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19 août 2022

Commentaires

F68.10

@ duvent
"Ainsi, vous pouvez trouver ce qui satisfait votre recherche dans les écrivains que vous appréciez et je peux dire sans leur enlever le talent que vous leur trouvez qu'ils sont sans intérêt ni talent. Dès lors, si je classe Despentes dans les « serpillières », comme Houellebecq dans les « pistolets urinoirs », le monde de la littérature ne va pas du tout s'en émouvoir, pour la raison illusoire qu'ils expriment merveilleusement bien des choses de leur temps... Un temps dont l'imaginaire est d'une pauvreté effrayante !"

Vous avez tout à fait le droit de haïr l'œuvre de Mme Despentes ou de M. Houellebecq. Et j'ai tout à fait le droit de défendre la valeur d'écrivains même et surtout quand je ne les apprécie pas. C'est ce que je fais face à vous au sujet, ici, de Mme Despentes, et j'expose en quoi son travail n'est pas sans valeur, même si ce travail vous déplaît.

Vous prétendez que le monde de la littérature ne va pas s'émouvoir de votre critique au Kärcher. Admettons. Il demeure que la vie intellectuelle et la vie des idées importent et que, non, ce genre de critiques n'est pas sans incidence. Votre propension que je trouve excessive à la critique ne constitue donc pas une non-affaire.

"Permettez-moi, alors, de vous répondre : BS [Boualem Sansal] est une mer*e sur pattes, son style dont vous dites qu'il est nul, et son talent narratif nul, doivent conduire à la damnatio memoriae, sur-le-champ !"

Non, Madame. Boualem Sansal n'est pas une "mer*e sur pattes". Je trouve son style mauvais et son talent narratif moindre que Despentes. Il demeure que M. Sansal déploie une partie substantielle de son temps et de son énergie à produire ces œuvres. Bien que l'effort consenti ne soit nullement une garantie de qualité, il convient tout d'abord d'en prendre la mesure avant de critiquer gratuitement. Ensuite, si, M. Sansal fait des livres avec des thèmes qui ne sont absolument pas neutres ou insipides, et qui font sens. La tentative d'assassinat sur Salman Rushdie montre bien que le type de livres à la Boualem Sansal ont un rôle essentiel à jouer. Qu'on n'aime pas la forme ne justifie pas qu'on nie l'existence du fond.

"Les héros sont partout, et nous voyons le chef de guerre ici, le chef de brigade là, avec une pince à épiler, qui dépose un poil végétal sur une crotte d'on ne sait quoi, et celle-ci est écrivain car elle distrait, et ici nous avons des « artistes », des « créateurs », « des musiciens », en un mot : des trous du c*l, qui vont donner un sens à la vie sans lustre de leurs tristes et stupides contemporains... Ô tempora, ô mores !"

Non. Ces gens se décarcassent pour créer. Sans eux, la culture n'existerait pas. Qu'on soit exigeant, soit. Mais pas au prix de cracher gratuitement sur les gens qui créent notre culture et notre civilisation à travers ce que leurs œuvres évoquent, critiquent, ou inspirent.

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@ Patrice Charoulet (@ duvent)
"Vous avez déclaré que vous n'étiez pas mon amie. Je vous l'accorde. J'ai répondu que vous pourriez me permettre de déclarer au moins que j'ai de l'estime pour vous, comme pour plusieurs d'ici. Ce jour, vous écrivez admirablement ceci : « Je classe Despentes dans les serpillières, comme Houellebecq dans les pistolets urinoirs. » Comment ne pas vous en estimer davantage encore ?"

Vous auriez craché sur Rabelais en son temps, Monsieur le professeur de français.

Bill Noir

Pénurie d'enseignants pour la rentrée. Tant qu'on ne manque pas d'élèves !

Patrice Charoulet

@ duvent

Chère Madame,

Vous avez déclaré que vous n'étiez pas mon amie. Je vous l'accorde. J'ai répondu que vous pourriez me permettre de déclarer au moins que j'ai de l'estime pour vous, comme pour plusieurs d'ici. Ce jour, vous écrivez admirablement ceci : « Je classe Despentes dans les serpillières, comme Houellebecq dans les pistolets urinoirs. » Comment ne pas vous en estimer davantage encore ?
Je diffuse très largement cette belle phrase dans divers endroits de la Toile, regrettant de ne pas pouvoir y joindre une signature comportant un vrai prénom et un vrai nom. Elle restera, très fâcheusement, anonyme.
Me permettrez-vous une remarque formelle ? Vos guillemets ne s'imposaient pas, puisque des guillemets impliquent que l'on n'assume pas un énoncé. Or, à mon humble avis, vous assumez parfaitement ces très bons énoncés que vous avez mis, pourtant, entre guillemets.

duvent

@ F68.10 | 22 août 2022 à 16:43

Tout d'abord et afin de ne pas se perdre en palabres inutiles, je précise que je ne cherche ni à vous convaincre, ni à vous empêcher d'aimer les écrivains que vous aimez.

Il m'amuse d'avoir à vous préciser ce qui est évident, car j'ai lu plus bas dans votre commentaire à ce triste sire de Bill Noir, ceci : « Les gens font tout pour trouver des stratégies intellectuelles et rhétoriques dont ils se convainquent eux-mêmes de la validité pour ne jamais avoir à discuter des présupposés fondamentaux qui vicient leur pensée. Ils bottent en touche, dévient, jouent la montre, se perdent en manœuvres visant à montrer qu'ils sont plus persécutés que les autres. C'est usuel. C'est la règle du jeu. ».

J'approuve ce que vous écrivez...
J'approuve et je m'étonne...

Si l'on doit échanger dans un but qui ne soit pas vain, il faudrait s'attacher à suivre « rem tene verba sequentur » !

Ainsi, vous pouvez trouver ce qui satisfait votre recherche dans les écrivains que vous appréciez et je peux dire sans leur enlever le talent que vous leur trouvez qu'ils sont sans intérêt ni talent.

Dès lors, si je classe Despentes dans les « serpillières », comme Houellebecq dans les « pistolets urinoirs », le monde de la littérature ne va pas du tout s'en émouvoir, pour la raison illusoire qu'ils expriment merveilleusement bien des choses de leur temps... Un temps dont l'imaginaire est d'une pauvreté effrayante !

