes victimes, compte tenu du fait que l'on ne connaît pas de mécanismes de guérison ?

Par ailleurs, est-il bien raisonnable de mettre ce type d'individus en prison ?
Ne devrait-on pas mieux, je pousse l'absurde, les faire passer ad patres tant que l'on n'a pas trouvé le moyen de les guérir, si l'on considère qu'il faudrait les enfermer à vie et que ça coûte cher ?
Je précise que je n'y suis en rien favorable, je suis opposé à la peine de mort.

Il y a de la part du pouvoir, un peu comme dans le cas de notre épidémie de Covid, un côté petit père Queuille, il n'y a pas de problème qu'une absence de solutions ne puisse résoudre.
On sait que la prison n'y fait rien.
On ne met de moyens ni dans la prison ni dans la recherche qui permettrait, sans plus d'assurance, d'y comprendre quelque chose.
On fait ressortir des gars qui n'ont pas changé voire qui sont pires qu'en entrant en prison.
On table sur le fait qu'ils prendront, peut-être, les médicaments qu'on leur donne.
Et tout va très bien madame la marquise comme dit notre hôte.

Derrière il y a des événements comme celui dont il est sujet.
On se dit que le peuple va un peu gueul*r mais bon ça ne durera pas.
On accuse Pierre Paul Jacques de laxisme, de laisser sortir des malades encore malades.
Et on en profite, c'est là ou je rejoins totalement François Sureau, pour mettre dans la tête des gens que l'on pourrait de façon arbitraire faire perdurer une peine une fois qu'elle a été purgée.
C'est liberticide. Aujourd'hui les violeurs, demain les gauchistes ou les droitistes.

Dans ces cas précis, je préfèrerais de loin que les pseudo-humanistes, qui sont les mêmes qui proposeront des solutions liberticides, assument et disent : on ne sait pas résoudre, on enferme à vie.
C'est beaucoup plus honorable que de tortiller pour…

Solon

A-t-on le droit de faire l'éloge du mauvais esprit ?

Exilé

Derrière l'officiel, il y a l'officieux, la connivence de l'oralité sous l'affichage des rapports écrits, les coulisses derrière la scène.

En quelque sorte, il existe un gouffre entre la théorie et la pratique, et pas seulement en matière de justice, même si ce domaine sert de révélateur à plusieurs dérives.

Dans la France Potemkine, il y a d'un côté les grands principes républicains pompeux, claironnés et rabâchés à tout propos et hors de propos, et de l'autre leur réalité dans la vie quotidienne sous la forme de multiples transgressions, nous le constatons par exemple en ce qui concerne les entraves à la liberté d'expression, à la liberté de conscience, à la liberté du travail, les atteintes au droit de propriété, au droit à la sécurité, au principe de fraternité ou d'égalité, ou bien encore en ce qui concerne la pratique de la démocratie (liste non exhaustive).

Et quand on fait remarquer tous ces dévoiements, nous avons droit en réponse au petit sourire en coin des initiés cyniques signifiant à peu près : pauvre sot, tu n'as donc pas encore compris que ça se passe comme cela en France ?

Achille

« Son rapport était d'autant moins surprenant qu'en réalité l'IGS n'avait pas été questionnée sur le seul point d'importance: pourquoi le condamné n'avait-il exécuté que 11 années sur les 18 édictées par la cour d'assises ? On aurait aimé être éclairé sur ce plan. »

Et que pensez-vous que ce sinistre individu aurait fait après avoir purgé 18 années de prison au lieu de 11, à sa sortie de prison ? Exactement la même chose qu’après sa libération anticipée. Cela n’aurait eu pour effet que retarder l’échéance. En clair, la sécurité des citoyens n'est pas mieux protégée.

Le problème n’est pas là. Il est dans le suivi de ce genre de psychopathes dont la place est plus dans un hôpital psychiatrique où ils disposent d’une thérapie appropriée jusqu’à la rémission de leurs pulsions, si toutefois c’est possible, plutôt que dans une prison où ils constituent un danger également pour leurs codétenus et même le personnel pénitentiaire.

La prison ne devrait être destinée qu’aux criminels conscients de leurs actes. Pour les malades mentaux cela a autant d’effet qu’un emplâtre sur une jambe de bois.

Jean sans Terre

"Ai-je mauvais esprit ?"

Point du tout.
D'abord, la justice n'est pas un pouvoir, comme le sont le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif mais seulement une autorité. Si le pouvoir législatif existe en droit, il n'est que chimère en pratique. Ainsi, il n'est plus que le pouvoir exécutif qui préempte tout autre pouvoir.

