Gagner dans les urnes, perdre dans la rue...

Aux élections européennes, la liste conduite par Jordan Bardella l'a largement emporté : 31,37 %, distançant celle de la majorité présidentielle (14,60 %) et celle du parti socialiste-Place publique (13,83 %). Il n'est pas inutile de le rappeler, tant le climat démocratique troublé depuis le 9 juin semble vouloir faire oublier cette écrasante victoire politique.

La dissolution décidée par Emmanuel Macron, influencé par un tout petit cercle ayant une conception ludique de la politique, représente un pari très dangereux. Nicolas Sarkozy l'a lumineusement expliqué dans un remarquable entretien accordé au Journal du Dimanche) : en raison d'abord de cette absurdité de vouloir redonner la parole au peuple alors que celui-ci avait pourtant clairement tranché le 9 juin.

Le choix que je ferai le 30 juin et peut-être le 7 juillet ne regarde que moi. Tous ceux qui aimablement ou violemment le préjugent à chaque élection ne cessent de se tromper. Ils préfèrent l'étiquette qu'ils me collent à la réalité de mes options et comportements au travers de toutes mes interventions.

Je n'ai pas envie de revenir sur le ridicule dans lequel Les Républicains sont tombés, avec leur ligne officielle. En particulier les déclarations outrancières sonnant un tocsin fantasmé et l'inélégance d'avoir présenté un candidat contre Éric Ciotti. Alors que le macronisme, pardonnant à François Hollande la trahison qu'il lui a infligée (!), n'oppose personne à l'ancien président assuré donc d'être élu député.

Du côté du RN, il y a également des indélicatesses républicaines comme, notamment, de vouloir faire pièce à Philippe Juvin qui n'a jamais confondu la contradiction politique avec la haine personnelle.

Je vais à nouveau encourir le grief de me mêler de ce qui ne me concerne pas. Du sentiment que j'éprouve, face au RN, d'une totale iniquité démocratique dans la campagne des élections législatives.

Dans la dispute politique, on a évidemment tous les droits pour s'en prendre au programme du RN, comme à celui du Nouveau Front populaire. L'un et l'autre promettent monts et merveilles, contrairement au pouvoir en place selon le Premier ministre. Il y a pléthore d'argumentations et de contradictions possibles, tenant par exemple à la catastrophe économique que représenterait le projet du RN.

Même si le macronisme, dans ce domaine, n'est plus véritablement à même de donner des leçons. Et sa faiblesse régalienne suscite en contrepartie une adhésion facile au RN sur le plan de l'autorité, de la sécurité et de la Justice.

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Ce que j'appelle iniquité démocratique à l'égard d'un parti qui non seulement a tout fait, sous l'égide de Marine Le Pen, pour se débarrasser d'ignominies éthiques et historiques - quand l'extrême gauche semble avoir adopté une régression contraire - mais est inscrit dans l'espace républicain avec ses 88 députés et sa tenue parlementaire, c'est cette tendance compulsive à le traiter comme s'il était toujours indigne et quasiment interdit.

Ce deux poids deux mesures l'accable systématiquement, quand l'alliance précipitée de la gauche avec l'extrême gauche accusée d'antisémitisme depuis le 7 octobre et de complaisance avec le Hamas, n'est jamais stigmatisée, pas plus que certaines investitures étranges ou sulfureuses données par LFI ou le scandale du programme du NFP mettant à bas, avec radicalité, tout ce qu'un macronisme déjà guère fiable avait mis en oeuvre sur le plan économique, social et régalien.

Le désolant ou le ridicule ne se réduit pas non plus à ces propos d'artistes ou de sportifs qui, sans qu'on leur ait rien demandé, se croient légitimes pour donner des leçons de vote aux citoyens alors que je suis persuadé que la plus grande part d'entre eux ne se sont pas déplacés pour les européennes.

Qu'un Marcus Thuram ou qu'un Kylian Mbappé - déclarant avoir "les mêmes valeurs" que le premier - nous incitent à voter contre le RN, qu'un Yannick Noah ou un Jo-Wilfried Tsonga se perçoivent comme des guides alors qu'ils sont plutôt des repoussoirs, constituent des engagements qui n'auront pas la moindre influence sur les citoyens, bien au contraire. On n'a jamais entendu ces personnalités privilégiées, au sujet des multiples causes qui n'avaient que le tort de n'être pas liées à l'extrême droite ou aux seules violences policières mais aux affres de peuple français concernant l'identité, la sécurité ou l'autorité. Les violences contre les forces de l'ordre ne les ont jamais mobilisées par exemple !

Je n'ai même pas envie de protester contre les vitupérations médiatiques, matin et soir, à l'encontre de "l'extrême droite" - compensées par l'honnêteté du Figaro, de l'Opinion, du Point, CNews et Europe 1 étant bien sûr accusés absurdement de favoriser le RN et Éric Ciotti, sous l'influence de Vincent Bolloré ! (Le Monde)

Au-delà de ces injustices, quelque chose de plus profond existe et qui gangrène notre démocratie. Est-il normal qu'à chaque avancée du RN, à chacune de ses victoires dans les urnes, répondent des manifestations de rue ? Comme s'il était légitime de pourfendre, dans un refus souvent violent et extrémiste, ce que le vote a validé. Comme s'il fallait nier, contester et répudier la normalité républicaine au nom de forces à la tonalité hémiplégique, prêtes à ne consentir qu'à tout ce qui viendrait s'opposer à un RN même démocratiquement élu.

Ces manifestations qui chaque soir préludent à ce qui se déroulera si une majorité se dégage le 7 juillet en faveur du RN, sont un moyen dangereux de ruiner par avance les leçons de la démocratie si elles ne plaisent pas.

Ce peuple qui a choisi Jordan Bardella le 9 juin, ce peuple qui votera pour lui le 30 juin et le 7 juillet, est méprisé, négligé, abandonné. Pour les élites prétendues, il ne fait pas partie de la France qui doit compter. Il n'est pas digne de faire venir dans la lumière et au pouvoir un parti pourtant tout aussi républicain que LFI.

Faut-il arbitrer en faveur d'une Marion Cotillard déconnectée ("la jeunesse emmerde le RN"), ou de Serge Klarsfeld, personnalité admirée, ayant situé l'antisémitisme là où il se trouvait et préférant donc voter pour le RN que pour LFI ?

Quand le RN gagne dans les urnes, il perd à chaque fois dans la rue.


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