J'espère que c'est par goût de la provocation que vous écrivez ceci :

« Mais voyez-vous... Boualem Sansal ? Son style est nul. Absolument nul. Son talent narratif est, je trouve, moindre que celui de Despentes. Ce n'est pas pour autant que ses bouquins ne valent pas le coup. »

Permettez-moi, alors, de vous répondre : BS est une mer*e sur pattes, son style dont vous dites qu'il est nul, et son talent narratif nul, doivent conduire à la damnatio memoriae, sur-le-champ !

Notre temps est assez faisandé pour permettre à des hommes de rien d'occuper une place qui ne leur revient nullement, ils l'occupent sans vergogne, avec une férocité et un appétit qui dégoûteraient une tripotée de marcassins.

Mais ce n'est pas le propre de la littérature, malheureusement partout où le regard se pose, la médiocre imposture est couronnée de lauriers !

Les héros sont partout, et nous voyons le chef de guerre ici, le chef de brigade là, avec une pince à épiler, qui dépose un poil végétal sur une crotte d'on ne sait quoi, et celle-ci est écrivain car elle distrait, et ici nous avons des « artistes », des « créateurs », « des musiciens », en un mot : des trous du c*l, qui vont donner un sens à la vie sans lustre de leurs tristes et stupides contemporains... Ô tempora, ô mores !

Bill Noir

Macron retourne en Algérie. Il aime. Nos pieds-noirs sont circonspects. Peut-être prononcera-t-il enfin au profit de ces braves gens la reconnaissance de la Nation comme il l'a fait pour nos harkis !

F68.10

@ duvent
"Pour répondre à 1 : Ma sœur n'a pas besoin de comprendre les écrivains que la presse encense, elle encense par esprit de brebis... Pour répondre à 2 : et vice versa !"

Je laisse de côté de votre sœur. Au sujet du "vice versa", je trouve quand même que les relations entre bonhommes sont de nature différente des relations entre nanas. Nettement moins intimes mais empreintes davantage de bonnes intentions, certes superficiellement. Il y a des attaques personnelles et jugements de valeur que les femmes se permettent bien davantage que les hommes, je trouve.

"Il me semble que se débarrasser de l'aspect du style et n'être pas échaudé par les thèses de l'écrivain, c'est problématique."

Je ne vois pas pourquoi. S'il y a du fond, le mauvais style ne peut le dissimuler. Et du fond, il y en a. Ensuite, qu'on soit d'accord sur le fond ou pas, ce n'est pas une excuse pour prétendre qu'il est sans intérêt: entre deux thèses ayant du fond, ce sera plus celle avec laquelle vous êtes en désaccord qui méritera votre attention.

Cela étant, qu'on aime ou n'aime pas le style de Virginie Despentes, je trouve qu'elle a quand même un talent pour faire rire des situations, et qu'elle sait parfaitement tisser la trame narrative d'une histoire. Qu'elle parsème ou pas son texte de gros mots et de choses pas très jolies du tout ne change strictement rien à ce constat.

"Cependant, je comprends ce que vous voulez dire, à moins que je ne comprenne rien à ce que voulez me faire discerner..."

J'espère avoir été plus explicite.

"Je ne serais pas facilement convaincue qu'une serpillière bien tissée est aussi intéressante qu'une tapisserie d'Aubusson."

Si vous vous intéressez au tissage, si, cela peut l'être. À titre d'exemple, ayant lu du Kenzaburō Ōe, j'ai trouvé ces textes parfaitement répugnants. Mais je ne peux que m'incliner devant l'auteur. De la même manière, je ne prends pas ombrage du caractère enfantin des textes d'une Selma Lagerlöf pour dénigrer son talent narratif plus qu'évident au prétexte que je ne serais plus un enfant. Même réflexion pour la science-fiction ou la "fantasy", pour faire écho à un débat plus récent avec M. Charoulet.

En même temps, je vous concède que je me trouve souvent un peu trop bon public.

"Despentes est une serpillière, elle a donc son utilité !"

Ayant écrit King Kong Théorie, elle a de toute évidence une utilité. Bien qu'étant un mec et pas vraiment "féministe", j'ai apprécié y lire un féminisme qui n'est pas un féminisme de la chouinerie ou un féminisme victimaire. J'ai bien plus de respect pour une femme qui pense ainsi que pour nombre d'autres. Mais peut-être est-ce là un tropisme de mec.

Moi, j'me marre bien quand je lis du Despentes. C'est un peu tout ce que je lui demande, au fond. Sa tirade sur la duplicité et la fatuité des psychiatres dans Bye Bye Blondie est une perle. À peu près aussi désopilante que celle du juge de Camus dans l'Étranger.

Mais voyez-vous... Boualem Sansal ? Son style est nul. Absolument nul. Son talent narratif est, je trouve, moindre que celui de Despentes. Ce n'est pas pour autant que ses bouquins ne valent pas le coup. Au contraire. Et si Boualem Sansal était un fondamentaliste qui tentait des arguments sensés dans ses romans sur le manque de morale en Occident, même s'il écrivait comme un cochon et avec un talent narratif pauvre, je serais contraint d'affirmer qu'il y a du fond. René Guénon, par exemple, c'est stylistiquement nul, parfois juste et souvent très faux, avec des thèses diamétralement opposées à ma personne, bien plus en ligne avec celles d'Aleksandr Dugin et de feu sa fille (qui en constituent même une dérive significative, je trouve). Il ne me viendrait pourtant pas à l'idée de dénigrer son statut d'écrivain. Pas plus que cela ne me viendrait à l'idée de dénigrer celui de Despentes.

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@ Bill Noir
"La richesse d'un blog provient de l'impossibilité de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit."

Ce n'est pas propre aux blogs: les gens font tout pour trouver des stratégies intellectuelles et rhétoriques dont ils se convainquent eux-mêmes de la validité pour ne jamais avoir à discuter des présupposés fondamentaux qui vicient leur pensée. Ils bottent en touche, dévient, jouent la montre, se perdent en manœuvres visant à montrer qu'ils sont plus persécutés que les autres. C'est usuel. C'est la règle du jeu.

Tant que la société trouvera légitimes ces stratégies d'immunisation à la critique, elle s'empêchera de réfléchir sur ce qu'elle croit vrai ou faux. C'est là un dogmatisme à la petite semaine, aussi puissant qu'il est diffus; un substitut aux aspects les plus réconfortants et les plus faux de la religion, au fond.