L'article 64 de la Constitution en son premier alinéa énonce que « le Président de la République est garant de l'indépendance de l'autorité judiciaire ». Je n'ignore pas que les révisions de la Constitution de juillet 1993 et 2008 ont la réputation de garantir une indépendance théorique du CSM vis-à-vis du Président et du garde des Sceaux plus large et l'effectivité de cette indépendance. Mais, tout de même, les choses dans ce domaine sont sacrément absconses. Or comme dit le proverbe : "Quand c'est flou, c'est qu'il y a un loup" !

Si, comme dit dans le premier paragraphe, le pouvoir législatif n'existe pas vraiment et que l'effectivité de l'indépendance de l'autorité judiciaire est relative, cela fait beaucoup de choses qui reposent sur une tête si peu royale et bien née ! Il en faut de la confiance à notre niveau. C'est bien le problème. Il n'en est plus beaucoup qui ont encore cette confiance béate envers un président qui dispose de trop de pouvoirs. Et encore, j'affirme cela sans même évoquer le quatrième qui lui est tout dévolu.

Serge HIREL

Cher Philippe, j’ai également mauvais esprit... d’autant plus que la commission d’enquête parlementaire sur les obstacles à l’indépendance du pouvoir judiciaire, sans affirmer, il est vrai, que la procédure contre les époux Fillon avait été polluée par des interventions de la Chancellerie, a estimé que la situation actuelle des rapports entre parquet et exécutif étaient suffisamment ambiguë pour qu’elle propose des mesures d’éloignement, qui, elles, sont claires.

Les propos de Mme Houlette ont été un coup de tonnerre. Imaginons quel tremblement de terre aurait été un rapport du CSM confirmant les pressions... Inconcevable dans l’état actuel du pays. Dans cette histoire, cette instance, déjà critiquée pour ses manies corporatistes, est victime d’une lamentable pitrerie de Macron. La manœuvre n’avait aucune chance d’éteindre le feu.

F68.10

@ Monsieur Bilger

Je trouve cela plutôt sain d'avoir mauvais esprit quand on pratique des autopsies. Ce serait plutôt le faire en étant guilleret qui poserait problème, à mon sens.

Marc GHINSBERG

Non cher Philippe, si vous aviez mauvais esprit vous vous demanderiez qui a informé le Canard enchaîné sur l'affaire Penelope. Au lieu de cela vous préférez spéculer sur le rôle du pouvoir politique dans la partie judiciaire de l'affaire Fillon. La réponse à la question : "Qui a informé le Canard ?", pour le coup, pourrait être dérangeante.

Vérifiez votre commentaire

Aperçu de votre commentaire

Ceci est un essai. Votre commentaire n'a pas encore été déposé.

En cours...
Votre commentaire n'a pas été déposé. Type d'erreur:
Votre commentaire a été enregistré. Les commentaires sont modérés et ils n'apparaîtront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés. Poster un autre commentaire

Le code de confirmation que vous avez saisi ne correspond pas. Merci de recommencer.

Pour poster votre commentaire l'étape finale consiste à saisir exactement les lettres et chiffres que vous voyez sur l'image ci-dessous. Ceci permet de lutter contre les spams automatisés.

Difficile à lire? Voir un autre code.

En cours...

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Vos informations

(Le nom et l'adresse email sont obligatoires. L'adresse email ne sera pas affichée avec le commentaire.)

Ma Photo

MA CHAINE YOUTUBE

PRESSE, RADIO, TELEVISION & INTERNET

INSTITUT DE LA PAROLE

  • Formation à l'Institut de la parole
    Renseignements et inscriptions : [email protected]
  • L'Institut de la Parole propose des formations dans tous les domaines de l'expression et pour tous, au profane comme au professionnel de la parole publique. L'apprentissage et le perfectionnement s'attachent à l'appréhension psychologique de la personnalité et aux aptitudes techniques à développer. L’Institut de la Parole dispense des formations sur mesure et aussi, dans l’urgence, des formations liées à des interventions ponctuelles, notamment médiatiques. Magistrat honoraire, Philippe Bilger propose également des consultations judiciaires : conseils en stratégie et psychologie judiciaires.

MENTIONS LEGALES

  • Directeur de la publication : Philippe Bilger
    SixApart SA 104, avenue du Président Kennedy 75116 PARIS