Si vous voulez une définition de l'élite intellectuelle, la voici: "les personnes qui refusent d'artificiellement immuniser leurs thèses de toute critique par divers stratagèmes rhétoriques et logiquement fallacieux."

Avec cette définition, vous allez vite faire le vide dans l'élite de notre pays. Mais cette définition recouvre néanmoins une réalité. Au Moyen Âge, c'est l'Église qui jouait, en interne, ce rôle. Nous avons tenté de démocratiser et d'ouvrir cette fonction depuis quelques siècles à travers les divers intellectuels, les diverses formes d'expertise et divers statuts universitaires, et le résultat n'en est pas des plus mirifiques: les gens continuent, y compris dans le monde intellectuel, de chercher à s'immuniser à toute critique de fond.

Mais je ne crois pas qu'il existe d'autres manières de procéder que cette démocratisation que nous avons tentée depuis quelques siècles.

Robert Marchenoir

@ Bill Noir | 22 août 2022 à 10:28
"La richesse d'un blog provient de l'impossibilité de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit."

Ce n'est vrai qu'en apparence. J'ai moi-même constaté l'évolution manifeste de certains blogueurs suite à mes arguments. De même que j'ai modifié radicalement mes points de vue suite aux analyses d'autrui.

Bill Noir

VANITY FAIR
La richesse d'un blog provient de l'impossibilité de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit.

Giuseppe

@ duvent | 21 août 2022 à 19:34

La fin de votre intervention est exceptionnelle, si si, vous reprenez les ballons dans la course et d'une main ! Chapeau !

Le même style, j'étais en culottes très courtes quand je les ai vu jouer de près:

https://www.ladepeche.fr/2021/08/25/les-freres-labazuy-casquette-et-ministre-9749648.php

À mon avis, régler le carburateur double-corps de la Simca 1500 de mon enfance, je n'aurais aucun mal à vous le confier.

duvent

@ F68.10 | 21 août 2022 à 01:07
« Si votre sœur est fan de Despentes et vous intime de n'utiliser que des mots jolis dans la bouche d'une femme, il me vient deux réflexions: 1. pas sûr que votre sœur ait bien compris le propos de Despentes 2. les hommes n'ont même pas besoin d'infantiliser les femmes car les femmes s'en chargent très bien toutes seules... »

Pour répondre à 1 : Ma sœur n'a pas besoin de comprendre les écrivains que la presse encense, elle encense par esprit de brebis...
Pour répondre à 2 : et vice versa !

Mais pour cette partie de votre propos :
« ...une fois qu'on se débarrasse de l'aspect direct et cru du style et qu'on n'est pas trop politiquement échaudé par ses thèses sur la nature des relations entre les sexes... »

Il me semble que se débarrasser de l'aspect du style et n'être pas échaudé pas les thèses de l'écrivain, c'est problématique. Cependant, je comprends ce que vous voulez dire, à moins que je ne comprenne rien à ce que voulez me faire discerner...

Pour faire une analogie singulière, je peux reconnaître la technique du tissage dans une serpillière, je peux même distinguer la trame du fil, et apprécier à sa juste valeur la navette mais il demeurera que je ne serais pas facilement convaincue qu'une serpillière bien tissée est aussi intéressante qu'une tapisserie d'Aubusson.

Despentes est une serpillière, elle a donc son utilité !

Serge HIREL

Certains conçoivent la vie comme un long fleuve tranquille, du berceau à la mort, sans aspérités, sans remous, sans surprises... sans passion. Les uns, cultivant la respectabilité, en se fondant dans le moule d’une société qui impose un parcours vertueux, du diplôme à la Légion d’honneur, du CAP à la retraite de chef d’atelier, de la drague du samedi soir à l’art d’être grand-père, d’autres, préférant une notoriété malsaine, en grimpant les échelons de la délinquance, du larcin aux assises... Parcours dissemblables certes, mais finalement proches dans leur médiocrité rassurante. Les uns et les autres pensent maîtriser leur destin, ne pas subir leur sort, être libres... La société est sans pitié. Finalement, elle les façonne, les soumet, les broie.

Moins nombreux sont ceux qui, au calme trompeur du lac, préfèrent approcher le torrent, bifurquer sur un sentier pentu, rompre soudainement avec l’acquis. Sans calcul, par goût de l’inconnu, de la découverte, du risque, parfois de la provocation. Oublions ceux qui, tels ces citadins qui, un soir d’été, décident de tout plaquer pour se faire berger dans le Larzac, obéissent en fait à la forme la plus pernicieuse du conformisme. Ceux-là, tôt ou tard, se plaindront du chant du coq...

Les autres, eux, ceux qui choisissent vraiment de défier l’avenir, de jeter l’habitude aux orties, parfois de tutoyer l’abime, possèdent un bien précieux : la passion de réussir sa vie. Celle qu’il n’avait même pas imaginée, ni même désirée, celle devenue leur Everest au hasard d’une rencontre, d’un regard, d’une amitié... Une telle passion ne meurt pas, s’impose au quotidien sans jamais le ternir de redites étouffantes. Passion de connaître, d’aimer, de servir. Passion pour l’autre, passion aussi de la plénitude personnelle. Non pour paraître... Simplement pour, au soir de la vie, disparaître avec le sentiment qu’elle fut fructueuse, heureuse, utile...

Blondin était de ceux-là, son ami Nimier aussi... et bien d’autres au fil des générations, qui se sont retirés dans l’anonymat qu’ils avaient recherché, mais ne méritaient pas, tant ces passionnés, tels nos Révolutionnaires, sont indispensables à la société. Ils la font progresser, la bousculent, mais la rendent meilleure, plus humaine, probablement plus juste. Les autres, ceux qui se complaisent sur la voie tracée, se contentent d’en profiter... sans se rendre compte qu’ils ne sont que ses jouets...

Giuseppe

@ duvent | 20 août 2022 à 20:29

La réponse de Gérard Biard à un message qui lui était adressé dans le dernier Charlie est sans doute fortuite, il traite du même sujet.
Ceci dit, se purger fait aussi du bien.

Aliocha

PHÈDRE.

Ariane, ma sœur ! de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée !

https://fr.wikisource.org/wiki/Page:Racine_-_%C5%92uvres,_Didot,_1854.djvu/257

Amoureuse qui inspire l'amour, sur la pente des pentes rejoindrait-on la fille de Minos et de Pasiphaé ?

...Quand ma bouche implorait le nom de la déesse,
J’adorais Hippolyte ; et, le voyant sans cesse,
Même au pied des autels que je faisais fumer,
J’offrais tout à ce dieu que je n’osais nommer.
Je l’évitais partout. Ô comble de misère !
Mes yeux le retrouvaient dans les traits de son père.
Contre moi-même enfin j’osai me révolter :
J’excitai mon courage à le persécuter.
Pour bannir l’ennemi dont j’étais idolâtre,
J’affectai les chagrins d’une injuste marâtre ;
Je pressai son exil ; et mes cris éternels
L’arrachèrent du sein et des bras paternels.
Je respirais, Œnone ; et, depuis son absence,
Mes jours moins agités coulaient dans l’innocence :
Soumise à mon époux, et cachant mes ennuis,
De son fatal hymen je cultivais les fruits.
Vaines précautions ! Cruelle destinée !
Par mon époux lui-même à Trézène amenée,
J’ai revu l’ennemi que j’avais éloigné :
Ma blessure trop vive aussitôt a saigné.
Ce n’est plus une ardeur dans mes veines cachée :
C’est Vénus tout entière à sa proie attachée.

Ibid

La passion ainsi saurait mener aux chemins véritables de la victoire paisible qui mène d’Éros à Agapé :

"Et que celui qui n’a pas encore entendu la merveilleuse ouverture de Tannhäuser ne se figure pas ici un chant d’amoureux vulgaires, essayant de tuer le temps sous les tonnelles, les accents d’une troupe enivrée jetant à Dieu son défi dans la langue d’Horace. Il s’agit d’autre chose, à la fois plus vrai et plus sinistre. Langueurs, délices mêlées de fièvre et coupées d’angoisses, retours incessants vers une volupté qui promet d’éteindre, mais n’éteint jamais la soif ; palpitations furieuses du cœur et des sens, ordres impérieux de la chair, tout le dictionnaire des onomatopées de l’amour se fait entendre ici. Enfin le thème religieux reprend peu à peu son empire, lentement, par gradations, et absorbe l’autre dans une victoire paisible, glorieuse comme celle de l’être irrésistible sur l’être maladif et désordonné, de saint Michel sur Lucifer. "

https://fr.wikisource.org/wiki/L%E2%80%99Art_romantique/Richard_Wagner_et_Tannh%C3%A4user_%C3%A0_Paris

Michel Deluré

@ sbriglia 20/08/22 21:16
« Mon second degré aurait-il été mal compris ? »

Ma réponse aurait-elle été tout autant mal interprétée ?

F68.10

@ duvent
"Despentes et ma sœur ont en partage une chose que j'ignore et que je ne comprends pas. Cette chose écœurante est à la mode dernièrement, elle vient monter brique à brique un mur entre ce que j'aime le plus, « les hommes », et ce qui m'indiffère le plus, « les femmes »."

Pas exactement, non.

Je suis un mec. J'ai lu du Despentes. Je n'ai pas senti qu'elle cherchait à ériger un mur. Plutôt l'inverse en fait, une fois qu'on se débarrasse de l'aspect direct et cru du style et qu'on n'est pas trop politiquement échaudé par ses thèses sur la nature des relations entre les sexes.

Et puis, si elle n'est pas tendre avec les hommes, elle n'est pas non plus d'une tendresse à toute épreuve avec les femmes:

"Entre la féminité telle que vendue dans les magazines et celle de la pute, la nuance m'échappe toujours. Et, bien qu'elles ne donnent pas clairement leurs tarifs, j'ai l'impression d'avoir connu beaucoup de putes, depuis. Beaucoup de femmes que le sexe n'intéresse pas mais qui savent en tirer profit. Qui couchent avec des hommes vieux, laids, chiants, déprimants de connerie, mais puissants socialement. Qui les épousent et se battent pour avoir le maximum au moment du divorce. Qui trouvent normal d'être entretenues, emmenées en voyage, gâtées. Qui voient même ça comme une réussite.
C'est triste d'entendre des femmes parler d'amour comme d'un contrat économique implicite." -- Virginie Despentes, King Kong Theorie.

On croirait même lire du Wil, du temps où il intervenait sur ce blog.

"Elle [votre sœur] me dit, devant nos vieux de la vieille, que je ne devrais pas utiliser de mots orduriers, comme « couilles », et « merde », que ce n'est pas joli dans la bouche d'une femme, et dans la seconde qui suit m'assigne le rôle d'amazone..."

Despentes a écrit "Les jolies choses" car, après "Baise-moi", un critique lui a dit qu'une femme devait écrire... "des jolies choses".

Si votre sœur est fan de Despentes et vous intime de n'utiliser que des mots jolis dans la bouche d'une femme, il me vient deux réflexions: 1. pas sûr que votre sœur ait bien compris le propos de Despentes 2. les hommes n'ont même pas besoin d'infantiliser les femmes car les femmes s'en chargent très bien toutes seules...

Bref.

sbriglia

@ Michel Deluré | 20 août 2022 à 17:14

Mon second degré aurait-il été mal compris ?

duvent

Erga omnes !

Hégésippe, en voilà un qui valait le détour !

Je lis qu'une que je ne lis pas, a écrit « Baise-moi ! »
Je pourrais, si j'étais un garçon, répondre : « Si je veux très chère, et présentement j'ai autre chose à faire de plus intéressant ! »

Ce genre de personne peut bien être un écrivain, qui s'en plaindrait ?
Pas moi, qui ne la connais pas...

Mais enfin, peut-on s'attarder sur cette littérature ?
Non !
Je n'aime pas l'impératif ! J'aime beaucoup le conditionnel, et plus encore le passé antérieur...

Donc, s'il faut dire une chose utile et agréable, je dirais que genau est fondé.

Pour éclairer ce point, je donnerai une illustration de ce qu'un ordre peut construire de désordre... (Avant que j'oublie, je salue Hope et Marc au passage.)

L'ordre est une pure saloperie, cette pure ordurerie, je la rencontre régulièrement dans les récriminations de ma sœur, qui est une pure conne...

Comment s'y prend-elle ? De la même façon que la plupart qui trouve à redire quand on donne son avis sur tel ou tel sujet...

Genau nous dit une chose qui me paraît facile à saisir, que je saisis super bien, mais qui est semble-t-il insaisissable...

Dès lors, je viens apporter, sans qu'il ne le souhaite, de l'eau à son moulin qui n'en a pas besoin, et pour cette audace, genau ne me tiendra pas rigueur...

Despentes et ma sœur ont en partage une chose que j'ignore et que je ne comprends pas. Cette chose écœurante est à la mode dernièrement, elle vient monter brique à brique un mur entre ce que j'aime le plus, « les hommes », et ce qui m'indiffère le plus, « les femmes ».

Vous allez me dire que je me tire une balle dans le pied, et je vous dirais que j'aime mieux boiter qu'être du même bord que ma sœur, cette connasse qui a un avis sur tout, et une idée définitive sur le monde, la vie, les hommes, les enfants, les femmes, et tout le bataclan...

Moi, je m'en tamponne mollement le coquillard !

Elle me dit, devant nos vieux de la vieille, que je ne devrais pas utiliser de mots orduriers, comme « couilles », et « merde », que ce n'est pas joli dans la bouche d'une femme, et dans la seconde qui suit m'assigne le rôle d'amazone...

Moi qui suis une conne de première, je souhaite dire des grossièretés, je souhaite aussi me fondre et me confondre avec celui que je ne serai jamais...

Pendant ce temps, ma sœur hors d'elle, vérifie que ses bijoux sont toujours à la même place, et furieuse elle passe sa main sur ses oreilles, son cou décharné, ses poignets arthritiques. Quelle pouffiasse ! Elle adore « Baise-moi ! » de Despentes et des couleurs on ne discute pas...

F68.10

@ genau
"Hégésippe Simon méritait aussi sa place d'écrivain, le connaissons-nous pour autant ?"

...Hégésippe Simon...

Michel Deluré

@ sbriglia 19/08/22 15:56
« Combien Blondin aurait apprécié de rencontrer Patrice Charoulet ! »

Eût-il fallu pour cela que Patrice Charoulet prenne son bâton de pèlerin et se rende bien loin de ses terres, au village de Salas, près de Linards, et, le but atteint, se plie à l'épreuve initiatique consistant à partager quelques indispensables « verres de contact » au goût plus anisé que la seule eau de source des montagnes dont s'abreuve notre ami, pour être accepté dans le cercle des intimes d'Antoine Blondin.
Reconnaissez, sbriglia, que de telles conditions rendaient alors très hypothétique une telle rencontre !

genau

Erga omnes

Je n'ai pas dit que Virginie Despentes me déplaisait, car je ne saurais pratiquer l'exclusion à partir de données personnelles non justifiées. J'ai rapporté, c'est tout. Le titre de l'opus me paraît "en soi", sans intérêt, mais ce n'est qu'un titre. Hégésippe Simon méritait aussi sa place d'écrivain, le connaissons-nous pour autant ? Et je tiens beaucoup à Hégésippe Simon comme au coucher de soleil sur l'Adriatique. Mille grâces

Bill Noir

Ah les Hussards, une troupe de drouache (comme dit l'autre) qui n'est jamais rentrée dans mon petit théâtre, des gens qui n'ont pas compris grand-chose à l'avant-guerre... pas plus qu'à l'après-guerre. Un moment en creux dans l'espace littéraire français qui déboucha sur le « nouveau roman »… c'est dire !
Aujourd'hui Virginie Despentes… ça glisse encore plus bas… révélée par son roman « Baise-moi »… non merci !

F68.10

@ genau
"Du dernier livre de Virginie Despentes, "Cher connard", qu'on analyse pour l'instant en un torrent de fadaises de l'hyperconformisme pseudo-révolutionnaire."

Je ne vois pas le conformisme chez Virginie Despentes. Et elle n'est pas plus révolutionnaire que le gauchiste français typique.
Ses ouvrages remplissent la fonction qu'elle s'est assignée. Elle mérite sa place en tant qu'écrivaine.

Un auteur n'est pas mauvais du simple fait qu'il vous déplaît.

Ce que je ne comprends par contre pas, c'est pourquoi nous idolâtrons les écrivains ainsi, en France. Pourquoi nous suivons et disséquons leurs moindres faits et gestes comme s'ils étaient président de la République.

genau

Il me semble, mais on me corrigera, que Madame Simone disait, dans une émission brillante de radio, quelque chose comme: "Les génies maudits ne le sont pas parce qu'ils sont maudits mais parce qu'ils sont géniaux". On peut remplacer génies par comédiens ou artistes.

Ceux qui ont quelque chose qui les pousse à s'utiliser d'une certaine façon, par déformation progressive, soit par le succès qu'ils rencontrent sous cet habillage, soit encore par désintérêt envers le "pecus", ou autres choses, arrivent à faire passer une attitude banale ou déviante pour un comportement ayant du sens. Le calembour ou la saillie sont le masque, du moins le pensè-je, de ce qu'ils dédaignent de développer.

Il me revient à l'esprit un article où Madame Sagan disait qu'elle possédait une Jaguar qu'elle aimait conduire pieds nus. Ça n'a aucun sens, c'est très dangereux pour les autres et les six ou douze cylindres ne ronronnent pas dans les arpions. Mais ça pose.

En revanche, la provocation littéraire, culturelle proprement dite, a une portée autre, sur un éventail polychrome. Du dernier livre de Virginie Despentes, "Cher connard", qu'on analyse pour l'instant en un torrent de fadaises de l'hyperconformisme pseudo-révolutionnaire, et dont j'ai lu quelques morceaux choisis, qui ne fait pas partie de la désinvolture d'un Blondin, mais de la pesante langueur d'un congrès du parti communiste chinois, "debout" "assis" "silence" "applaudir" mais à la sauce "la mienne est plus grosse que la tienne", jusqu'à l'élégant envol (oui, je le reconnais, la phrase est longue et complexe, mais je n'ai pas de génie) de Madame Simone qui révèle des dessous sobres sous un jupon affriolant.

Lodi

L'alcool est un peu comme le philtre que boit le héros dans L'étrange cas du Dr Jekyll et de Mr Hyde : il révèle.
Pas toujours, mais souvent... Il décèle si quelqu'un a une nature addictive : dans ce cas, mieux vaut s'abstenir. Il montre sinon, quelque chose de quelqu'un : agressivité, maîtrise, rêve, fraternité, car on parle d'agressivité, mais certains sont amis de tout le monde après avoir bu.
Meilleurs que dans la vie courante.

Ces aspects ont été bien mis en valeur par Chaplin dans Les Lumières de la ville. Notre héros sauve le dépressif et fêtard d'un suicide, il est donc invité, et il peut envisager de lui demander de l'argent pour rendre la vue à l'aveugle qu'il aime.
Hélas ! Sobre, il ne le reconnaît pas plus qu'il ne se montre généreux ! L'un des ressorts comique et tragique du film tient dans ce contraste. Mais comme on est dans Charlot, happy end.

Par parenthèse, on peut remercier les créateurs nous en offrant, surtout quand cette issue n'est pas trop tirée par les cheveux.
Hélas ! Certains croient qu'il en va de même dans la vie... Je soupçonne que la Providence et autres idées finalistes sont la transposition dans la religion de ce qui a plu dans la fiction.
La fiction, c'est toujours une histoire comme si, même si elle ne s’énonce pas ainsi. Elle ouvre l'esprit quand la religion le ferme par la répétition des rites et des dogmes. Le conte suspend l'incrédulité, la religion commet des attentats, l'une ouvre à la liberté, l'autre est si liberticide qu'il faut la surveiller comme le lait sur le feu sauf qu'elle ne nourrit que de mirages empoisonnés.

Et le vin, lui, ne raconte pas votre histoire, il montre celle de la terre, du ciel et des Hommes, et peut vous exposer si vous n'avez pas la maîtrise de ses débordements.
Il est entre la religion et l'histoire : il peut libérer, il peut enchaîner, cela dépend de la nature de chaque personne et de son usage de la boisson. Certaines religions l'ont promu car pouvant mettre en transe, il est lié au sacré, d'autres l'ont interdit pour la même raison.
Cela se voit aussi dans des débats plus laïcs... Moi, sans surprise, je suis pour la liberté, et de laisser boire, et de ne pas y pousser celui à qui cela ne dit rien. Position ô combien cohérente ! Ni pour la nourriture, ni pour le sexe, et rien d'autre ne me vient à l'esprit pour l'heure, je ne vois pas pourquoi interdire ou obliger quelqu'un tant qu'il ne s'en prend pas à la liberté des autres.

Le vin ne raconte pas d'histoire, mais il inspire des histoires : les conteurs seraient souvent bien malheureux sans lui ! Que ces ingrats de prohibitionnistes y pensent avant de l'interdire. Mais il n'y a pas que des conteurs, dans la vie, et des auditeurs, tout le monde peut se faire sa sphère de rêve par un livre, mais aussi par la musique, l'alcool et autres choses semblables.
Interdire l'alcool comme d'ailleurs on l'a fait pour l'opium pas plus dangereux, mais passons, c'est rétrécir l'horizon du rêve possible. Combien de rêves assassinés ? Impossible de le savoir, mais sans doute plus que de vagues dans l'océan.
Ci-gît les rêves du monde.

Savonarole

C’est vraiment le mois d’août ici, et en noir et blanc, un pochtron devenu idole des bons mots et des courses cyclistes, le sport le plus nul après le foot. Misère.
On ne compte plus en France le nombre de sommités totalement inconnues à une heure de vol de Paris.
Cessons de nous regarder le nombril.
Voyez Jean Anouilh qui avec ses pièces de théâtre a fait le tour du monde, Peter O’Toole, Richard Burton ont interprété ses pièces, on nous sert aujourd’hui un plat refroidi d’un demi-sel de bistrot. Parlez-en à vos enfants, moi pas connaître…

Patrice Charoulet

@ duvent 19 août 14h01

Madame,

Vous déclarez ne pas être mon amie. Je vous ai répondu que je vous estimais. Mon estime ne cesse pas. Dans ce nouveau texte, vous dites notamment avoir entendu la nuit d'avant ceci :
« Vas-y Patrick ! Pète-lui la gueule à cette salope !
Elle est où ? Elle est où ? Connaaaaassse ! Viens ici !
Vas-y Patrick ! Elle est derrière la bagnole !
Viens ici, ch'te dis ! Viens ici, putain que je t'écrive sur la figure un poème ! »
Vous conjecturez que ces propos ont été tenus sous l'empire d'une boisson alcoolisée.

Seul, triste et pitoyable buveur d'eau de ce blog, en butte à des plaisanteries périodiques d'une vingtaine de confrères, compte non tenu de tous ceux qui n'ont rien dit mais n'en pensent pas moins, je trouve bien téméraire votre supposition. Je reconnais tout à fait ce que je pourrais dire, un soir de colère, après avoir ingurgité follement mon litron d'eau de source de montagne. J'ajoute que l'humanité dont il s'agit me paraît être du meilleur monde, celui dont je raffole.

Marc Ghinsberg

@ duvent

Mieux que Blondin !

sbriglia

@ caroff

On disait aussi de lui que c’était le seul homme qui soufflait sur son gâteau d’anniversaire pour allumer les bougies…

sbriglia

Combien Blondin aurait apprécié de rencontrer Patrice Charoulet !

Du vice, oui, mais de la tenue…

Giuseppe

D'ailleurs, pendant ma partie de manivelles, je pensais que je ne pourrais que conseiller à notre imposteur national - Malraux raté - de relire Antoine Blondin.
Les récits de notre philosophe mondain et creux, ses positions, ses pensées, auraient au moins l'odeur de la poussière, de la gorge sèche, de la vérité, et non pas celle des hôtels pour philosophe de pacotille, sous effluves artificielles au travers de diffuseurs dans des pièces ouatées.
Il se reconnaîtra notre psittaciste qu'il est devenu, à force de fouler les tapis et soirées loin de tout, loin du vrai, mais très loin.

duvent

Je ne devrais pas intervenir sur ce billet, et je dirais même mieux, je devrais me taire...

Pourtant, ce que j'ai à déclarer n'est pas inintéressant, enfin, pas aussi inintéressant qu'il n'y paraît...

Avant tout, je dois dire que je n'ai pas lu Blondin, je peux donc en dire le meilleur, et pour ce faire je vais m'appuyer sur l'extrait donné par Giuseppe.

« Le goût de la nuit où les différences s’estompent, où les conflits se résolvent dans l’anonymat des bistrots… La nuit ce n’est pas seulement la rue, la marche dans le noir, la fuite devant la panique d’avoir à ranger sa vie dans une boîte, ne serait-ce que durant quelques heures (ah ! la vie rangée…), c’est aussi la lumière de rencontres, les sociétés soudaines qui s’improvisent autour des comptoirs… » (Alcools de nuit)

Il faut sortir du couvent des oiseaux pour gober une ânerie selon laquelle « les conflits se résolvent dans l'anonymat des bistrots », quel mensonge éhonté !

La nuit, dans les bistrots, se regroupent les plus égarés des êtres, ils sont égarés mais aussi remplis d'amertume.

Malgré la vinasse, l’alcool, la couleur verte de l'absinthe, oui malgré ce vert scintillant et tendre, malgré le noir de la nuit, malgré tout, reste collé à leur derrière ce chien galeux, oui, leur désespoir, il est là présent, le sourire aux lèvres pendantes et écumeuses, comme le nez au milieu de la figure !

La nuit, dans les bistrots, les odeurs âcres pénètrent dans les narines et brûlent ce qui reste de dignité, de respect de soi.

La nuit alcoolisée, dans les bistrots, la vue se trouble avant même d'avoir assez bu, elle se trouble pour permettre à l'homoncule dans son froc trop large, et à la pétasse dans sa robe trop étroite, de sourire à l'inconnu dont la splendeur n'a d'égal que l'ignoble mensonge qu'est sa vie.

Cet inconnu de la nuit, lorsque l'alcool aura fait son œuvre, prendra l'apparence du beau et du pur, mais oui du beau et du pur !

Ce beau et ce pur sans existence, va permettre de hurler toute sa haine à la tête de celui inquiet qui est resté dans le lit froid, les yeux grands ouverts sur le vide, imaginant dans les ombres du plafond tous les accidents affreux que l'autre là-bas, avec ses amis de bamboche, couvre du rire bruyant de l'insensible et suintant ego !

Il va, l'égaré, chercher ailleurs, dans le dérangement de la nuit, qui elle aussi est bien rangée, sans qu'il le sache, sa vengeance... Il se venge de l'autre, et il veut une chose contraire à son désir, une chose que cet autre ne peut porter, ni voir, ni aimer, ni pardonner.

La nuit, dans les bistrots, il y a des alcoolos, des soûlots, des boit-sans-soif...

Celui que j'ai entendu cette nuit au bord de la mer disait dans la langue pâteuse, de sa voix de théâtre :

- Vas-y Patrick ! Pète-lui la gueule à cette salope !
Elle est où ? Elle est où ? Connaaaaassse ! Viens ici !
Vas-y Patrick ! Elle est derrière la bagnole !
Viens ici, ch'te dis ! Viens ici, putain que je t'écrive sur la figure un poème !

La nuit, c'est comme le jour, il suffit d'ouvrir les yeux pour le voir !
Buvons le jour ! Pour qu'il soit le témoin de nos faiblesses, pour qu'à cette lumière pure on ne puisse pas se cacher la vérité sur nous-même...

caroff

"Antoine Blondin, derrière son style éblouissant, ses mots d'esprit et ses calembours subtils, offre une véritable philosophie de la vie..." (PB)

Un de mes amis octogénaire l'a très bien connu durant plus de trente ans alors qu'AB habitait Quai Voltaire.

Il a rassemblé en une vingtaine de pages ses souvenirs de beuverie et d'amitié avec lui sans oublier ses aphorismes talentueux:

Au journaliste Michel Droit qu’il croise au stade de Colombes : "Alors, con : toujours aussi droit ?"
Et à son ami Albert Vidalie lui annonçant qu’il venait de subir une gastrectomie : "De toute façon, t’as jamais eu d’estomac !"
Un autre également amusant: dans une carte postale de Mont-de-Marsan où Antoine faisait la fête en compagnie des frères Boniface "Je viendrais bien te voir si je n’étais hélas retenu par mes Basques."

Blondin, un homme qu'on regrette de ne pas avoir connu !

Florestan68

Cher Philippe Bilger,

En cette mi-août, décidément votre plume, reflet d'une âme en effervescence, se veut résolument romantique.

Elle s'élève vers le ciel de tous les possibles ; elle atteint - pardon de me répéter - des sommets enivrants et régénérants ; elle retrouve une fraîche jeunesse : probablement l'air d'Annecy et de son lac, ou celui du Bourget où le temps reste suspendu.

Je ne peux que vous rejoindre sur les pratiques ostentatoires et narcissiques qui permettraient de se sublimer.

Elles se manifestent notamment par la mise en scène continue de sa personne et de sa progéniture : pas un plongeon dans la piscine sans que le parent ne filme la scène, pas un col atteint à bicyclette sans l'obligatoire selfie diffusé immédiatement sur les réseaux sociaux (devenu désormais déversoir de son pipicacadodo).

À ces pratiques, j'ajouterai le bruit, élément indispensable pour combler le vide d'une réflexion tarie par 40 années de déculturation : pas un joggeur sans oreillettes, pas une simple fête de village sans basses assourdissantes. Et même plus une cathédrale sans musique religieuse de fond.

Dans ces conditions, comment voulez-vous que l'âme exulte ?

Bien à vous.

P.-S.: je déplore une fois encore l'organisation des commentaires de ce blog, qui fait la part trop belle aux commentaires sur les commentaires, décourageant le lecteur de lire ceux qui concernent directement votre propos, qui est après tout le sujet qui nous intéresse. L'organisation des commentaires du Figaro (où l'on peut d'un clic consulter les réactions à un commentaire) me semble plus rationnelle.

hameau dans les nuages

Un bien beau billet.

Achille

Joli marronnier de l’été que nous offre Philippe Bilger en ce mois d’août caniculaire.
Voilà qui devrait apaiser, au moins pour un temps, les esprits échauffés de ce blog.

D’Antoine Blondin je ne connais pas grand-chose. J’ai regardé, comme sans doute tout le monde ici, le film d’Henri Verneuil "Un singe en hiver" avec les deux monstres sacrés du cinéma des années soixante, Jean Gabin et J-P Belmondo et ça s’arrête là.
Je sais aussi que c’était un fan de cyclisme et qu'il avait tendance à se laisser aller à la boisson.
Mais les écrivains et artistes alcooliques sont loin d’être des exceptions. Ernest Hemingway, Serge Gainsbourg et quelques autres étaient de vrais pochtrons et ils nous ont laissé des œuvres admirables dont l’inspiration provenait souvent de l’alcool…

Giuseppe

« Le goût de la nuit où les différences s’estompent, où les conflits se résolvent dans l’anonymat des bistrots… La nuit ce n’est pas seulement la rue, la marche dans le noir, la fuite devant la panique d’avoir à ranger sa vie dans une boîte, ne serait-ce que durant quelques heures (ah ! la vie rangée…), c’est aussi la lumière de rencontres, les sociétés soudaines qui s’improvisent autour des comptoirs… » (Alcools de nuit)

Un grand philosophe, Antoine Blondin.

Herman Kerhost

@ Marcel | 19 août 2022 à 08:24
"Autrement dit, la cuite triste et le vin mesquin."

Non, vous vous trompez. Pas du tout. Chacun son style, dans la tenue. Le poivrot qui titube peut aussi avoir de l'allure. C'est dans la tristesse que ça déraille souvent...

Aliocha

Les sœurs Semtob seraient encore parmi nous qu'elles rappelleraient au romantisme adolescent de notre hôte les mannes de Denis de Rougemont :

"Le désir triangulaire est un. On part de Don Quichotte et l’on aboutit à Pavel Pavlovitch. Ou l’on part de Tristan et Iseult, comme le fait Denis de Rougemont dans L’Amour et l’Occident, et l’on aboutit bien vite à cette « psychologie de la jalousie qui envahit nos analyses ». En définissant cette psychologie comme une « profanation du mythe » qui s’incarne dans le poème de Tristan, Rougemont reconnaît, explicitement, le lien qui unit les formes les plus « nobles » de la passion à la jalousie morbide, telle que nous la décrivent un Proust et un Dostoïevski : « Jalousie désirée, provoquée, sournoisement favorisée », observe très justement Rougemont : « On en vient à désirer que l’être aimé soit infidèle, pour qu’on puisse de nouveau le poursuivre et “ressentir l’amour en soi” ».

On n'aimera passionnément que ce qui nous échappe, et le rival ennemi, selon Proust, est notre bienfaiteur, car il ravive les flammes de la passion :

"La passion romantique est donc exactement l’inverse de ce qu’elle prétend être. Elle n’est pas abandon à l’Autre mais guerre implacable que se font deux vanités rivales. L’amour égoïste de Tristan et Iseult, premiers héros romantiques, annonce un avenir de discorde. Denis de Rougemont analyse le mythe avec une rigueur extrême et parvient à la vérité que cache le poète : la vérité des romanciers. Tristan et Iseult « s’entr’aiment, mais chacun n’aime l’autre qu’à partir de soi, non de l’autre. Leur malheur prend ainsi sa source dans une fausse réciprocité, masque d’un double narcissisme. À tel point qu’à certains moments, on sent percer dans l’excès de leur passion une espèce de haine de l’aimé » ."

Mensonge romantique et vérité romanesque, René Girard.

C'est effectivement à se perdre à la hussarde quand on se rend compte que soi n'est qu'un miroir de l'autre, que, sans modèle divin, les hommes deviennent des dieux les uns pour les autres, que les brûlures de la passion permettent d'accéder à la révélation de l'infini.

https://journals.openedition.org/edl/1880#tocto1n2

https://www.unige.ch/rougemont/medias/paroles-damis-et-dexperts/henri-guillemin-parle-de-lamour-et-loccident-1968-2

Kardaillac

@ Vamonos

Nous sommes encore nombreux à être passés par ce tunnel du travail long de dix heures où rien ne pouvait pousser hormis les soucis professionnels, les remontrances données et reçues, et une immense lassitude sous la douche vespérale. Qui avait le temps d'entrer dans un roman ?

Tipaza

Une bien agréable leçon de philosophie sur l'art de vivre, en conservant un enthousiasme juvénile, si tant est que l'enthousiasme et le goût de la vie soient des privilèges de la jeunesse.
Ils sont surtout un état d'esprit. Relève-t-il de l'acquis ou de l'inné ? Difficile de le dire.
Certains sont heureux de naissance et d'autres malheureux depuis toujours, indépendamment des conditions matérielles.

Jacques Brel avait résumé cette philosophie, en amour, avec la merveilleuse chanson des "Vieux Amants" dont il convient de retenir les vers suivants :
"Finalement, finalement
Il nous fallut bien du talent
Pour être vieux sans être adultes"

https://www.youtube.com/watch?v=dU-OD5_Dxrs

Marcel

@ Herman Kerhost
"L'essentiel n'est pas de ne pas boire comme un trou. Il est, exercice délicat lorsqu'on aime l’alcool, de savoir se tenir."

Autrement dit, la cuite triste et le vin mesquin.

Si la manière de faire la corrida est propre à chacun, amusant de commenter un article sur un tel sujet en se plaçant dans le rôle de celui qui se proclame "encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père".

Robert Marchenoir

Les vacances vous réussissent.

Herman Kerhost

L'essentiel n'est pas de ne pas boire comme un trou. Il est, exercice délicat lorsqu'on aime l’alcool, de savoir se tenir.

Vamonos

Deux de choses l’une, soit j’ai oublié l’existence de M. Antoine Blondin, soit je n’avais jamais entendu parler de cet écrivain germanopratin. Une brève lecture de la page Wikipédia, une deuxième lecture du texte de M. Bilger et la photographie de la séance de signature me confirment que je suis passé complètement à côté du mouvement intellectuel des hussards.

Messieurs Blondin et Nimier n’étaient pas au programme de français de l’Education nationale, ensuite il a fallu travailler pour gagner ma vie et les journées étaient trop courtes pour aller faire la révolution.

Une vie passe vite, c’est trente mille jours environ. C’est le réveil, le café qui refroidit, que l’on oublie parce qu’il faut partir pour ne pas rater le train de 7h23. Le soir est déjà là, le café est intact sauf qu’il est froid.

J’aurais pu avoir comme modèle M. Blondin, mais cela ne s’est pas fait. Peu importe, la vie est faite de répétitions, de bonheurs fugaces petits ou grands ; mais les défis personnels, les objectifs à courts, moyens ou longs termes valent le coup d’être relevés.

Dans la vie, il y a les gens qui regardent par la fenêtre en préférant rester dans leur zone de confort et puis il existe une autre catégorie qui pousse la porte et va voir ailleurs, encore plus loin, toujours plus loin… ailleurs.

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